Anne Luthaud |10 fois une minute #1

Une minute

C’est une voix de l’Oratorio de Haendel. C’est Turin sous la pluie. Les places grandioses. Ou grandiloquentes ? Les arcades où marcher pour s’abriter et réussir à s’y perdre.

Une minute

C’est l’écume jetée de l’océan. Vagues creusées au premier jour de l’année. Les galets ramassés pour lui que j’aime et ceux ramassés pour lui qui va mourir. Les churros plongés dans le chocolat chaud à la frontière de l’Espagne.

Une minute

C’est rien. Le ciel blanc et gris sur les toits. Et moi qui ne pense à rien. Pensées effacées. Tête vidée, plus d’alerte. Plus rien d’aiguisé. Rien en attente. Ni à venir. Mais commencer à percevoir ce qu’est le temps donné par une minute.

Une minute

Laisser apparaître l’image. La laisser advenir. Elle se pointera rose. Et Mont Athos. Devant lequel j’ai nagé un été au coucher du soleil. Laisser traîner l’image. Ne pas la lâcher trop vite.

Une minute

Les forêts brûlent en Australie, les kangourous et les orchidées sauvages, violettes, brûlent. En même temps les Iraniens manifestent leur haine contre les Américains qui ont tué leur chef de guerre. Ils se vengeront. En même temps

Une minute

Sur une chaîne de télévision privée des couples cherchent un appartement ou une maison. Ils ne sont pas souvent d’accord. La télé les aide, ils ne savent pas ce qu’ils veulent mais ils sont mis en scène.

Une minute

La mer devant le Mont Athos. Délice de la baignade. Corps délié. Flottement au-dessus du monde, ou au-dedans du monde ? Chaleur de l’air. Le café frappé avant ou après. Vie légère sans

Une minute

Les larmes de l’homme palestinien qui conduit la voiture entre les champs d’oliviers et plaines sèches de Palestine. Entre les collines occupées illégalement par les colons israéliens. Ils nous ont volé notre pays. Le soleil tape sur

Une minute

Nuit. Nuit. Nuit. Une étoile. Une seule. Le cargo avance dans la nuit. Je suis à la passerelle, privilège que je goûterai plus tard. Lui dressé devant le ciel noir se tait, regarde le bateau rouler sur

Une minute

Je marche sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage, sous un échafaudage : conjurer le sort

5 avril 2020
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