Fayad Ashraf | Amnistie et autres poèmes

Les trois poèmes que vous allez lire sont extraits du recueil Instructions internes publié par Fayad Ashraf en 2007 chez Dar al Farabi, Beyrouth. Ils ont été traduits de l’arabe par l’écrivain marocain Abdellatif Laâbi.

Vient de paraître [février 2016] Instructions à l’intérieur, recueil de poèmes choisis et traduits par Abdellatif Laâbi, une coédition Biennale internationale des poètes en Val-de-Marne/Le Temps des cerises (envoyer un chèque de 10 euros à Biennale internationale des poètes, 8, promenée Venise Gosnat, 94200 Ivry).


 

Amnistie

Au-dessous de la ligne du silence
les moustiques sont très agaçants
On dirait qu’ils s’adonnent
au trafic du sommeil
dans ta cellule de prisonnier
comme si ta façon de dormir
était une violation flagrante
des accords de Genève
et autres traités internationaux

Retiens-toi
Tu ne peux pas pisser ici
Danse un peu
sautille
et trouble
la gravité des funérailles
Gare !
Le café aussi
est un diurétique

 

Le remède

Tu démentiras toutes les informations
les revues de presse
les analyses des spécialistes
en dernier cri de la mode
Tu n’abuseras pas du sommeil
et du téléphone portable
Tu t’exerceras un peu
à la mort
Tu te débarrasseras de toutes les photos
que tu as gardées de ton enfance
de ton adolescence, de ta pauvreté
de ton ex-aimée
des contes de ta grand-mère
et de tes virées nocturnes
pour t’attaquer
à certaines prétendues vertus
Tu utiliseras de l’eau chaude pour ta douche
et te laveras les pieds
chaque fois que tu ôteras tes chaussettes
Tu feras tiennes les expériences
de ceux qui viendront après toi
Tu écriras ton nom à l’envers sur le miroir
Tu mangeras avec la main droite
et laisseras le reste
à ceux qui méritent plus que toi
ta bouchée trempée dans
le pétrole

 


Logique

La vieille porte
applaudit le ballet du vent
avec les arbres
La vieille porte
n’a pas deux paumes
et les arbres
n’ont pas été
au conservatoire
Le vent est un être invisible
même quand il danse
avec les arbres

11 janvier 2016
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