« Est-ce qu’il y a à vouloir autre chose, autrement ? », Sereine Berlottier

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             À lire Attente, partition, on perçoit l’écueil qu’il y aurait à vouloir définir d’emblée ce qu’on attend, à lui attribuer trop tôt un lieu, à affirmer haut et fort quelle idée on s’en fait, cela d’autant plus que l’objet de l’attente sera proche et vous concerne, vous devriez donc savoir ce qu’il en est, vous dira-t-on.

             Vous y perdriez en acuité, en possibilités d’invention et d’énonciation qui sont précisément les qualités du texte de Sereine Berlottier [1].

             Attend-on mieux ce qu’on accepte de ne pas connaître avant ?
             Ce n’est pas aussi mécanique, mais pour peu que l’on se confie au balancement des approches et des retraits, c’est probable.

             Soit au début de l’attente et de tailles égales, la main et la page, les outils dont l’écrivain dispose.
             Le regard observe l’une survoler l’autre, hésiter, s’immobiliser à mi-chemin, se poser.
             Et qu’arrive-t-il ?

Derrière la vitre les grandes tuiles vertes des champs se chevauchent
Parfois des arbres, des ruches, des tracteurs.
Et même du jaune sans nom, en paillettes.

             Ceci encore :

Le dessin d’une fenêtre taillée dans la pierre à travers quoi s’avance la colline opposée (grands châtaigniers, mûriers tachés de pointes sanglantes, et par éclats, brefs ciseaux découpant le ciel, les larges ailes d’une buse princière) qu’une jatte lourde plantée de thym empêche de venir tout à fait jusqu’à l’œil qui – derrière lui, lisant, un chat noir marche lentement sur la pierre, le ventre lourd encore de toute la viande volée hier sur la table de la cuisine où tu

             La main se relève.
             Elle n’écrit pas tout, elle n’écrira pas rien.
             Elle se repositionne.

             Une bribe d’attente prend place entre chaque mouvement de la main, plongées vers la page du carnet et remontées, contacts et dessaisies, tenue ferme, alternative, de la distance et de la proximité pour noter ce qu’on voit, ce qu’on interroge.

             Ces bribes d’attente composent entre elles, dans leur juxtaposition, le tableau d’un monde rendu présent par une parole discrète, soucieuse et enchantée de s’inachever afin d’emmener plus loin sa capacité à dire et à découvrir.
             Il y faut beaucoup d’apparente inattention.

             Attente, partition est le journal d’une attente composée au fil des années, le récit de ses pratiques, de ses exercices quotidiens.

             Tu s’y écrit, se hasarde au elle, abandonne aux autres le je, dans ses rêves ne le tente pas.
             Commence à s’adresser un 15 février.

Dominique Dussidour - 14 mars 2011

[1Sereine Berlottier fait partie du comité de rédaction de remue.net.