Laure Gauthier | Eclectiques Cités


Eclectiques Cités. Un album transpoétique

Paru chez Acédie58 en mars 2021

Des transpoèmes pour installer le temps

J’appelle transpoèmes des poèmes transgenres, qui mutent et migrent. Passent d’une rive poétique à l’autre. Ce sont des segments que je prélève de mes textes publiés ou en cours d’écriture et que j’enregistre à l’aide d’un zoom audio ou de mon smartphone dans différentes situations et différents lieux.

Parler de transpoésie est bien sûr un clin d’œil en sympathie adressé aux travaux sur le genre. Les nouvelles avancées scientifiques et militantes sur le genre nous montrent la plasticité de celui-ci. Les transpoèmes entendent plaider pour la plasticité du genre poétique. Ni poésie sonore ni poésie écrite ni même poésie mixte mais une poésie dont le genre se modifie en fonction des situations. Hors sol, hors livre, ils prennent alors un autre sens. Il ne s’agit pas ici de dire que la transpoésie dé-livrerait le poème. Non. Le texte n’est pas vécu comme limitant ou enfermant. Il est nécessaire comme un espace-temps donné. Avec ses images sonores et plastiques potentielles, ses géographies et ses vocalité plurielles. Il est néces- saire tout comme les réécritures et les variations sont nécessaires. Les dés sont là pour être jetés à nouveau. Les transpoèmes sont des greffons. Des greffes situationnistes ? La greffe ne modifie pas que le greffon mais elle vient trans-former l’œuvre qui accueille. Une image poétique migrante est à l’œuvre.

La voix est le carrefour béant entre le sens du texte et le corps du poète qui a fait l’épreuve secrète de ce texte en l’écrivant. Sa voix est mémoire et oracle. Une voix traversée, dont la couleur et la granulation évoluent selon les situations rencontrées. Pas de montage donc mais une complexité sonore émergente. Le transpoème est un carrefour naturel : l’écart entre la voix sous le texte et la voix sonore y est vivant et imprévisible.

Je lis ces textes brefs dans des situations que je traverse spontanément. Sons de la ville, sons de la nature. C’est la contrainte. Devant faire face à l’intrusion de certaines données imprévisibles (le vent qui se lève, un passant qui me bouscule ou un hélicoptère qui passe), la voix prend appui sur d’autres mots, le souffle est autre, la musique du texte différente, la ponctuation se désaxe. Les textes ne sont pas répétés auparavant mais dits spontanément, en réaction à la situation. Le centre de gravité du texte se déplace alors. Creuse autrement le sens. En lisant le texte dans ces contextes imprévus, j’emmène le texte ailleurs, le fait migrer d’un espace-temps à un autre. Ces petites cellules peuvent ensuite intégrer des installations ou d’autres œuvres. Pérégrinations. Des poèmes multipatrides. Nécessairement.

le couloir en taille réelle (EC)

Plus d’informations sur le site de l’éditeur : http://acedie58.fr

6 avril 2021
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