Un jardin sans mur [six noms]

Visions et Instructions II


in Les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises !

Voir Exposition Paul-Armand Gette/Autour du point 0
du 18 mai-13 juil. 2012 à Marseille, galerie Porte Avion

EXPOSITION PAUL- ARMAND GETTE
"Un certain goût pour la publication"
cdla Centre des livres d’artistes du 30 juin au 13 octobre 2012
Saint-Yrieix-la-Perche

R E N C O N T R E S
Des jardins, de la botanique…
Centre des livres d’artistes et divers lieux à Saint-Yrieix-la-Perche
Le samedi 30 juin toute la journée sera consacrée à l’œuvre de Paul-Armand Gette

Paul Armand Gette présente ses éditions d’artiste
au Centre des livres d’artistes depuis
Attention aux trains (1959) jusqu’à Les Mains dans la confiture (2012).

Collection des livres de Paul-Armand Gette
sur le site du cdla
voir la fiche des livres des éditions Manuella
Les Mains dans la confiture

Le “blog” de l’artiste

en action poétique de connivence avec

Les Pénétrables de Liliane Giraudon
P.O.L., 2012

Les Pénétrables
Lire et écouter entretien avec Liliane Giraudon.

« Je suis dans un jardin sans clôture,
pas le paradis, très peu pour moi le berceau des interdits,
mais celui qu’il vous suffit de faire vous-même.
Vous m’y inviterez n’est-ce pas ? »
Paul-Armand Gette
« Du volcanisme & de quelques roses »
CREST, 1995. p. 9.

« but because he’s more myself than I am. »
Emily Bronte
Wuthering Heights

20 juin : premier jour de l’été,
fête “orthodoxe” de ARTEMIA et ARTEMISIA

Alcea rosea L

quand j’avance sur le chemin
| quand j’eus un peu avancé |
quand je verrai le jardin
ouvert d’un mur de trémières
‖ observer avec intérêt ‖

comment le ruisseau traverse la forêt
comment le torrent rejoint la rivière
comment l’ombre du chêne approche la châtaigneraie
comment les cailloux immergés révèlent la clarté
comment l’air condense les reflets à la surface
de l’eau. Je me [se pencher] sur

la source.

Pas de visage fatigué
dans l’eau
une fleur
une tête de rose qui balance ses cheveux de Vénus.

La rose n’envie pas les mictions de la terre.
La tête de la divine ne roule pas dans un flux de pensées.
La rosée de Rosa me fait une promesse.

Quelque chose seulement de moi.
La pluie sur le visage.
DANIELLE COLLOBERT poursuivant la somme de toutes les sensations.
Déplacement avec mes petits papiers.
Le dernier cahier à spirale.

Amaranthus lividus L

quand je pérégrine sur les lisières
| quand j’eus un peu pérégriné |
quand je verrai le bord
incertain d’une plage d’orée
‖ mesurer avec rigueur ‖

comment le point zéro marque la ligne
comment la tige passe la boutonnière
comment l’ombre de la main approche le mont
comment les cailloux disposés révèlent la forme
comment l’air effeuille les pétales à la surface
de l’eau. Je me [se ficher] sur

le tronc.

Pas de rameau calciné
dans le feu
une femme
une robe de déesse qui glisse sa jupe de cascatelles.

La déesse ne craint pas les cavités de la terre.
La robe de la divine ne se barde pas dans un tissu d’épines.
Les bois d’amarante me font une caresse.

Comment grandir, je ne sais pas.
Je chante, comme l’enfant près du cimetière.
EMILY DICKINSON réclame une jacinthe.
Folle de bulbe.
Bonbons boutures bonnets et capelines.

Graellsia isabellae

quand j’immisce sur le papillon
| quand j’eus un peu immiscé |
quand je sentirai la corolle
épanouie des ailes de pollen
‖ comparer avec permission ‖

comment l’antenne lutine le croissant
comment la trompe suce le nectar
comment l’ombre de l’utricule approche les poils
comment les cailloux mouillés signalent la semence
comment l’air répand les graines à la surface
de la lune. Je me [s’agiter] sur

les pétales.

Pas de renoncules fraîchies
dans l’air
une senteur
une peau de muse qui boit le suc des nymphes.

La muse n’admet pas la supériorité de la terre.
La peau de la divine ne sèche pas dans le vent d’ouest.
Les humeurs d’Isabelle me font un rêve.

Plus verte que l’herbe
Et le cerfeuil.
SAPPHO mâchant des violettes.
Petite et seule.
Toute blanche sur un vase noir.

Rubia peregrina L

quand je piète sur les marges
| quand j’eus un peu piété |
quand je sentirai l’odeur
restreinte d’une flaque de menstrues
‖ écouter avec passion ‖

comment la fontaine perd ses eaux
comment le sang froisse l’étoffe
comment l’ombre de la tache approche l’auréole
comment les cailloux ensanglantés tracent une crevasse
comment l’air gonfle le ventre à la surface
de la terre. Je me [s’embraser] sur

la flèche.

Pas de révolte limitée
dans le feu
une arme
un chant de chasse qui secoue le carquois d’Artémis.

La chasse n’arrête pas les manières de la terre.
Le chant de la divine ne surgit pas dans la gorge d’un défilé.
Le Temps des cerises de Rouja me fait une effusion.

Le petit chat est mort.
La robe de grenadine répond aux tirs.
LOUISE MICHEL lit les Fleurs du mal.
La barricade. La prison. La déportation.
Tout entière à la révolution sociale.

Nymphaea alba L

quand je déborde sur l’étendue
| quand j’eus un peu débordé |
quand je toucherai la plante
vaporeuse d’un transport de brouillards
‖ dessiner avec tact ‖

comment le coloriage camoufle l’aréole
comment les lèvres pourlèchent le marigot
comment l’ombre du saule approche les larmes
comment les cailloux usés laminent les courbes
comment l’air déboussole les pas à la surface
de la terre. Je me [se suspendre] sur

les lèvres.

Pas de fée prisonnière
dans l’eau
une rose
une vulve de naïade qui froufroute au vent.

La naïade n’imite pas les beautés de la terre.
La vulve de la divine ne se cache pas dans une star de cinéma.
Le rosaire du Nénuphar blanc me fait une prière.

Montant ou descendant des escaliers.
Soulevée dans les airs.
CATHERINE DE SIENNE grandit.
Arracher du jardin les fleurs qui empoisonnent.
« Toi tu es celle qui n’est pas [...] »

Veduta forma P

quand je reste à terre
| quand j’eus un peu resté |
quand je touche l’image
pleine des mots des Pénétrables
‖ jouir avec joie ‖

comme le botaniste lit la liste des noms de fleurs
comme l’artiste coupe la fraise en deux
comme l’ombre du corps approche la chair
comme les cailloux exposés expriment le volcan
comme l’air propulse l’irruption à la surface
du feu. Je me [s’appuyer] sur

l’artiste.

Pas de pulpe sèche
dans la terre
des framboises
la Confiture des Nymphes qui auréole le cratère.

Les nymphes ne veulent pas des classifications du savant.
La confiture des divines ne se trouve pas dans les herbiers.
Le Maître de Flore me fait un livre (d’artiste).

Avant même de naître.
Le premier poème.
PÉTRARQUE et l’ascension du mont Ventoux.
Le 6e jour d’avril en l’an de grâce 1327.
Et
ma fille. Laure.


© Paul-Armand Gette

écouter
"Portrait" entretien avec Paul-Armand Gette
par Cyril Thomas magazine artnet

20 juin 2012
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