Atelier à distance 4

Escapade rituelle du dimanche, randonnée entre amis ou simple sortie dans la ville. "Inventer, c’est se ressouvenir", écrivait Gérard de Nerval. Lors de cette quatrième session, il s’agissait de relater une promenade dont le souvenir importe. Je vous laisse découvrir l’humour et la tendresse qui parcourent les trois textes ci-dessous, à considérer comme un aperçu de la vingtaine de pérégrinations reçues entre le 13 et le 21 avril 2020...
Pour les accompagner, à nouveau un dessin de ma série Avant C. / Pendant C. (avec C. pour confinement...) comme clin d’œil...
Bruno Allain.

Béranger Crain

Dimanche au lac

On va marcher. Il est 14h47. Sortir la Volvo. Le périphérique. La plus petite route. Puis le chemin. Sur le trajet les voitures avec le 1/5/9 sur les plaques d’immatriculation je compte. Ana celles avec les 2/4/7. Ça va vite. J’en vois une. Puis deux. Puis 5. Ana me dit.
Non mais tu triches. Ce n’est pas possible d’en voir autant. Maman. Léonce il triche. Il ne veut pas jouer. Mais moi je ne triche pas. Non j’ai bien vu 5 voitures. J’en ai peut-être compté une. Ou deux de plus. Mais je dis à ma sœur. Oui eh bien moi je n’ai pas de lunettes pour voir loin. Maman. Papa. Je vais avoir des lunettes. Je veux dire. Elle en a.
Ma mère répond. Oui on verra. Quand ma mère dit oui on verra. C’est qu’on verra dans longtemps. Ma mère pense que je vais oublier. Mais moi non je vais pas oublier. Anna a eu des lunettes à 7 ans. Moi aussi. Pendant que je questionne ma mère. Ana a déjà vu 7 voitures. Puis j’en vois 3 de plus. Je reprends la main. Puis ma sœur en voit 5. D’un coup d’un seul. Je suis dégoûté. Puis j’en vois 2. 3. Ana 4 et 5.

Mon père dit on arrive les enfants. Ça y est. Je vois le lac pas loin. Ma mère dit c’est calme. Léonce la porte doucement. Elle dit après. Oui mais je veux être le premier à voir l’eau.
Au loin. Je vois rien. Mon père m’attrape par le col de ma polaire. La porte Léonce. Doucement. Je décolle légèrement du sol. Mon père est fort. Il peut me porter avec une seule main.

Nous sommes nous quatre. Sur le chemin marchons. La voiture est restée. Parking de terre en bas. Nous portons vestes polaires. La mienne est bleue. Ma mère m’a dit au magasin.
Bleu c’est bien Léonce. Pour accorder avec tes joggings puis tes baskets. C’est mieux.
Oui Maman j’ai dit. Ma mère a le sens du détail. Le contraire de mon père. C’est d’ailleurs ma mère la meilleure conseillère de la famille. Ana se débrouille. Mais demande toujours l’avis à Maman. J’ai un bonnet bleu. Comme mon père. J’ai des gants noirs. Comme ma mère.

C’est la promenade du dimanche. Ce n’est pas régulier. Mais aujourd’hui c’est dimanche. Mon père dit. On va se promener. Alors on va se promener. Je n’ai pas d’avis sur la question. Alors je suis le mouvement. Ma sœur est toujours contente de sortir. Ma mère aussi. Parfois elle préfère se reposer. Puis le matin c’est la messe. Alors elle ne veut pas sortir deux fois. Des fois. Ma mère dit je veux me reposer. Elle se repose. Elle lit un livre dans le fauteuil. Le chat là sur les genoux. Alors moi je vais au parc avec mon père.

Moi en vélo. Seul. Ma sœur ne prend plus le sien. Mes parents derrière. Je suis le plus rapide. Bien sûr. Ma sœur va à la conquête de nouvelles pierres. Elle croit toujours qu’elle va trouver un trésor. Un diamant par exemple.
Ma mère fait la causerie à mon père. Je n’écoute pas trop. Des histoires les mêmes.
Je n’écoute pas trop. Ma mère me dit attention Léonce. Oui les ronces attention.
J’ai vu Maman j’ai vu. Je ne suis pas idiot. Mais attention Léonce. Mon père ne dit rien. Il regarde ailleurs.

Je vois le lac. Il se fait plus grand. Le doigt devant je montre. Maman. Papa. Je hurle. Je le vois. Maman Papa rigolent. Je hurle plus fort. Je le vois. Maman Papa Ana rigolent. Comme pour la première fois. Même si ce n’est pas la première. D’ailleurs je ne sais pas quand c’est. La première fois.

Je me souviens qu’il y a cette forme. Un coquillage. Il y a du sable. Mon père me dit c’est la terre qui se creuse avec le temps. Comprends pas tout. Mais je dis oui je vois. Ça fait combien de temps qu’il est le lac. Ana dit. Il n’a pas été toujours là. Faut pas croire. Au fond je ne crois rien. Rien du tout. Mais je fais l’étonnement. Ah oui je vois. Mon père dit oui le lac s’est sans doute formé sur des années. Plusieurs. Je dis combien. Ana répond à sa place. Au moins 10 000. Ma mère lui dit. Dix mille heures. Nan impossible. 10 000 jours. Nan impossible. Dix milles années. Oui voilà c’est ça Maman. 10 000 ans. Je dis c’est pas beaucoup. Ana dit très fort ah si c’est beaucoup beaucoup. Tiens il y a un canoë. Mon père demande. Vous le voyez. Bien sûr que je le vois. Je l’ai même vu tout à l’heure de très loin. Mais je fais l’étonnement.

On est bord de l’eau. Il y a quelques personnes. Je ne vois pas de nageurs. Elle est froide l’eau Papa. Oui très. Faut pas que je tombe dedans. Ma mère dit non ton père serait obligé de sauter lui aussi. Mes parents rient. Ana aussi. Moi je fais l’étonnement. Puis je ris.
Ma mère fredonne un air de chanson. Quand on se promène au bord de l’eau. Je ne connais pas. Mon père l’accompagne. Lui connait la chanson. Ana tente des ricochets. Moi je ne sais pas encore faire. Je vais à toute vite vers le cabanon à frites. Je fais un tour. Puis un deuxième. Puis un troisième. Puis je me repose. Mes parents sont près de l’arbre. Ana joue pas loin. C’est comme une pause. Mais on n’est pas assis.

J’aime pas rentré déjà. Oui mais c’est école demain Léonce. Ma mère me dit toujours ce que je dois faire. Des fois j’aimerais faire ce que je veux. Mon père est toujours obligé de me dire. Tu feras ce que tu voudras quand tu seras grand. Oui mais Papa c’est quoi grand pour toi. J’ai piégé mon père je crois. Grand ça veut dire au moins 18 ans. C’est long 18 ans. Ana en se retournant vers moi dans la voiture. Mais non quand tu auras 18 ans. C’est ce que Papa veut dire. Oui donc dans 1 2 3 4. Ana coupe court. 13 ans. Oui c’est ce que j’allais dire. 13 ans. Ana on compte les voitures. Non je dis. Je me repose. Tu es fatiguée me questionne. Je me repose avant d’être grand.


Pierre Baduel

mardi 21 avril 2020
Ma balade nocturne dans la ville de Paris.
Hier soir je marche sur le pont de la Seine les voitures roulent sur la route
J’ai 20 ans et je vois deux personnes sortir du restaurant entre amoureux
Après j’observe les lumières qui sont posées entre chaque lampadaire
Suivi aussi des gens qui marchent sur un trottoir
Plus tard j’ai regardé cette jeune fille porter sa robe de mariée
Parce qu’elle voit des arbres violets et l’appartement
Enfin il y a plusieurs gens qui dînent à la brasserie dehors


Marie de Ruffey

Sonia, Samy, Victor et les autres

Elle c’est Sonia, lui c’est Samy. Ils avaient invité des amis dans leur chaumière située quelque part entre Trouville et Honfleur, pour prendre un bon bol d’air et marcher ensemble. La marche à pied est le sport par excellence pour qui est doté d’une vision comme ci, comme ça.
Bon pied, bon œil, dit le dicton. Eh bien ce qui va suivre prouve le contraire.

La bande des copains, tous aux vues à la déroute, plus ou moins déroutantes pour un fin observateur, s’étaient rencontrés au sein d’un club de randonneurs. Outre la marche à pied, ils partageaient une kyrielle d’affinités.
C’est par le train du matin qu’ils étaient arrivés dans cette petite gare de campagne, en briques rouges et aux volets bleus, sous l’œil ébahi de la chef de gare peu habituée à voir descendre du train cinq voyageurs d’un coup !
Echanges de saluts chaleureux. Les Parisiens respirent à pleins poumons l’air pur.
– Que ça sent bon ici, dit Bob. Si la campagne est aussi belle que vous, je regrette pas d’être venu en Normandie. Je m’appelle Bob. Et vous ça s’rait pas Janine ??
Incorrigible Bob qui, à son habitude, avait sûrement ôté ses épaisses lunettes de myope pour la regarder de plus près !
– Oui, je m’appelle Janine. Comment vous avez deviné ? Vous allez où, s’enquiert la chef de gare toute guillerette.
– A Bourville, répond Samy venu accueillir les amis.
– Mais… vous n’avez pas de voiture ? s’étonne la dame des lieux.
– Nous sommes des marcheurs, dit le chœur des copains, en endossant les sacs à dos et arborant leurs bâtons de rando.
Et Nadia d’entonner une chanson. Et le groupe d’emboîter le pas à Samy. Echanges de joyeux « au revoir ».
– Bon courage et bonne route ! crie la préposée à la gare. Tout de même cinq kilomètres… ça grimpe pour aller là-haut !
Cinq bornes même en côte ne rebute personne et surtout pas Max. C’est le labrador de Victor qui commençait à avoir des fourmis dans les pattes, traduit son maître qui le connaît bien.
Traversée du village typiquement normand avec ses maisons anciennes à colombages, épargnées par les bombardements, son couvent dominicain recyclé en centre culturel, sa prison désaffectée rendue célèbre par le film « la joyeuse prison », ses cours d’eau aux doux méandres. Tout au long de son chemin, la troupe est saluée par les boutiquiers qui ouvrent leurs devantures et font parfois un brin de causette : les frères Legrand revêtus de leurs blouses blanches dont la droguerie est une véritable caverne d’Alibaba. Vaut le détour. Le charcutier qui fait la meilleure andouillette du coin sans parler du jambon à l’os. Le quincailler Chapuis où on trouve tout et même ce qu’on ne cherche pas et son voisin, un faiseur de tartes normandes à tomber à la renverse.
– Ici c’est l’ébéniste qui rajeunit vos vieilles reliques. Il a transformé son entrepôt en véritable musée d’outils anciens, commente Samy.
Un âne brait. Va-t-il nous raconter ses mémoires ? Une poule picore sur un mur, sans aucun doute du blé dur ! Des vaches paissent paisiblement dans un pré entouré d’une pimpante barrière blanche. On se croirait dans une carte postale.
– Il paraît que pour reconstituer le cheptel normand, on a dû importer des vaches polonaises, marmonne Dédé.
– Admirez cette Madone à votre gauche ! poursuit Samy. Vous pouvez l’approcher et la toucher et faire une petite prière si ça vous chante. Chaque jour, une dame lui apporte des fleurs.

On est rendu, annonce Samy.
Et les copains de scander :
So nia ! So nia ! On est là !
Ah ! Comme je suis heureuse de retrouver la maison de Blanche Neige, dit Nadia, une habituée des lieux.
– T’es une sacrée coquine, Sonia ! dit Victor, tu nous avais dit qu’on dormirait à la belle étoile et qu’il faudrait casser la glace à la fontaine pour se débarbouiller !
– T’es sûre, enchaîne Bob, qu’on aura envie d’aller marcher demain ? Tu dois bien avoir des chaises longues ?

Retrouvailles au coin du feu. Chacun se raconte un peu, sans plus cependant.

Les uns vont ramasser du bois dans le jardin, les autres font les lits.
Où avez-vous déniché ces édredons ? Et cette pendule ? demandent les filles. Je crois qu’on va bien dormir cette nuit…

Joutes culinaires entre deux chefs en herbe. Ça commence à sentir bon la soupe de poissons qui mitonne sans se presser.

Ripailles autour de la grande table monacale.

– Oh… ce coucher de soleil ! dit Nadia qui voit un peu plus loin que le bout de son nez, elle ! Je vais vous le décrire : imaginez une grosse boule rose… disons… rose indien. Autour vous avez des auréoles nacrées. Elle va plonger dans la mer. C’est bien la mer au fond là-bas ?
– Oui, confirme Sonia. Demain soir, si vous voulez, on ira pique-niquer sur la plage.
Elle a surement une idée de peinture derrière la tête... Sonia et sa vue basse peinturlurent, est-ce bien raisonnable ?

Victor pianote quelques mélodies d’Eric Satie, l’enfant du pays.
Max le chien et Maçka le chat roupillent, d’un œil, blottis l’un contre l’autre, devant la cheminée.
– Tout est luxe, calme et volupté… ose Victor.

Le lendemain.

Chacun a revêtu sa panoplie classique de randonneur, sauf Nadia qui inaugure une superbe veste de chez Fior. Olga a piqué à Sonia son bâton hérité d’une balade sur le chemin de Compostelle. Bien que Samy connaisse la forêt, il recommande de ne pas s’aventurer trop loin, sans plan, ni boussole et surtout sans « Zieux d’appoint ».
On va suivre les allées cavalières jusqu’à la passerelle. On prendra le chemin des étangs. Et si vous êtes sages, au retour, on ira voir le grand cerf...

Le sous-bois est touffu dans cette partie de la forêt. Il est pourtant facile de suivre le sentier bordé par les bouleaux aux troncs blancs, les hêtres et les chênes plus que centenaires.
Personne ne dit mot. Les oreilles sont aux aguets.
Un bruissement furtif dans un arbre, Peut-être un écureuil ? Un craquement de brindilles, peut-être un lapin ? Un clapotis dans l’étang, peut-être un crapaud ?

– Ecoutez, chuchote Samy.
« Piou piou ti ti titolandi… piou piou ti ti titolandi. »
– Ça vous rappelle rien ?
– Le pouillot véloce !!! clament les copains dans un ensemble parfait. 
Tout le monde éclate de rire. C’est un bon vieux souvenir du temps des randos avec le club. Notre guide s’évertuait à vouloir nous enseigner les gazouillis des oiseaux, au seul prétexte que les aveugles ont de l’oreille, c’est bien connu !
– Oh !... Regardez cette baraque ! dit Bob au détour de la route du Grand Cerf.
Olga ajuste son monoculaire - version moderne de la lorgnette - et Dédé ses jumelles, bien qu’elles ne lui soient plus d’un grand secours ; un peu quand même.
– Elle est de toute beauté !… quoiqu’un peu délabrée ! s’exclame Dédé.
Sonia explique :
– C’est la Maison Blanche. Un ancien manoir. Personne l’habite. On raconte qu’il est hanté !
Samy propose :
- Si vous n’avez pas peur des fantômes, allons le voir de plus près. Y a plus de clôture, la barrière s’est écroulée. Je ramasse ici mes plus beaux champignons.
– Et tu les manges ? s’inquiète Dédé.
– Tu oublies qu’avant d’être malvoyant, j’étais pharmacien !... rappelle Samy en riant. On y va ?
Olga qui a mis sa main en visière, pour tenter de voir mieux, s’étonne :
Il y a comme des boules de neige dans les arbres. Ça serait pas des pommiers en fleurs ? Le jardin ne me semble pas en friche.
Victor renchérit :
– Sshuumm... ça sent même l’herbe qu’on vient de couper.
Et Sonia de supposer :
– C’est le fermier d’à côté qui doit venir pour ses bêtes.

– Qui va là ?! hurle un fantôme surgi de nulle part.
– Euh… Euh… Nous sommes un groupe de randonneurs, explique Samy. On voulait voir cette vieille masure de plus près. Et vous ? Qui êtes-vous ?
– Cette vieille masure est ma maison ! … Et vous êtes dans mon jardin ! vocifère l’apparition fantomatique en brandissant un bâton qui ressemble à s’y méprendre à une fourche.
Et chacun de mettre son grain de sel à la volée :
– Oh, excusez-nous ! On est désolés.
– Ah ? Vous êtes le nouveau propriétaire ?
– Vraiment, excusez-nous pour cette intrusion.
– On pensait que la Maison était toujours inhabitée…
– On n’vous avait pas vus. Vous savez, nous voyons très peu… pour ne pas dire assez mal… Bon.
– Au revoir. Excusez-nous encore...
– Ah ? ! Vous voyez mal ? dit le maître des lieux soudain radouci. Mais c’est extraordinaire ! Moi c’est pareil… je vois presque plus rien…. Et je me demandais qui étaient ces ombres ?
– On a dû vous faire peur alors ? demande Dédé.
– Non non pas du tout. Je suis un ancien champion de tir, ajoute-t-il en riant. J’ai une bonne cataracte et un glaucome qui commencent à me pourrir sérieusement la vie. Vous voyez la Jaguar là-bas ? Finie la conduite. Je vois comme dans le brouillard… Et vous ?
– Nous ? Nous c’est à peu près pareil… On a tous des trucs différents, mais les effets sont identiques.
Ces confessions détendent l’atmosphère beaucoup plus vite que si chacun avait décliné son identité.
– Allez ! … Si vous voulez, je vous invite à visiter ma masure, dit Eric, l’heureux propriétaire de la Maison Blanche. J’ai refait le toit et l’intérieur. Reste tout le reste …
– Ah oui j’veux voir ça ! dit Dédé. Moi j’avais construit ma maison tout seul. Maintenant c’est tout juste si j’peux planter un clou !

Nous trinquons à notre rencontre dans la grande cuisine du manoir. Murs aux pierres apparentes, sol en pavés d’Auge à fleurs de lys, poutres ancestrales, immense cheminée à l’âtre voûté.
Le cidre et le calva, les élixirs du coin, sont de la fête. Eric sort une grosse miche de pain Brié pour nous faire goûter sa collection de fromages locaux. Le Pont L’Evêque, le Carré d’Auge, le Livarot et l’incontournable Camembert, dont l’appellation a oublié d’être déposée. C’est pour cette raison qu’on peut le fabriquer n’importe où.
Puis c’est au tour de la teurgoule.
– Ah c’est ça la teurgoule ? disent Nadia et Olga d’une seule voix. Ça a l’air bon !
– Et de fabrication maison, tient à préciser Eric. Je continue à faire la cuisine… à vue d’œil, mais ça marche quand même … Qui veut la recette ?
– C’est vrai. D’aucuns pensent qu’on ne sait rien faire de nos dix doigts, dit Sonia, parce qu’on a la vue raccourcie. C’est pourtant avec nos doigts qu’on réussit à reconnaître des tas de machins… Et à bricoler des trucs. Moi, je fais les ourlets de mes jeans au toucher. J’ai tout de même besoin d’une âme charitable pour enfiler les aiguilles !
– Moi, j’arrive encore à enfiler une aiguille, dit Nadia, en la plaçant à contrejour près de mon œil. C’est un peu dangereux… il faut faire gaffe, c’est tout.
– C’est comme pour les prises de courant, ajoute Dédé. On entre une fiche, puis l’autre en tâtonnant.
– C’est pareil quand on traverse une rue. On est des morts en sursis ! conclut Eric.
Tout le monde rigole. La conversation s’anime. C’est à qui racontera sa plus grosse bêtise, sa plus énorme bévue, sa plus incroyable gaffe…
– C’est bien autour d’une table qu’on oublie nos vues à la noix, hein les copains ? euphorise Bob, en remplissant les verres. (L’abus d’alcool est nocif pour la santé. A consommer avec modération.) Elles sont belles nos copines, en entourant les épaules de la brune Olga et la blonde Nadia.
– Dis donc, tu lèves bien le coude, dit Eric à Sonia. Ton verre te suffit pas ? T’es en train de vider le mien !
– C’est une de nos vertus… tu sais, on ne se rend pas bien compte des distances… minaude Olga. Alors on boit ce qu’on voit… et les autres comprennent pas pourquoi leurs verres se vident aussi vite…

Et pour terminer, laissons Samy exprimer la morale de l’histoire :
Avec un petit verre de trop, on voit double… argument irréfutable pour nous qui voyons si peu ! 

21 mai 2020
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