Vers le Mississippi en passant par la porte D

L’entrée se fait maintenant porte D, autrement dit derrière la Maison de la Radio, si tant est qu’un bâtiment aussi rond que le Colisée ait un devant et un derrière – tout cela par ruse pour déjouer certains mercenaires : s’ils n’apprécient pas les violonistes du Philharmonique, ils les guettent probablement à l’entée principale, illuminée, par goût pour les fastes.


Non seulement ils étaient à l’heure, mais ils étaient en avance, les étudiants du b.t.s. et futurs ingénieurs du son – l’a-e-r (auteur en résidence) les a retrouvés regroupés plus ou moins sagement, impatients et gourmands d’avance, du moins on l’espère ; le portique de la sécurité a sonné douze fois au passage des douze jeunes gens, en guise de bienvenue sans doute, après quoi ils ont été guidés à travers des couloirs moquettés jusqu’au studio 104, en passant par la coulisse.



Ledit 104 est un auditorium, moins grand que l’auditorium appelé Auditorium, mais moins petit que l’auditorium 105, appelé 105 ; on y répète ce jour-là le concert-fiction Une aventure de Huckleberry Finn : chimère théâtro-radiophonique, mêlant acteurs et musiciens, liés par des bruitages et le souci de synchronicité. Six comédiens raniment sur scène les personnages de Mark Twain, dont Huck, le quasi orphelin, et Jim, l’esclave nègre libéré par lui-même ; cinq musiciens menés par David Chevallier font entendre un blues mississippien jusqu’à la Nouvelle-Orléans, issue idéale du récit.


Des problèmes de micro, des problèmes de casque, de retour, de résonance, de distance, de prononciation, de balance, de bruitage, de déplacement, de rythme, de câble et de susceptibilités humaines non mécaniques (mais électriques) : les étudiants ont assisté à tout cela, les oreilles ouvertes, soulagés presque de constater que les mini défaillances, ou les difficultés, sont aussi le fait des professionnels, non pas seulement des apprentis.



Ils ont observé Sophie Bissantz, bruiteuse, agiter des éponges et des bouts de bois pour suggérer un radeau sur le Mississippi ; ils ont vu les comédiens Ivan Cori, Laurent Lederer, Jonathan Manzambi et les autres ; ils ont observé comment la cuisine se fait ; ils ont découvert, toujours l’oreille tendue, quelques gros mots remarquables et vu comment les tension se résolvent.



Après quoi, ils sont repartis, fêter Noël loin de la radio, ou voir l’épisode 7 de La Guerre des Étoiles, loin du Mississippi.

6 janvier 2016
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