Noémie Fargier | Planter des mots

Journal d’ateliers - séance 2 : De février à mars 2018, deux classes de seconde du lycée Blanqui (Saint-Ouen) participent à des ateliers pluridisciplinaires, leur permettant d’explorer l’imaginaire du jardin en territoire urbain.
La deuxième séance associe écriture et jardinage.

8 et 9 mars 2018 – Lycée Blanqui

             Jeudi 8 mars, j’ai retrouvé le groupe de Nathalie, enseignante en SVT, dans une salle de travaux pratiques du lycée Blanqui. Les élèves avaient travaillé en amont sur la fabrication de papier recyclé, et de pots à semis en forme de fleurs. Récupérant des bouteilles d’eau en plastique ils ont, guidés par leur enseignante, construit des pots reproduisant l’anatomie de la plante : pétales, étamines et pistils. Collectionnant de multiples graines, issues du potager du lycée, de ses propres récoltes ou achetées dans le commerce, Nathalie a pu proposer aux élèves de choisir les plantes qu’ils voulaient semer. Beaucoup se sont tournés vers les fleurs, sans toujours savoir à quoi elles ressembleraient.
             J’explique aux élèves le principe de cette séance alliant écriture et jardinage. Il s’agit non seulement de mettre en terre des graines, mais aussi un message, adressé à la plante qui va pousser : soit un conseil pour sa vie future, soit une confidence que l’on souhaite partager avec elle. Les élèves se prêtent au jeu, plus ou moins expansifs ou inspirés. L’un d’eux écrit : « Vis ta vie même dans une bouteille ». Une belle métaphore de la vie en espace urbain, et du sentiment d’enfermement que l’on peut ressentir à l’adolescence.
             Un photographe, Daniel Maunoury m’accompagne sur cette séance. Les élèves semblent à l’aise avec l’idée d’être médiatisés. Leur enseignante prend régulièrement des photos, au cours des ateliers, et leur laisse utiliser son appareil Nikon, à l’objectif impressionnant. Les bouteilles sont entreposées dans des bacs et placés près de la fenêtre. En espérant que les graines germeront…

             Le lendemain, je retrouve le groupe d’Axelle, enseignante en français, et nous suivons un protocole un peu différent. Les élèves écrivent leurs messages sur du papier ensemencé, acheté dans le commerce. Des graines de myosotis, incrustées dans du papier, devraient, en étant plantées dans la terre, germer d’ici une semaine. Les messages, si le semis se révèle fertile, et l’attention portée à la future plante suffisante, deviendront progressivement de petites fleurs bleues, autrement appelées « ne m’oublie pas ».
             La personnalité du groupe, et la taille du message, adaptée celle du pot à semis, créent une modalité d’écriture plus confidentielle. Les élèves semblent heureux de cette expérience d’écriture personnelle, restant à l’état de confidence. Ils aiment, nous disent-ils, la dimension d’anonymat.
             De retour chez moi, je me prête au jeu. Voici que j’écris un petit message à une plante, en espérant qu’elle vivra une belle et longue vie. D’ici là, j’attends de voir les pousses sortir de terre avec une impatience inquiète.




Quelques images prises pendant la séance de plantation poétique, avec le groupe de Nathalie. Photographies Daniel Maunoury. Tous droits réservés.









À l’issue de la séance, Daniel et moi allons faire un tour dans le potager du lycée, où poules, chats et vers de terre vivent en harmonie. Photographies Daniel Maunoury. Tous droits réservés.


13 avril 2018
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