Violaine Schwartz | "Le vêtement, un formidable vecteur pour analyser, critiquer et réfléchir la société."

Bilan de la résidence d’auteure Violaine Schwartz

La résidence de Violaine Schwartz s’est déroulée au lycée professionnel Jean Monnet de Juvisy-sur-orge tout au long de l’année scolaire 2016-2017, de Novembre à Juin, dans une classe de 1ère Métiers de la mode et du cuir et de façon plus ponctuelle dans une classe de Terminale métiers de la mode.

L’auteure a accompagné les élèves, de façon individuelle et collective selon les travaux proposés, dans l’écriture et la réflexion autour du thème du vêtement.

Différents ateliers ont été proposés, qui ont donné lieu à des exercices variés où les élèves ont pu exprimer leur singularité, apprivoiser petit à petit les marqueurs de l’écriture théâtrale :

- écrire à partir d’une paire de gants apportée par l’auteur (d’où viennent-ils, qui les a portés, fabriqués, quels rêves enserrent-ils, de quelles injustices sociales sont-ils révélateurs, au sein d’une économie mondialisée où fabrication, production, commercialisation se font en des points différents sur la planète… ?)

- écrire une scène dialoguée où le vêtement déclenche un scandale, une dispute, un agôn : mini jupe, jean troué, vêtement qui décadre par rapport aux normes sociales et aux codes tacites… De l’intime au politique, de la querelle entre mère et fille jusqu’au scandale public, le vêtement s’avère un formidable vecteur pour analyser, critiquer et réfléchir la société.

- écrire un monologue-autoportrait où l’élève se présente à travers un de ses vêtements. L’attachement que nous pouvons avoir à certains habits, les fétichisant presque, raconte un rapport à soi : le vêtement dans lequel on se sent bien, on se sent beau, celui qu’on nous a offert, celui dont on ne parvient pas à se séparer… Les élèves sont invités à entrer dans ce dire de l’intime, par le prisme du vêtement.

- écrire une scène ou un monologue qui fait suite à la visite effectuée dans les ateliers costumes de La Comédie Française, structure partenaire de la résidence. Les élèves ont pu ainsi découvrir différents métiers, toute une gestuelle artisanale, les « petites mains » en coulisses et sont incités à en donner un écho théâtral.

- l’abécédaire burlesque de la mode et de la maroquinerie. Les élèves ont réalisé un abécédaire audio et un abécédaire dessiné à partir d’une revisite du lexique de leur filière professionnelle. Mots de la mode et de la maroquinerie deviennent dans le lexique matière poétique et vocale. Reprenant la forme du dictionnaire, et sa grammaire reconnaissable, les élèves la déjouent pour en faire un objet ludique et poétique.

- réaliser l’affiche de la lecture d’une des oeuvres donnée par l’auteure à la médiathèque de Juvisy. L’auteure lit son texte La tête en arrière aux élèves qui doivent imaginer et réaliser l’affiche de l’événement.

Les élèves ont visité les ateliers costumes de La Comédie Française, et ont assisté à deux représentations :
- Roméo et Juliette, mise en scène Eric Ruf (Costumes Christian Lacroix)
- Lucrece Borgia, mise en scène Denis Podalydes (Costumes Christian Lacroix)
La résidence a donc permis une ouverture culturelle (découverte des coulisses et des spectacles de La Comédie Française / découverte du théâtre contemporain avec les textes de l’auteure). L’auteure étant elle-même une professionnelle du spectacle, les élèves ont pu trouver auprès d’elle une aide à l’écriture théâtrale particulièrement actuelle, aiguisée. Cela a permis aux élèves de découvrir l’univers théâtral et ses spécificités, cela pourra notamment être réinvesti au cours de l’année de Terminale avec l’objet d’étude « La parole en spectacle ».

La résidence a eu des retombées positives pour les élèves, notamment pour certains qui ont des difficultés avec la langue française et l’écrit et qui sont malgré tout parvenus à écrire, qui ont été fiers de ce défi remporté sur l’échec.
Le travail sur le long terme avec une professionnelle de l’écriture a permis de dédramatiser le passage à l’écrit et de conduire les élèves vers le niveau requis pour la certification intermédiaire de fin d’année. Grâce à l’encadrement patient et bienveillant de l’auteure, les élèves ont pu dépasser leurs peurs, leur manque de confiance, leur sentiment d’illégitimité (« mais j’écris pas moi ! Je sais pas écrire madame ! »).
Les élèves ont rédigé par groupes ou individuellement monologues ou saynètes décalées, réalistes, burlesques, fantastiques. La variété des exercices a permis à chacun de trouver au moins un endroit de confort et de facilité, et a évité la lassitude.
La variété des supports utilisés avec une écriture à la main ou une écriture informatique a permis de travailler la réécriture et d’enlever certains blocages pour les élèves en difficultés.
Il y a eu aussi un esprit de coopération généré par le travail en groupe lors de la rédaction de dialogues. Enfin, la classe ayant des difficultés de concentration, l’écoute des textes à la fin de chaque atelier les a obligés à se concentrer, à adopter un esprit critique vis à vis de leurs textes et ceux de leurs camarades.

Les textes des élèves ont été mis en ligne sur le site remue.net . Cette valorisation est importante, qui donne aux productions d’élèves une visibilité (pour les familles, pour les pairs).

A la fin de l’année, les deux classes ayant participé à la résidence se sont livrées à un partage de leurs écrits, à haute voix. Compétences de lecture à voix haute se conjuguent alors aux compétences d’écriture pour une approche vivante et sensible de la littérature. Les élèves doivent défendre et porter leurs textes, accepter le regard de l’autre sur soi, trouver une lecture fluide, engagée, sincère, généreuse, qui livre le texte et le met en valeur. Certains ont notamment fait un réel travail de mise en scène, avec costumes, intonations et objets scéniques mettant vraiment en valeur leurs textes, épaulés en cela par les conseils de l’auteure.
Ils ont dû lutter avec leur timidité et une certaine dévalorisation d’eux-mêmes qui les conduisaient parfois à étouffer leur propre voix, leurs propres textes, leur propre moi. Malgré tout, l’expérience a été positive, et les deux classes ont été surprises de découvrir et dénicher les trouvailles poétiques écloses dans les textes de leurs camarades.

L’ambiance classe a été portée par le projet, les élèves devant apprendre à s’écouter, s’auto évaluer, se critiquer avec bienveillance, réagir, proposer, suggérer.

Les compétences d’écriture et de lecture ont sans doute été renforcées par le projet, mais d’autres, plus transversales, ont également été mises à l’honneur : travail collectif, prise d’initiatives, engagement, écoute, travail sur soi, sensibilité, originalité…

Le travail en binôme professeur de lettres et professeur documentaliste, associé avec un troisième membre professionnel de l’écriture a donné lieu à un bel enthousiasme de la part de l’équipe pédagogique, et à un plaisir à suivre les élèves et voir peu à peu leurs singularités prendre forme, avec moins de craintes et plus de maturité.

Milène Tournier, documentaliste

23 juin 2017
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