Journal du compte à rebours 14

Samedi 14 juillet, 06h40.

Près d’Osijek en Slavonie et sur la Drava

À deux heures de marche de la frontière au-delà de quoi, par un sentier en hiver aux fondrières enneigées, en été bordé de colza, la vieille Znerka s’obstinait, bravant la douane et les chiens errants, à s’approvisionner en thé et en café, dans cette région où on parle le hongrois aussi bien que le croate, elle avait décidé, mon amie Zita dont je vais vous raconter l’histoire, d’acquérir, jouxtant la demeure familiale, un terrain couvert d’herbes folles, planté d’un cerisier sauvage, avec un puits à décombler et un figuier à tailler le long du chemin de conduite, afin que s’élèvent les murs de la maison qu’elle ferait construire.
De la fenêtre du premier étage on verrait le ciel, une branche du cerisier et sur le drap blanc des étoiles – image persistante qu’elle se savait à charge de donner vie comme elle avait donné corps à un enfant, un garçon de dix ans, un devoir d’image comme un devoir de lignée, impératif, et donc pour cette chambre, avant que soit posée la première pierre des fondations elle avait acheté des rideaux de dentelle et elle les a encore, dans l’armoire qui jaunissent malgré le plastique où elle les avait enveloppés…


Merci à ceux et celles qui ont accompagné.

Le Risque de l’histoire a paru en septembre 2008 aux éditions Laurence Teper.

Sur publie.net, lire Une guerre, premier état de la troisième partie de ce roman « Détruire. - Les soldats », avec une présentation de François Bon.

22 mai 2007
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