L’estuaire de la Gironde

Jean-Christophe Garcia, photographie (détail)
In Le Partage des eaux, Éditions Le bleu du ciel, 2003.
© Jean-Christophe Garcia

Conversation avec Marie Borel
au gré du Partage des eaux

Le béquet n°12 aborde (par analogie avec le langage de la navigation) deux livres de
Marie Borel
Trompe-Loup, Éditions Le bleu du ciel, 2003
Le léopard est mort avec ses taches, Éditions de l’Attente, 2001, 2011
à l’occasion d’une exposition de photographies et vidéo de Jean-Christophe Garcia
"Le partage des eaux" présentée par Permanences de la littérature
dans le cadre de la manifestation "2011 année du fleuve", salle capitulaire, cour Mably à Bordeaux, jusqu’au 29 juillet,
et de nouvelle édition de Le léopard est mort avec ses taches .

 

Il faut vraiment aimer quelqu’un
pour le préférer à son absence.

Marie Borel, Trompe-Loup,
Éditions Le bleu du ciel, 2003, p. 77.

PIERRE BEQUET aime vraiment MARIE BOREL.
L’estuaire de la Gironde est leur "point rencontre".
PIERRE BEQUET parle en présence de MARIE BOREL qui lui répond.
« La mer décidément ouvre et dissout la fiction. » Marie Borel,
in Je ne fais que passer (texte joint)

PIERRE BEQUET

Le reflet du léopard demeure au milieu d’histoires en mouvement [movies].

Parlons tout de suite du mouvement.

TOUT DEPEND DES PIEDS QU’ON A SUR TERRE
écris-tu page onze du Léopard est mort avec ses taches.

As-tu le goût des pieds ou bien le goût d’épier le mouvement des bêtes ?

MARIE BOREL

la question me laisse perplexe
réponse ni l’un ni l’autre

cet ulysse nordique reflet n’est pas de la famille des félins et pourtant une exception
c‘est un pirate il mange les sirènes avec du citron et de la cannelle
pas léopard des neiges
c’est un genre de grand koudou de la savane australe en villégiature arctique

un jeu passager de la lumière et du courant
les corbeaux reviennent les corbeaux sont revenus les pies aussi
chacun est le lointain d’un autre

loin de mon été perdu comme le chien d’ulysse
écouter la nuit écouter le vent et séparée que puis-je (priorité aux canards [1])

mais tu as l’air d’une éponge (fin de citation [2])
Fin de citation : L’histoire se passe en été près de la mer. Personnages : un analphabète doté de solides convictions en chimie organique, un écureuil, un coyote, un tilleul, une pelouse qui se venge, un grand-père alcoolique, un vilain petit canard, un homme marié — le train lui convient mieux que l’avion — et des chats. Un crapaud non identifié, et un âne qui s’appelle Martin. Il y a Paul, qui aime treize, quinze et vingt-neuf, un prince (il aime les nouilles, mais rien que de très normal), une jeune fille, un oiseleur, un meurtre sur lequel on est prié de fermer les yeux.
c’est la quatrième de couverture ( elle n’est pas sur le livre)
le léopard est farouche et son auteur discrète a écrit un jour emmanuel hocquard
c’était à bordeaux à la machine à lire
une très belle et émouvante présentation

ici dans mes arctiques latitudes la langue islandaise me laisse rêveuse
livre est féminin et s’écrit bóka
au pluriel bókhaldsbædur
le français devient une langue très étrangère

PIERRE BEQUET

Comme une langue des mers du Nord ?
L’ISLANDE, ASSEZ LOINTAINE ETAIT APPARUE AUSSI, AVEC UN AIR DE VOULOIR S’APPROCHER COMME EUX […] C’est dans Le Voyage à Reykjavik [3]

Tu écris « le léopard est farouche,
Emmanuel Hocquard c’était à Bordeaux à la Machine à lire. »

Emmanuel Hocquard écrit dans Les Coquelicots [4] : « Ce qui peut être intéressant dans la nostalgie, c’est son mouvement, pas son « objet », même si « objet » (les alpages de l’enfance en Suisse ou à Tanger) déclenche le mouvement, comme les perceptions particulières dont parle Hume. »

Je pense au frais cresson bleu de la page quatorze du Lépoard est ...
« On sait déjà que tout peut être exact sans que rien ne soit vrai. »

Qu’est-ce qu’il y a d’exact dans cette histoire de léopard trop puissant ? Dans cette première fois qui se termine dans une extrême violence ? Est-ce le mouvement propre à la nostalgie qui est exact ? ou bien son mode d’écriture ?

MARIE BOREL

emmanuel hocquard oui c’était à bordeaux à la machine à lire
je lisais le léopard – première édition
celle de la belle collection week-end
la présentation fut comme je l’ai déjà écrit émouvante
emmanuel a dit donc auteur discrète et elle (moi) ne fait jamais que passer
j’étais en résidence à Bordeaux pour trois mois – résidence organisée par ritournelles/
permanence de la littérature
thème écriture/photographie
Résultat de cette expérience deux livres
trompe-loup (mb)
le partage des eaux (jean christophe Garcia photographe)

et une exposition le partage des eaux
12 photographies tirées d’un film réalisé lors d’un voyage dans l’estuaire de la gironde.

cette exposition a été presentée au cipm, lectures débat. pour le cahier du refuge [5]
acccompagnant cette soirée, j’ai écrit un texte : Je ne fais que passer [6]
la genèse de trompe loup la naissance d’un titre
et des indices pour les canards prioritaires
des réponses à la question du mouvement
une expérience de pensée et de l’écriture dans l’espace et le temps

ps dans trompe loup cette phrase. Les pieds sont toujours un peu désinvoltes.

à qu’il y t’il d’exact, je répondrais
il n’y a pas d‘interférence à tendance logique et d’une nostagie- involontaire- idéaliste
C’est une maxime établie en métaphysique que tout ce que l’esprit conçoit renferme
l’idée d’existence possible, rien de ce que nous imaginons n’est absolument impossible
Tout repose sur l’expérience et l’observation
Seul temps réel, celui de l’observateur dans son espace ( première ligne de la page cresson bleu)
dans le cas du leopard nous sommes deux lui et moi
ce qui dépend de peu de personnes doit dans une large mesure être attribué au hasard
ou à des causes secrètes et inconnues
qui le resteront

PIERRE BEQUET

Au point de suspension où nous en sommes, il me semble qu’un point de fantaisie est le bienvenu.

EN CES TEMPS DE LA MARINE A VOILES, LES MARINS APPELAIENT LA POSITION AINSI OBTENUE LE POINT DE FANTAISIE
[Trompe-Loup, p. 51]

Quelle est la position ainsi obtenue par ce début de conversation ?

QU’EST-CE QUE C’EST QUE CETTE HISTOIRE, DIT L’AMIRAL ?
[Trompe-Loup, p. 50]

Est-il encore possible aujourd’hui de raconter des histoires ?

C’est sans doute la question de la forme d’écriture que je te pose.
En attendant ta réponse, je vais réécouter l’excellent Atelier de création radiophonique « Les après-midi invariables » présenté dans l’exposition « Partage des eaux » [7]

MARIE BOREL

oui il est encore toujours possible d’écrire des histoires
phrase paragraphe

le « vers » en suspens
un théâtre abstrait pour la ligne

la forme quelque chose qui se heurte au monde et veut lui faire la peau
dit l’amiral

Photographie Marie Borel

13 juillet 2011
T T+

[1Priorité aux canards,
Éditions de l’Attente, 2008.

[2 Fin de citation, cipM, 1996.

[6Je ne fais que passer, cf. texte ci-dessus

[7L’atelier de création radiophonique : Les après-midi invariables de et par Marie Borel, réalisation
Jean Couturier. Série Fiction avec les voix de Florence Delay, Amhed El Keiy, Marie Borel, Nathalie Kanoui et Sarah Riggs. Cet enregistrement est une adaptation libre du texte Trompe-loup de Marie Borel. Cet ACR fait partie à part entière du dispositif de l’exposition "Partage des eaux".
Voir aussi Borel, Garcia et Wiener.