« Nous allons réaliser non pas l’utopie, mais le possible, tout simplement » (Carlos Fuentes)

Je crois aux gens qui cherchent la vérité, pas à ceux qui l’ont trouvée,
Carlos Fuentes.

 

Territoires du temps est un recueil d’entretiens de Carlos Fuentes avec des critiques et des journalistes de la presse écrite et de la radio donnés entre 1980 et 1998. La notion d’engagement y est doublement présente : engagement politique en tant que citoyen, engagement littéraire en tant qu’écrivain, cela à une période importante dans la vie du Mexique : modernisation du pays et renouvellement des structures politiques, avancée sur la scène littéraire mondiale d’une génération d’écrivains sud-américains (Cortazar, Garcia Marquez, Vargas Llosa, Goytisolo, Lezama Lima...) qui ouvre le genre romanesque à d’autres voix et d’autres lieux.

L’écrivain joue un rôle indispensable, même si parfois c’est un rôle invisible. Mais ce n’est pas seulement un rôle politique. C’est quelque chose qui met en jeu deux fonctions d’une importance fondamentale : l’imagination et le langage. Il n’y a pas de société sans imagination, et pas de société sans langage. Si l’on continue à donner le meilleur de nous-mêmes pour le langage et pour l’imagination, et pour la forme de connaissance spécifique que suscite la littérature, alors on remplit un rôle : la littérature est une sorte de réserve, de réalité latente et nourricière pour la société, même si la société ne s’en rend pas compte.

Il revient dans plusieurs « conversations » sur sa relecture, chaque année, du Quichotte dans l’esprit du Pierre Ménard de Borges, sur la disparition des notions d’avant-garde et de progrès, sur l’évolution des personnages romanesques de Madame Bovary à Grégoire Samsa.
À propos du roman comme forme de l’expérience urbaine, il évoque

trois textes fondamentaux pour moi, trois textes initiatiques qui sont : l’introduction à l’Histoire des Treize de Balzac, qui est la grande symphonie sur Paris ; le premier chapitre d’Our Mutual Friend de Dickens, quand le père et la fille se trouvent dans une barque, la nuit, sur la Tamise, en train de pêcher des cadavres pour les dépouiller ; enfin le récit du narrateur dans La Perspective Nevski de Gogol qui décrit Saint-Pétersbourg [...] Le roman nous révèle la ville comme centre de l’artifice moderne, ainsi que ses maîtres de cérémonies, tels Vautrin, Raskolnikov ou Ixca Cienfuegos.

La ville selon Carlos Fuentes, celle qui apparaît ou dont il est question dans la plupart de ses romans, c’est Mexico, cette ville passée en quelques décennies d’un à dix-huit millions habitants. Elle est, dit-il, sa « plus grande invention » et « un thème central de son œuvre » dans laquelle il s’efforce de représenter « l’écart entre Mexico imaginée par moi et la réalité de la ville ».

Il raconte également comment s’est construit L’Age du temps, cette vaste fresque qui rassemble l’ensemble de son œuvre narrative.

Je n’ai jamais pensé que l’un quelconque de mes récits ou romans s’épuisait en lui-même, je les ai toujours voulu ouverts, tant dans leur lecture immédiate que par une vision plus ample de correspondance et d’ouvertures qui semblent trouver écho, résonance dans d’autres œuvres. Cette idée n’est pas nouvelle, c’est la leçon balzacienne à travers le retour des personnages. Moi, j’ai peu employé le retour des personnages, j’ai plutôt pratiqué l’éternel retour des œuvres sur elles-mêmes, qui se font écho, qui se répètent, se prolongent, retournent à leurs origines, rencontrent leur destin dans une autre œuvre, un autre roman.

L’Age du temps comprend 14 cycles :
I. Le mal du temps
II. Terra Nostra
III. Le temps romantique
IV. Le temps révolutionnaire
V. La plus limpide région
VI. La mort d’Artemio Cruz
VII. Les années avec Laura Diaz
VIII. Deux éducations
IX. Les jours masqués
X. Le temps politique
XI. Peau neuve
XII. Christophe et son œuf
XIII. Chronique de notre temps
XIV. L’oranger

Certains cycles comptent un seul roman, comme Terra Nostra, d’autres, comme « Le temps romantique » ou « Le temps révolutionnaire », en comptent plusieurs. Tous ne sont pas écrits, tous ceux qui sont écrits ne sont pas traduits en français.


Les seize entretiens de Territoires du temps ont été choisis par Jorge F. Hernandez, historien et écrivain mexicain qui présente et analyse l’œuvre de Carlos Fuentes dans sa préface. L’ouvrage est traduit de l’espagnol (Mexique) par Céline Zins. Les entretiens ont été initialement menés en espagnol, anglais, portugais et français.
Collection Arcades n° 83, Gallimard, 2005.

Carlos Fuentes sur remue.

23 novembre 2005
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