Les chevaux approximatifs de Michel Garneau

Homme aux talents multiples, animateur infatigable de la scène culturelle québécoise, comédien, poète, dramaturge et animateur de radio, Michel Garneau est l’auteur d’une soixantaine de recueils de poésie et de textes pour le théâtre. Traducteur de poèmes et de pièces de théâtre (Macbeth, La Tempête, et Coriolan de Shakespeare) il est aussi l’auteur de nombreuses adaptations théâtrales et, à l’occasion, a même composé des musiques de scène. Ceux qui le connaissent savent qu’il aime les défis : c’est ainsi qu’après avoir traduit le Livre du constant désir de Leonard Cohen, il s’était obligé à composer, pour chaque poème traduit , un autre qui lui fasse écho. Ainsi étaient nés les 215 textes des Poèmes du traducteur.
Dans Les chevaux approximatifs, son dernier ouvrage publié, c’est un défi aux formes de la versification que s’est lancé Michel Garneau, ce dont il s’explique dès les premières pages : "c’est à peine un jeu de mots si je dis que j’ai été élevé dans les formes" car dira-t-il, non seulement les seuls biens dont il aurait hérité de son père sont-ils une Anthologie des poètes français et les Oeuvres poétiques complètes de Victor Hugo, mais encore a-t-il grandi dans l’admiration d’un frère aîné qui écrivait "avec points, virgules, rimes et tout le tremblement classique". S’il n’a pas suivi le chemin ouvert par ce frère trop tôt disparu, Michel Garneau afirme néanmoins avoir toujours eu en tête de dédier un jour "un hommage aux formes" [1] pour lesquelles il a conservé toute son admiration car en soumettant le poème à leurs contrainte, elles lui permettraient d’explorer des territoires nouveaux. Cet hommage est désormais chose faite sous forme d’un recueil ludique où l’alexandrin voisine avec le "quatrain grand-paternel", où des "treizains" et des "dizains marotiques" font la nique aux sonnets et autres rondeaux "parfaict". Grand lecteur de poésie du monde entier et des temps ancens, l’auteur se risque aussi à ces formes plus rares que sont le sijo (poème national coréen), le rispetto (forme populaire toscane), choka - forme japonaise d’avant le haïku), l’épyllion (petit poème épique grec), etc.

Pas sûr que ces poèmes soient le meilleur de l’oeuvre de Garneau, mais à tout le moins peuvent-ils fournir l’occasion de s’amuser avec lui de régles qu’il semble n’évoquer que pour mieux s’en déprendre. [2] On aimerait surtout qu’ils incitent à découvrir l’oeuvre pour le théâtre d’un ogre des mots. À commencer par son si beau Quatre à Quatre,


Michel Garneau, Les chevaux approximatifs. Un hommage aux formes. Éditions de l’Hexagone, Montréal, 2010, 327 p. ISBN 978-2-89006-835-3

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Illustration : Martin Bruneau, work in progress : Menines, huile sur toile 250 x 312 cm, 2009.



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José Morel Cinq-Mars - 17 mai 2010

[1inscrit en sous-titre

[2En exergue de son livre, M. Garneau a d’ailleurs inscrit : « Form is a stratijacket in the way that a straitjacket was a straitjacket for Houdini » Paul Muldoon.