table de travail, coulisses de papier

remue.net c’est une revue, on y trouve cahier de création, cahier critique, la mise à jour est continue, depuis la dernière lettre d’autres textes sont venus s’ajouter et nous préparons les suivants. Ce mouvement qui accompagne le temps donne à la revue et au site dans son ensemble une allure de travail en cours, dans la tradition ancienne du feuilleton. Au premier sommaire du numéro d’automne, Guénaël Boutouillet nous propose les plans de coupe et vues générales du Général Instin, le feuilleton collectif mis en route par Patrick Chatelier. C’est la façon dont le texte s’est construit dans les coulisses de papier, d’un quai de gare à la banquette d’une voiture, d’une discussion amicale à une rêverie solitaire avant d’être mis en ligne. Guénaël Boutouillet parle à ce propos de making-in, variation du work in progress, lieu où s’exerce, se pratique la littérature.

Autre façon d’inscrire les textes dans le temps, de les découvrir comme on les écrit, la chronique.
Celle de Philippe Rahmy, une fin des certitudes, qui nous donne son Chant du Harpiste, à l’image de ces chants qui dans l’ancienne Égypte étaient dits pour le défunt, en musique et à mains frappées, afin qu’il revienne, pour un moment, du pays des morts parmi les siens.
Celle de Cécile Wajsbrot qui nous parvient de Berlin, cette fois-ci la dernière porte évoque ce que tout départ de train entraîne avec lui de séparations et de dons perdus. Cécile Wajsbrot vient de faire paraître Conversations avec le maître, premier d’une suite de romans dans lesquels elle se propose d’explorer « la question de la création, prenant en compte, certes, le point de vue du créateur, mais aussi le point de vue des autres, ceux que nous sommes tous – auditeurs de musique, visiteurs de galeries ou d’expositions, et lecteurs ».
Et celle de Dominique Hasselmann à propos de l’exposition du photographe Weegee, qui nous raconte que « entrer dans l’univers de Weegee, c’est comprendre comment la technique peut influencer l’art, comment la méthode peut transformer les faits divers en scènes emblématiques d’une époque ».

Il y a des rêveries, des circulations secrètes autour de la table de travail.
Caroline Sagot Duvauroux vient tout juste d’écrire le bleu l’oiseau l’Antonello, elle nous le donne à lire, une fillette veille sa grand-mère morte dans un état de vigilance exaltée, suraiguë, étendue, on prend l’oisillon orphelin dans ses mains et on voit la beauté de tout.
Elena Andreyev est en train d’écrire Toutes ces coutures, elle nous en donne un extrait.
Fabienne Swiatly a lu la Correspondance de Violette Leduc, on y voit l’écrivain au travail à chaque instant de sa vie, maladie ou amour, marché noir, solitude. Quant à Shoshana Rappaport-Jaccottet, dans son Tempo de l’inspiré, elle saisit ce moment où l’incertitude de ce que l’on écrit est troublée par l’incertitude de savoir qui l’on est.
Il y a des hommages à ceux dont l’enseignement et l’amitié ont compté, ainsi de l’Hommage de Jean-Marie Barnaud au philosophe Jean Onimus.

Des textes publiés ont paru ces dernières semaines sur les tables des librairies, nous en avons lu quelques-uns.
Ainsi du Fatrassier de Jean-Pascal Dubost, de Recouvrance de Frédéric-Yves Jeannet, de Clinique de la servitude de Jacques Felician, alors comme nous aimons dire sur remue.net : lisez-les donc.

Et pour finir une annonce à peine mystérieuse : réservez dès maintenant vos soirées du vendredi 19 et du dimanche 21 octobre. Pour quoi faire ? C’est Sébastien Rongier qui vous donnera le programme dans la prochaine lettre…

23 septembre 2007
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