Lucie Taïeb | Nos corps, nos pierres

Lucie Taïeb lit Nos corps, nos pierres le 25 janvier 2019 - Photo Claire Lecœur
enregistrement micro le 25 janvier 2019

Extrait du texte

(…)

Je me suis accroupie au bord du ruisseau
ma langue est de plus en plus plate
le lit de la rivière et ses petits cailloux luisants
son gravier gris, où plonger la main, il en reste sous les ongles.
Nous, de longue date, vivant avec les pierres et les portant en nous,

si la pierre n’avait pas heurté l’oeil,
si elle l’avait traversé,
si elle était entrée dans le corps, par l’oeil,
si elle s’y était frayé un chemin

*

de plus en plus plate et
ce qui m’atteint au plus intime cela
ne m’appartient pas quelque chose
d’intact est demeuré dans les corps il y a
quelque chose que je renonce à nommer et qui
se manifeste dans le mouvement des corps nos
enfants, me dit-elle, sont mobiles et insaisissables
chaque époque cherche le corps le plus apte à
mettre la mort en défaite et parfois
échoue.

cette recherche se transmet de corps en corps, circulation invisible,
secrète puis elle éclate au grand jour les vecteurs

nous ne les soupçonnons pas.

(…)

26 juin 2019
T T+