Cesare Battisti : Copier-Coller (entre autres), roman

Au dos des romans ou sur le rabat des couvertures il n’est pas rare de lire, résumée en quelques lignes, la biographie de l’auteur. Au dos de Dernières cartouches (1998) on lit ainsi : « À vingt-deux ans, Claudio a déjà un lourd passé : vols à main armée et séjours en prison. Nous sommes en 1976, dans la région de Rome. Un grand mouvement politique et culturel secouant l’Italie va prendre la forme d’une lutte armée menée contre l’État. Désormais clandestin, Claudio sera entraîné dans un tourbillon qui le portera en première ligne des combats. Comme son personnage, Cesare Battisti a un peu plus de vingt ans lorsqu’il rejoint la lutte armée. Condamné à perpétuité pour son activisme, il s’évade, s’exile au Mexique où il rencontre Paco Ignacio Taibo et fait l’apprentissage de l’écriture. » Les mots comme son personnage permettent le passage du roman à la biographie.

La quatrième de couverture d’Avenida Revolucion (2001) inverse les éléments du passage : « Cesare Battisti connaît bien Tijuana, ayant vécu au Mexique en tant qu’exilé politique. Avenida Revolucion est le fruit de son expérience, un roman noir et onirique qui parle de la perte d’identité et des relations entre le tiers monde et les États-Unis. Un récit à l’humour ravageur sur le désenchantement politique. »

Celle de Cargo sentimental (2002) ne présente que la vie de l’auteur : « Cesare Battisti est né en 1954 dans la banlieue de Rome. Il fait son apprentissage dans les rues d’un quartier populaire. À vingt et un ans, il rejoint la lutte armée : les années 70 sont pour lui des années de clandestinité, des années de plomb. En 1981, il s’évade de prison et s’exile au Mexique où il fonde une revue et organise la Biennale d’arts graphiques de Mexico. Il vient ensuite s’installer en France et publie son premier livre à la Série noire, Les Habits d’ombre. En 1998, il publie Dernières cartouches aux éditions Joëlle Losfeld. En 2000 paraît Avenida Revolucion aux éditions Rivages. »

Buena Onda (Série noire, 1996) présente seulement le roman : « Des cuisines d’un restaurant italien de Paris aux maquis zapatistes, il n’y a qu’un pas. Celui que franchit Enzo le jour où il décide d’enlever le ministre de l’Intérieur français pendant sa confession hebdomadaire. Quand un ex-terroriste italien rangé des Vespas se décide à reprendre du service, ça vous prend tout de suite un petit air de révolution mexicaine. » Extrait :

— Alors tu l’as vu, oui ou non ?
— Non. C’est-à-dire oui. Je l’ai rencontré il n’y a pas longtemps. Il était en train d’emprunter une vedette. Il m’a dit qu’il devait retourner d’urgence à sa rédaction. Oh, mon Dieu, je n’y comprends plus rien.
— C’est vrai, c’est insupportable de ne pas comprendre. Surtout quand on est responsable d’un théâtre de marionnettes en pleine jungle, d’un précieux chargement d’armes et d’un meurtre qui, somme toute, a servi à protéger notre mission. Ah, querida, comme je te comprends ! Cependant, si tu te souviens de quoi que ce soit au sujet de « Stockfisch », même d’un tout petit détail, fais-le-moi savoir. Parce que j’ai la vague impression qu’on me cache quelque chose, pas toi ? (...)
Sur le point de sortir, elle hésite. Elle se retourne lentement et, comme un joueur qui a déjà le match dans la poche, elle me fait cadeau de quelques mots d’espoir.
— Patience, mi güero. Tu verras... je suis sûre que tu finiras par comprendre.

La même Josefina prononce le mot de la fin (du roman) : « Mi güerito, la nuit ne finit pas avec le soleil du matin. »

Depuis ces lectures, dans la bibliothèque de ma nièce j’ai trouvé un livre de Cesare Battisti que je n’avais pas lu : Copier-Coller, paru en 1997 dans la collection Castor Poche Flammarion. Ce roman de suspense destiné aux lecteurs à partir de onze ou douze ans est dédicacé À Valentina, dont l’imagination a rendu possible cette aventure.

D’après le dos du livre l’histoire est celle-ci : « Bruno est obsédé par ses origines. Il tente de recoller les morceaux d’un passé familial énigmatique. Sa rencontre avec Pixel, un passionné d’informatique, va changer sa vie. Qui est donc ce garçon qui lui ressemble étrangement ? »

En page 5 il est écrit de l’auteur : « Cesare Battisti est né en 1954 dans la grande banlieue industrielle de Rome. Il a vécu au Mexique où il a fondé une revue culturelle, organisé une biennale d’arts graphiques et collaboré à de nombreux journaux. Installé à Paris depuis 1990 avec sa femme et ses enfants, il se dédie entièrement à la prose noire. Copier-Coller est son premier roman pour enfants. »

Dans Copier-Coller, Bruno et Pixel ont une conversation sur la lecture et les adultes. Pixel dit : « Moi, je ne lis que des livres pour enfants, comme ça l’esprit reste simple et cruel », il continue : « Celui qui parvient à acquérir les privilèges de l’adulte sans perdre son âme d’enfant finira par mourir de rire. »

En commençant ce texte je souhaitais évoquer quelque chose ayant trait à la biographie d’un écrivain et aux romans qu’il écrit, ce qui les croise et ce qui les écarte, au dos des livres déjà, peut-être ailleurs. C’est un sujet sur lequel planchent depuis des générations les érudits, que pratiquent régulièrement les romanciers. Entre-temps l’actualité juridique et politique a croisé à nouveau l’existence de Cesare Battisti qui s’en tenait à l’écart. J’ai pensé alors évoquer quelque chose qui rappelle les promesses tenues, la parole donnée qui engage, soi et les autres, même un État, pourquoi pas, quelque chose comme Croix de bois croix de fer si tu mens t’iras en enfer, ce qu’on jurait. Les rapports entre la biographie d’un écrivain et les romans qu’il écrit ne sont plus aujourd’hui, semble-t-il, un axe de réflexion très pertinent ni suffisant, sans doute faut-il se demander également comment se croisent et s’écartent la biographie d’un écrivain et son existence, où et quand se croisent et s’écartent son existence et le monde dans lequel il vit.

8 juillet 2004
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