Prendre suint - 7

Le poète est une espèce en voix d’extinction. Bruyamment il bruisse dans les feuilles où le monde s’écrit. Son encre suinte de la plume, du granite ou de l’andouiller, dans laquelle il trace les desseins de l’homme. Son chant est une murmuration de lettres là. Dès son apparition, la conscience humaine a introduit la ruine et la mort dans le monde, dont la poésie est la chronique recueillant nos ombres de ce côté-ci du mà»rier. Il n’existe au monde de perles que de ses pertes.



LE JARDIN


Etc. C’est ainsi que nous arrangeons àl’ombre des hortensias
des emplacements de menuiserie.
Les outils sont sagement alignés sur l’établi par la disposition des crocs.
Dans l’angle droit, des papillons de nuit tournent le peigne de leurs antennes en direction des pare-brise.
Sur la planche je te rabats comme un poncif : notre petit travail d’émotions
nous accapare, nous parlons vrai dans les ornières –
des coquelicots la colère,
puis le couinement des mourants.


L’ÉTÉ COUPÉ DES SIENS


Une fois n’est pas coutume,
les lynx, toute la nuit,
prirent des attitudes conjugales.
Ils ont gratté contre nos murs
en rêvant de coulis et de dunes.
À tour de rôle, ils ont été les objets d’une révélation
insignifiante. L’animal n’est pas très regardant.
Se nourrit du moindre concept ;
un son lui fait le jour.


LA FÊTE


Sous la tonnelle, nos voisins
reçoivent leurs invités. Une
jeune fille est assise sur la margelle du puits.
On l’entend rire quand l’eau devient infecte.
Si je me tourne vers toi, tu es mon amour.
Tu brandisses tantôt ce couteau, tantôt
cette fièvre,
ou les ruisseaux plus jamais ne seront
l’occasion d’exploits mémorables !

29 octobre 2023
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