Nous ne sommes pas séparés

Nous avions intitulé
« Nous ne sommes pas séparés »
l’entretien qu’Henry Bauchau nous accordait il y a quelques mois, titre du recueil de poèmes qu’il nous annonçait, lorsque le jardin de Louveciennes s’éclairait d’un soleil encore hivernal. Ce recueil vient de paraître, s’ouvrant sur « Au jardin de Louveciennes », partie du livre qui chante la

Profonde
Histoire
De l’herbe

en un tableau de multiples combinaisons possibles, et au sein duquel nous rejoignons le vert, l’arbre, le ciel. Car oui, nous ne sommes pas séparés, ni de cette nature, ni du monde, en témoigne « Petite suite au 11 septembre 2001 » :

Dans le champ du malheur
les grands apprentissages
plantent toujours
leur objection

Nous ne sommes pas séparés non plus des êtres aimés, fussent-ils éloignés, désormais inaccessibles. L’œuvre est ici le travail de cette liaison, ainsi que le dit un des poèmes de la partie « Poèmes pour Laure » :

L’ŒUVRE

Avec mes pierres carrées
Je t’enfermerai dans une œuvre
Car tu es coureur de chagrins
Et la règle est d’apprendre à rire
Homme
Avant de mourir

A travers ces pages, les connaisseurs se retrouveront en bauchaldie - on remarquera toutefois une manière plus abrupte dans les premiers poèmes, mots jetés en poignées de petites pierres -. Les thèmes et formes, « Au carrefour d’angoisse » avec l’enfant bleu, « Regards sur Antigone » ou encore « Chansons », composent un paysage connu mais renouvelé et habité de cette sereine certitude « d’être dans le tout ». Et une voix augure d’ailleurs quelque part dans le recueil :

Et au vieux poète
est accordé ceci :
Le chant de l’alouette
ne vieillit point

Il ne vieillit pas ce chant qui augmente le réel de son verbe, qui a le don de rendre le monde plus lisible, plus liant, plus lié à nous.

30 mai 2006
T T+