Voici, de La Venelle des portes, un poème qu'il me plaît de vous lire:
Optant pour un mode parataxique et elliptique, et ceci sans aucun doute pour mieux étreindre l'expérience de tout ce qui, dans la conscience qu'elle a de ce qui est, clignote, vacille, se dissipe tout en s'offrant, Heather Dohollau réussit à articuler une totalité en suspens qui flotte, fragile, instable, friable et pourtant nous sommes loin de toute impression de vulnérabilité, d'angoisse sur les fêlures, nullement baudelairiennes, de sa relativité construite. Serait-ce la légèreté, synonyme de joie angélique peut-être, de cette présence féminine installée comme une anti-gisante contre la mort, à l'aise déjà avec la mort, qui expliquerait la simplicité caressante de cet accueil fait au temps? La mortalité est déjà fleur, bouquet de fleurs rassemblées et qui résistent à la dégradation de l'énergie qu'elles constituent. Et même l'absence de tout ce qui n'a pu être dit, communiqué, échangé avec l'autre en face de nous, que nous sommes même cette absence n'en est pas une: le logos, notre logos, les mots que nous, nous n'avons pu prononcer, restent là, cachés dans les plis de l'être, de la beauté fleurie, rendue présente, de l'être: rien et tout à la fois, "que cela et tout cela", mots glorieusement dérisoires car inexistants, mots assumés comme une plénitude en réserve, virtuelle donc présente. Et, là encore, tout devient réversible chez Heather Dohollau: une confiance, qui n'est qu'amour, volonté d'être, loin de toute présomption, une confiance vécue, surgie viscéralement dans l'épaisseur du corps et du cur, lui permet de dresser l'équation du manquement et du bien: l'absence, encore une fois, est comprise comme une présence, la faute se transforme en innocence, la carence devient abondance, l'insuffisance bienfait, satisfaction, utilité. La poétique de la nuit, loin d'ériger le monolithe incontournable de sa définitivité symbolique, s'ouvre à sa relativité, révèle sa faille, sa faillibilité, se réinsère dans la continuité de l'expérience qui fonde mais ne stabilise pas son concept, montre qu'elle est fille ou mère d'une poétique de l'aube, et s'en réjouit. Aucun figement affectif, psychique; l'acceptation tout au plus de tout ce qui n'est que provisoire, glissement, devenir, en nous et dehors; le poème comme cette agilité perpétuelle, cette légèreté qui nous porte et emporte, immanquablement.