Seuil & Trajectoires 3

Commun : Du latin communis formé du préfixe com- (avec) et d’une racine dérivée du substantif munus (« devoir », « office », « emploi », « fonction », « tâche ») issu d’une racine indo-européenne mei signifiant (« changer »), (« aller »), (« échanger ») et dont les dérivés (→ voir monnaie, municipalité, immunité, etc.) se réfèrent aux échanges de biens et services dans une société selon les lois et les règles établies.

Quelles lois ? Quelles règles ? De quels biens et services parle-t-on ?

Il faudrait pouvoir dire : je suis fatiguée, j’en ai marre. Il faudrait pouvoir écrire sur/dans un espace commun : à quoi ça sert, à quoi bon, je ne m’en sors pas. Au travail, abandonner sa peine sans avoir à poursuivre pour un temps son ouvrage. Simplement croire à l’abandon, vivre la défaite le temps qu’il faut, juste avant d’éclater de rire et de s’y remettre, pour la centième, la millième fois.
Quel espace y a-t-il pour l’échec, l’impuissance — pourtant si liés au boulot puisqu’au-dedans de l’être sans lequel, voyons ! il n’y aurait pas travail ? Et puis, et puis, si chaque matin vous pointez sans plaisir (ou avec la pression d’être créatif, innovant 24/24h puisque le travail vous suit chez vous, puisqu’étant en vous) avec à peine de quoi offrir au troisième œil (qui peut-être s’éteint mais ne meurt) un peu de sens et de fierté à la tâche que vous exécutez ? Comment vivre pleinement la victoire (si fragile, si menue soit-elle) si la possibilité de vivre l’échec est corrompue, voire atomisée par
la honte, la culpabilité ?
D’entretiens en entretiens, essentiellement en entreprise et avec des travailleurs indépendants, j’ai croisé tant d’êtres obligés de dissimuler (s’amputer d’) une part de leurs émotions qu’ils n’avaient pas besoin d’aide extérieure pour s’amoindrir eux-mêmes. Au champ de travail, j’ai collecté de petits bouts encore vifs — de l’être épars. De l’éclatement.
Mais ces derniers mois m’ont permis d’observer aussi que bien plus de gens que je ne l’imaginais se construisaient désormais AVEC le renoncement, acceptant de — et non se résignant à — perdre d’eux-mêmes à un endroit afin de développer, accroître ailleurs qu’en milieu professionnel d’autres pans de leur vie. Le plus souvent dans la sphère restreinte du privé (le couple, la famille, les amis).

Ma résidence, cette vitrine sur remue.net, tient, je crois, du cabinet de curiosités foutraque — si l’on considère que les curiosités sont bel et bien le rappel du commun — le dedans au-dehors — et non de l’exception, de la monstruosité. Reste à savoir comment galvaniser, réveiller, préserver tout cela qui…

Formol des jours, l’enlisement, le si seul, c’est « commun ». (4e occurrence voulue, je précise si besoin)

Commun donc,
non,
si,
ça l’est, ça ne l’est pas,
il y a, il n’y a pas de commun commun, pas de commun dans le commun ou bien…

Petites recherches et autres digressions.
Dans la rubrique synonymie du CNRTL, en huitième position le peuple arrive après vulgaire, ordinaire, trivial, banal, courant, bas et médiocre. Oui, coincé, le peuple, entre médiocre et prosaïque

mais

11e en liste > tombe le > général.

J’accroche, relève d’une majuscule. Général, est-ce un signe ? L’Instin me fait de l’œil.

J’en suis là, à la rencontre, la nébuleuse dans laquelle je me vois, m’accepte — multiple enfin. Ce prendre place barthésien, l’espace social de l’auteur, et l’interrogation « physique » de ce qu’est le langage, la mise en forme de la pensée-corps. Ce qui nous éprouve, ce que nous éprouvons. Commun donc, je m’accroche, j’y reviens.

Dix mois, onze maintenant, bientôt douze et me voilà, tâtonnant encore, encourageant la bête qui rechigne, répétant ça ira, ça ira même si je mets un mois ou deux ou + à trouver comment faire naître un des portraits-poèmes.

Alors oui,
à l’Instin
la bête coûte que coûte
sent désormais que le NOUS n’est pas loin. Les nues peuvent piquer, le sol se dérober, le mouvement est à prendre en cours de route, la peur à laisser.

On pourrait dire galimatias que tout cela > là encore CNRTL (j’avoue je m’amuse bien, libres associations, secrètes imbrications, les mots fouettent l’imagination). Je pourrais être d’accord
> galimatias double : que ne comprend ni celui qui le fait, ni celui qui l’écoute ou le lit. Amusant de voir qu’en face de celui qui lit ou écoute, il n’y a pas celui qui parle ou écrit. Il y a celui qui fait. Seuil et Trajectoires : je fais donc et me comprends en écrivant. Espère secrètement donner à comprendre à d’autres — l’étymologie encore une fois svp !

En face, autour, en dedans de cette page qui semble n’avoir aucune fin, ce ne sera plus « on » mais « vous » (tout aussi infini) à qui et non pour qui je FAIS poésie, littérature, recherche et réflexion. (je + vous, obtient-on un « noûs », royale intelligence de l’imaginaire ?)

Bientôt douze mois de résidence, la frontière temporelle est allègrement franchie – en terme de résidence j’entends (je devais FAIRE 10 mois). Cela dit et posé noir sur blanc, le mouvement se prolonge. J’ai « encore et absolument » quelques portraits-poèmes à tester, éprouver et mettre en ligne afin de dire que « j’ai fait mon temps » et ainsi mettre les voiles, poursuivre le chemin.

NB : la proxémie du fameux commun ressemble à un voilier
celle du travail aussi, mais en train de couler









































Octobre bouge, novembre rouge > allusion pour qui veut, alluvions pour qui souhaite, la résidence est un champ (de bataille ?) mais également un fleuve > je ne sais où je vais, si le vent se lèvera ou bien quels embranchements viendront s’ajouter au courant, peut-être bien qu’encore je me perdrai, boirai la tasse. Peut-être bien.
Petite question : la vérité est-elle dans l’acte ?

Ces deux derniers mois d’Imaginaire au travail, valeur négligée, valeur ajoutée : Instin, Jacques Ellul, Jane Sautière, le premier poème-portrait vidéo (autorisation perso à jouer comme ado avec l’image, les références et les mots), ma première formation dans la SCOP CLARA BIS, un atelier de recherche et d’accompagnement passionnant avec les étudiants de DMA du lycée Guimard, (c’est avec eux et François Bordes, leur enseignant, que j’apprends à assumer officiellement, en atelier, la nécessité de ralentir et laisser prendre, de résister à la pression, à la surabondance tout en œuvrant vers un but précis > un oral qui validera les thèmes de recherches des étudiants),... Tout est lié.

Fatras, oui, sans doute plus que galimatias. Quelque chose de l’ordre du polysémique enjoué, de l’énergie punk en sous-terrain et lyrique en courant d’air — dans les marges, entre les lignes, c’est certain.

NB : http://blog.le-commun.fr/?p=852

À mes obsessions élémentaires (eau, terre, air + corps, voix) s’est ajoutée la rencontre du feu. Part manquante ou plus exactement jusqu’alors part servile, captive. Le désir d’apprendre, comprendre de soi par l’autre quel qu’il soit. Désir d’expérimenter, tenter > les mots bougent, parlent, s’assemblent, se pressent, se heurtent, je les sens. (donner forme à son désir, me rappelle dans un texto Hubert Haddad) Le désir, enfin, de

restituer.

NB : c’est au « rayon » TECH. (l’imaginaire au travail – sic) de la définition que le mot et mon désir s’accordent ! (cela dit, les autres étagères ne sont pas inintéressantes)

Restituer. Diffuser. Et donc résister forcément en amont, parce que novembre rouge, parce bien avant déjà ailleurs, parce qu’aujourd’hui encore/toujours.

Restituer/résister. En soi, avec d’autres. Ce qui a toujours été, depuis l’enfance et le choc des premières lectures : soi/l’autre/les mots. Une relation à trois – presque saint-augustinienne si je m’écoutais. Des relations imaginantes, imaginées, nous n’avons pas le choix. Pas d’autre alternative — que d’être pleinement dans et de nos mots, puisque rien de l’expérience du vivre ne leur échappe.

13 décembre 2015
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