Seuil et Trajectoires

L’IMAGINAIRE... What’s next ?
(souvenez-vous)


J’ai déjà un premier trimestre de résidence dans les reins, le premier jet de mon roman en train gratter à la porte de deux-trois éditeurs. Le petit métier, a posteriori, est à la fois le chemin parcouru, le seuil et le bagage qu’on y pose avant même de réfléchir au chemin que l’on va suivre. Un monde autonome et défini. Une REPRÉSENTATION possible.

Quid des entretiens ?
Quid de ce qu’ils m’apportent, de ce que j’en retire ?


L’IMAGINAIRE en quelques notes :


> L’écriture romanesque monopolise intégralement l’esprit, rend difficile et éprouvant la fréquentation d’autres imaginaires. TOUT sert l’écriture. Il n’y a plus qu’un seul FILTRE. La poésie est plus complexe et plus fluide => elle est (DANS) le monde, une retranscription et réinvention symphonique, ce qui n’exclue pas la discordance bien au contraire. Elle est, par le canal d’une voix, d’un œil, DIALOGIQUE comme le fruit qui discute avec l’arbre qu’il porte en lui et qui lui même porte le fruit à venir. En ce fruit, le vent, la terre, le nuage chargé de pluie, la main qui l’a cueilli...
> Impossible de réfléchir à l’imaginaire, ses processus, ses ramifications et ses modes d’expression sans distanciation. Je ne peux écrire et penser l’écriture EN SIMULTANÉ.
> Les contraintes liées au réel et la tension de la création crispent l’esprit — l’antagonisme est quasi douloureux. La "mécanique intuitive/créative" peine à se mettre en route, voire fait grève => phase de dépression régulière, difficilement contrôlable.
> Un surnombre d’ateliers, le réveil de la culpabilité et le sentiment d’impuissance qui en découle, enrayent cette même mécanique / si l’écriture requiert toute la sensibilité, elle réclame également un durcissement "ailleurs".
=> Je trouve des liens entre ces différents MONDES du travail que je rencontre et le mien : notre imaginaire lutte, prend en compte les contraintes, les contourne. Il n’est en échec que si nous demeurons statique, pris au piège de la souffrance psychique.
> Je ne peux côtoyer d’autres imaginaires sans que le mien n’agisse, réagisse.
Quid de l’interaction ?
Je n’ai aucun moyen d’évaluer ce que ressentent, pensent, imaginent mes interlocuteurs. Bien que les entretiens soient bienveillants, riches, émouvants et/ou drôles, etc., certains/certaines avant de refermer la porte derrière moi me demandent : " - Ça a été ? J’ai répondu à vos attentes ? "
=> renvoi à l’idée d’une évaluation (càd l’opposé de ce que j’imaginais faire naître)


L’IMAGINAIRE... au travail.... la VALEUR négligée...
Ce n’est qu’en mars que j’ai véritablement entamé la réflexion mais depuis un mois déjà je sens que le postulat de départ (le sous-entendu du sous-titre) (sic) m’handicape : il m’oblige à avoir un jugement et non un parti-pris. (Jugement lié à une empreinte politique et sociale essentiellement.) Je dois donc alléger et ne garder que le parti pris a priori naïf : nous sommes tous des IMAGINANTS.


=> bon nombre d’entretiens me mènent à devoir comprendre/assimiler ce qu’est le [MANAGEMENT- (opposition de la singularité de la parole et d’une pensée normée) >http://www.pearson.fr/resources/titles/27440100006100/extras/7485_chap01.pdf]. La notion d’holacratie fait beaucoup parler d’elle ICI ou ICI et encore .
Mais cela dit, quels que soient le poste et les responsabilités de mes interlocuteurs, quel que soit leur parcours, 10 d’entre eux sur 13 ont associé l’imaginaire à l’IRRÉEL, le MERVEILLEUX, l’IRRÉALISABLE, la FICTION... Créativité, travail et imaginaire ne sont pas reliés "de soi". Encore une fois, je dois assimiler et non juger.





« On ne peut étudier que ce que l’on a d’abord rêvé. » G. Bachelard


> Les entretiens font office de miroir.
QUI RÉFLÉCHIT QUI ? Et QUOI ?


Je retourne (du moins je remonte au plus loin possible) de ce qui a fait naître mon projet de résidence :
Pourquoi l’imaginaire & le travail ? Pourquoi ÉCRIRE sur ce sujet précisément ?
Aux sources de l’écriture, il y a ce qui me constitue, ce que je vis et ce que je n’ai pas encore vécu. Dans le fond, il est possible d’explorer A /un écosystème vivace et de heurter B/ quelques cadavres aux pieds plombés.


A /

  • livres - souvenirs et impressions de lectures (premiers fantasmes, premières émotions (ex. : Dracula, Le lion de Kessel) (imaginaire/lien/solitude)
  • jardin (sauvage/intime)
  • chats (émotion/réconfort, mystère saisissable, livres) (ex. M. Genevoix, B. Beck, C. Roy et Baudelaire)
  • voyages imprégnants (Pays-Bas, Italie, Vendée, Bretagne...) (eau, forêt, villes)
  • télévision (culture familiale, projection/ambition) (désir d’être comme),
  • église et catéchisme (chant, encens, iconographie du sang et de l’or) (air/terre) (visage/figure)
  • école (plaisir/déplaisir)
  • politique (société/individu) (penser/agir)
  • fratrie/clan
  • maladie (perte/gain)
  • mort

B/

  • chômage (honte/culpabilité) (origine/devenir)
  • servitude volontaire (esclavage)
  • foi et mythologie (morale/éthique) (endogène/exogène)
  • folie (objet/sujet) (violence/impuissance) (monologue/dialogue)
  • école ( "comparateur social","générateur d’impuissance")
  • politique (mythologie/deuil)
  • maladie
  • mort






    J’en oublie volontiers. Force est de constater qu’il m’est impossible de ne pas sous-catégoriser/préciser/annoter mais je peux imaginer qu’il n’y ait plus qu’une seule catégorie - un jour. Ce qui s’écrit est un dialogue incessant entre le vécu et le à vivre, le ressenti et ce qui s’en pense et s’en pensera. Dans le MÉTIER D’ÉCRIRE, la pensée est à la fois soumise au TEMPS et libérée de lui en s’imaginant s’en libérer. Elle est le temps qui crée à chaque instant du présent.


    => la résidence révèle une source qui, en fait, est une arborescence liquide - "comme" le reflet d’un arbre à la surface de l’eau. Je ne peux envisager l’IMAGINAIRE sans la MÉMOIRE, la PERCEPTION, l’IMPRÉGNATION,le SAVOIR, le RËVE, l’AUTRE, l’IMAGE, la PAROLE, le GESTE...


    Et je ne peux mettre en dialogue imagination et travail que si j’accepte un certain postulat de départ. La trajectoire choisie pour l’heure est décrite dans les premiers chapitres de

    L’imagination mode d’emploi ?
    une science de l’imaginaire au service de la créativité
    Jean-Jacques Wunenburger

19 mai 2015
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