Le Dictionnaire amoureux vers 2021

Pas facile ce premier trimestre du Dictionnaire amoureux des garçons et des filles : le port du masque est un obstacle à l’intimité nécessaire, la distanciation sociale la complique, les fenêtres laissées entrouvertes réveillent la mauvaise humeur et la sensation est souvent de ne jamais arriver à franchir ce mur de distance (ne pas voir en entier les visages des jeunes élèves : quelle brutale métamorphose relationnelle).

Et pourtant, ce fut un premier trimestre si riche du point de vue humain et pas seulement. Car, au-delà des silences, de la timidité, de la pudeur et de la réticence à s’ouvrir que je perçois parmi ces jeunes adolescents, ils partagent avec moi le projet de rompre ces chaînes. Il y a une tout aussi forte nécessité de sortir de soi, pour chacun et chacune de franchir les barrières de son petit monde enfermé, trop virtualisé, peut-être enfin retrouver des camarades ou des adversaires potentiels. Peu importe le statut, puisqu’il s’agit de toute façon d’autres êtres en chair et en os, des autres qui aident à sortir du cadre de l’auto-observation.

“Autres” : ce sera également un des lemmes du Dictionnaire et probablement l’un des plus riches.

Les deux groupes de travail, celui du lycée dionysien et celui du lycée parisien ont pu se rencontrer avant les vacances de Noël. Il y avait de la joie dans les regards et une curiosité affamée. On ne calcule jamais assez à quel point notre vie peut être entrelacée à celle des autres et jusqu’à quel point l’isolement est en train d’empoisonner l’âge qui devrait être le plus lié à la découverte de soi-même, oui, mais en relation avec l’autre (telle est l’adolescence).

Un parcours parsemé de surprises : autant celle de se retrouver que celle du désert relationnel que nous traversons et auprès duquel les adolescents payent le prix le plus cher, tout en constatant que la vie imaginaire n’est pas été infectée, qu’elle est restée intacte et bien vivante.

À ce propos, j’avais demandé aux élèves d’écrire de petites histoires d’amour, et Aziz Tahir, un des garçons du Lycée dionysien (lycée Suger), en a écrit une si émouvante que j’en ai gardé l’écho en moi durant plusieurs jours. D’ici quelques mois, notre Dictionnaire amoureux sera rédigé avec beaucoup de soin et d’originalité, c’est sûr. Il y a de quoi saluer l’année 2021 avec sans doute beaucoup d’espoir.

Voici en guise de vœux de fin d’année 2020, un extrait de la production originale de l’élève Aziz T.

31 décembre 2020
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