L’amour à l’assiette

D’écrire à cuisiner à aimer...

Quelle recette pour quels ingrédients... un garçon, une fille, parfois deux garçons, parfois deux filles...

L’étrange non-recette d’aimer...


Rouge homard

Dans la tête d’un garçon :
Ce soir-là, ce premier soir donc, j’ai ouvert la porte du restaurant. Parmi les assiettes et les tables, j’ai tout de suite vu ton magnifique visage, et j’ai pensé wow, cette fille. Tu t’es approchée et m’as demandé, je m’en souviendrai toute ma vie, « Monsieur désirez-vous un apéro », j’ai ri parce que c’est rare, dans ma vie, qu’on m’appelle Monsieur. Je suis tombé amoureux de ta façon de parler, de ta voix, de tes gestes, de tes mimiques, de comment tu tords un tout petit peu la bouche et c’est si beau. A ce moment-là, j’avais envie d’être près de toi toute la vie, de l’entrée jusqu’au dessert ! Au début je voulais prendre un burger, mais pour te séduire, j’ai pris un plat de haut standing, du homard accompagné de son lit d’épinard (et je nous ai imaginés, c’est vrai, tous les deux, allongés dans un grand lit vert !), au beurre blanc et son jus corsé. Je voulais te donner envie de discuter avec moi. Et ça a bel et bien marché, parce que lorsque tu as posé mon assiette tu as dit « ha, monsieur (encore monsieur !), voilà un plat d’exception ». Et j’avais envie de te répondre que c’était toi, l’exception, parmi toutes les erreurs de la vie et du réel, que c’était toi, la fille exceptionnelle ! J’étais tout seul, et je savais que c’est pas très courant, qu’un client vienne seul. Je me suis promis, au cours du repas, de te parler à nouveau. En attendant, j’allais devoir m’en sortir avec mon homard : je n’avais jamais, jamais mangé ça, et je devinais bien que je devais être rouge comme sa carapace, en face de toi.

Dans la tête d’une fille
Ce soir-là, ce premier soir où nous nous sommes rencontrés, j’étais en service. La veille, j’avais fait une bourde avec un client et mon patron a décidé de me surveiller tout le long de mon service du soir… Et ce jour-là j’ai vu la porte du restaurant s’ouvrir… Et que vois-je ? Un magnifique jeune homme, pas trop grand, beau et surtout kawaiiiiii…. Il est tout seul et je veux trop aller lui parler mais… il ne faut surtout pas, ou bien mon patron va m’enguirlander. Alors voilà ce que j’ai fait, ce soir-là… Devant toi, j’ai tiré la tronche pour faire illusion auprès de mon patron, tout en essayant, avec juste mes yeux, de te faire comprendre quelque chose, que je subissais la pression de mon patron mais que par contre j’aimerais, beaucoup, beaucoup, te connaître… Et tu as pris un homard… le plat le plus cher. Mon patron a sauté de joie !

Damien


Le hasard a la forme d’un hamburger

Moi je suis quelqu’un qui n’aime pas aller manger à Macdonalds. Mais je crois que ça ne va pas être vrai très longtemps… Parce que ce jour-là, après les cours, j’ai eu envie d’aller manger dehors. Je suis dehors, il fait super froid, et même en mettant mes mains dans mes poches et ma tête sous ma capuche, je tremble comme une île flottante ! Devant moi, il y a un Burger King et un Macdonald. D’abord je me suis dit : Burger King. Mais y’avait trop de monde et je suis quelqu’un qui aime manger tranquillement, dans un endroit calme. Du coup j’ai choisi d’aller au Macdonald. Comme quoi. La vie peut basculer. Si j’étais allé au Burger King, ma vie aurait changé. Mon destin aurait changé. Le hasard a la forme d’un hamburger ! Je ne t’aurais pas rencontrée ! Toi. J’ai commandé à la borne, et je me suis installé à la table 16, à l’étage. Et là, la serveuse a ramené mon plateau sur la table. Cette serveuse, c’était toi. Je suis quelqu’un qui n’était jamais tombé amoureux, avant. Je ne suis plus exactement le même, depuis ce jour-là. Et maintenant je crois bien, même si ça me fait un peu mal au ventre (mais pas mal au cœur) de dire ça, que je suis amoureux de Macdonald.

Depuis ce jour-là, mon cœur est collé à toi comme le steak colle à la salade. Quand je te vois, la forme de mon burger n’est plus rond, il devient un cœur ! J’ai besoin de te parler, sans cesse, comme les frites ont besoin de leur sauce pour être meilleures… Tu es fragile comme un Mac Fleury, si je te mets dans ma bouche, tu vas fondre…

Jack

Deux petites pommes

Tes yeux sont comme les étoiles qui brillent au ciel, comme des petits grains de poivre sur une assiette blanche. Je voudrais me coucher près de toi, comme un couteau couche dans une assiette, à côté de cuillère et fourchette. Tu es belle comme un plat du jour. J’ai envie de te croquer comme un dessert. Je voudrais t’embrasser, comme on porte le cristal d’un verre à sa bouche. Les petits pains ronds ont la même forme que tes joues. Elles sont douces comme la mie, tes joues ! Et tes dents, comme plein de toutes petites fourchettes blanches. Tes oreilles, comme deux petites chaises accrochées sur le côté de ta tête. Tes longs cheveux, des spaghettis châtains, et je voudrais que mes mains soient deux cuillères, et tourner délicatement. Tes yeux verts, comme deux petits haricots verts. Et tes tout petits seins, comme deux petites pommes granny.
Sekou

Ton je t’aime, mon pourboire

La première, première fois que nos quatre yeux se sont croisés, j’ai immédiatement vu qu’on devrait bientôt se parler autour d’un long dîner ! Quand je passe un jour sans te voir, je ne suis pas dans mon assiette. Et mon cœur noircit comme une tasse de café pas sucrée ! Une fois que tu liras cette lettre, tu seras aromatisée de mes belles paroles. A chaque fois que je m’allonge près de toi, le bouillon de viande aux pommes qui nous lie devient de plus en plus chaud et appelle nos deux morceaux de viande séparées à se rapprocher. Nos disputes parfois sont très piquantes, c’est ce qui fait aussi la spécialité de notre grillade intense. Ton sourire projette une lumière qui éclaire le grand restaurant de la réalité. J’aime ton petit corps comme une pizza, et j’ai peur de te goûter, car si je commence comment ferais-je, pour m’arrêter ? J’aimerais ce soir dîner avec toi, ma si bien aimée. Et savourer en face de toi, avec toi, l’entrée, le plat et le dessert. Ton je t’aime est mon plus grand pourboire. Permets-moi de souvent t’appeler ma douce pomme de terre car tu es si douce. J’aime aussi quand tu te fâches, tes yeux deviennent bleus comme le fromage bleu de roquefort. Tes larmes sont sucrées, pas salées. J’aimerais ne jamais te perdre, ce serait comme perdre l’appétit. C’est difficile de te résister, c’est impossible même, car tu n’es pas différente de l’eau, l’eau c’est la vie, et toi tu es ma vie. Je ne vais jamais te promettre la lune et les étoiles car je ne pourrai pas les obtenir, mais un pain au chocolat avec du thé et du saucisson à ton réveil, ça oui, je peux te le promettre…

Janvier

Timide comme du saumon fumé

Dans la tête d’une fille :

Mon chéri, te rappelles-tu le jour de notre rencontre dans le restaurant du soir ? Moi, je me souviens très bien t’avoir demandé ce que tu voulais. Je me souviens surtout de ta réponse : je suis là pour vous, mademoiselle. Je pense que je t’ai demandé si tu allais prendre quelque chose. Et je pense que tu as dû me répondre : un jus d’orange. Je me souviens que tu étais à l’aise, ou en tous cas que tu avais l’air d’être à l’aise, et que moi j’étais gênée, et je tremblais plus qu’une orange dans un presse-oranges ! Mais je savais, j’en avais le pressentiment, qu’il y avait une attirance entre nous deux, comme entre le coca et les bulles. Je n’ai pas osé te le dire, parce qu’en général une serveuse n’est pas là pour regarder tous les beaux garçons qui passent dans le restaurant… ! Mais tout le temps où tu buvais le fameux « jus d’oranges », je te regardais. Te souviens-tu du moment où je suis venue te demander si tu voulais bien regarder notre suggestion du jour ? Te souviens-tu que mes mains tremblaient comme du poisson sur une poêle, que mes joues rougissaient comme du ketchup, et que je bégayais comme de l’eau bouillante ? Te souviens-tu, surtout, que tu m’as fait répéter deux fois tout ce qui était écrit sur le tableau à la craie ? Alors il y a du hamburger, comme plat, accompagné de morceaux de viande de volaille, et l’entrée c’est de la salade vietnamienne, et en dessert un café gourmand. Et encore une fois : du hamburger, comme plat, accompagné de morceaux de viande de volaille, et l’entrée c’est de la salade vietnamienne, et en dessert un café gourmand. Te souviens-tu que je t’ai demandé : que voulez-vous, monsieur ? Je me souviens très bien de ta réponse. Tu as dit : j’ai déjà répondu à cette question, mademoiselle. Et tu es parti. Je me suis dit : s’il est vraiment venu pour moi, pourquoi partir sans me parler ? J’ai couru derrière toi, avec encore une bouteille de vin rouge, que j’étais en train de servir à une autre table, à la main. Monsieur ! Monsieur, j’ai crié. Te souviens-tu de ce que je t’avais demandé ? Je t’avais demandé : vous êtes qui ? Et je me souviendrai toute ma vie de ta réponse : je suis ton futur amoureux.
Hawa

Le garçon et ses amis

Ami -Tu me parles d’une serveuse ?
Lui – Je te parle pas d’une serveuse. Je te parle d’Elle ! Elle est magnifique et sublime à la fois, et jolie, et belle !
Ami- Tu l’aimes ? Avoue tu l’aimes ! Ca se voie sur ton visage comme du ketchup.
Lui -Mais non je l’aime pas…
Ami – Si tu l’aimes, je le vois ! Je le lis sur ton visage qui rougit comme le jus d’un radis rouge ! Comme de la viande crue !
Lui -Mais non, je l’aime pas. Je la trouve juste belle.
Ami – Mais si tu l’aimes ! Regarde ! Tes yeux ! Ils brillent comme deux grains de raisin. Arrête de nier, arrête de mentir ! Tu deviens timide comme du saumon fumé… ! Bien sûr que tu l’aimes !
Lui – Bon… J’avoue… Je l’aime.

La recette du gâteau de l’amour

Durée de préparation : deux secondes (au four du coup de foudre), deux mois (grille-pain d’une
flirt) ou toute la vie (au four à grande chaleur tournante).
Difficulté : intense

Étape 1
Découverte de tous les ingrédients.
Astuce : choisir le glaçage à la fraise le plus attirant.

Étape 1, 5
Chercher son profil sur Facebook ou Marmiton.

Étape 2
Apprendre à connaître tous les ingrédients primaires.

Étape 2, 5
Une fois la demande acceptée, choisir un sujet de conversation par exemple : c’est quoi ton plat préféré ?

Étape 3
Faire des blagues pour se rapprocher des ingrédients.

Étape 3, 5
Proposez-lui une sortie au cinéma : pourquoi pas Top chef ?

Étape 4
Tenir la pâte dans la main et lui faire des caresses.

Étape 4,5
Proposez-lui un dîner romantique.

Étape 5
Goûter ensuite la pâte en tête à tête.

Étape 5, 5
Le repas terminé, raccompagnez-la jusqu’au pallier de sa porte.

Étape 6
Pour finir, gouter la préparation.
Astuce : posez délicatement vos lèvres sur le glaçage.

Étape 7
Si vous laissez trop longtemps attendre la belle couleur de caramel sur le feu, elle s’énervera. Mon astuce est d’y rajouter du lait sucré.

Étape 8
Préchauffez le four à 180 battements de cœur par seconde. Vous aurez du mal à respirer mais ne vous en faites pas,ça vaut le coup ! Pour prolonger le plaisir à la dégustation, glissez dans le gâteau une alliance qui fera la joie d’un amour à outrance.

Étape 8,5
Vous avez trouvé votre reine !
Samia

Je me rappelle…

Dans la tête d’une fille

Je me rappelle de ce jeune homme qui me posait trop de questions. Ce jeune homme qui était tout le temps le premier, à l’ouverture du restaurant, et qui partait à la fermeture. Je me rappelle de ce jeune homme qui aimait trop me parler et me raconter son vécu. Ce jeune homme qui aimait manger au comptoir exprès pour me parler. Ce jeune homme qui venait tous les jours, même quand dehors il faisait si froid ! Je me rappelle aussi cette jeune fille que j’étais. J’étais la jeune fille timide à qui on peut faire confiance mais qui, elle, ne fait confiance à personne. Même pas à sa propre famille. J’étais cette jeune fille qui voulait se rattraper par rapport à son vécu. Cette jeune fille qui ne pensait qu’à elle et personne d’autre. J’étais cette jeune fille qui avait des valeurs et des principes. Cette jeune fille qui voulait être un exemple, comme ma mère m’a dit : « ma fille, sois un exemple et ne déçois pas ton entourage ». J’étais cette jeune fille qui voulait être un exemple, même dans le milieu de la restauration…

Dans la tête d’un garçon

Mes amis ce soir-là voulaient manger dehors. C’était pas mon projet. Moi je trouvais que c’était du gaspillage d’argent. Mais mes collègues ont insisté, ils ont même proposé de me payer le dîner, alors j’ai accepté. On est arrivé et là une serveuse mignonne comme une fraise nous a accueillis. Elle nous a passé les menus, mes amis ont regardé le menu et moi… je l’ai regardée… Elle semblait sûre d’elle, sûre de ses gestes. J’étais impressionné, elle ne semblait pas comme les autres filles qui vivent leur vie et qui s’amusent… elle j’avais l’impression qu’elle connaissait son chemin de vie… Alors régulièrement, de plus en plus souvent, je suis retourné dans ce restaurant. Je ne pensais plus du tout à l’argent, au gaspillage. Je ne pensais plus qu’à elle. Une fois je suis venu et il n’y avait plus aucune place de libre. J’étais désespéré mais elle m’a proposé de venir manger au comptoir… Tout le long du repas, en même temps que je montais mes haricots à la bouche, je la regardais essuyer les verres. J’ai mangé, on a parlé, et à force de parler chacun de nous s’est livré à l’autre : son vécu, son enfance… Je pensais « dans le fond on est peut-être les mêmes, on a vécu les mêmes scènes ». Un jour -je n’oublierai jamais ce jour- , le 19 juillet, elle m’a laissé sur le ticket de l’addition son numéro. Je voudrais qu’elle soit la femme de ma vie, la mère de mes enfants, la grand-mère de mes petits-enfants, la belle fille de ma mère, la belle sœur de mon frère… je l’aime !

Yasmine

23 janvier 2020
T T+