SMS de la cloison

le curseur de la souris pique l’image



J’écris souvent dans l’épaisseur d’un mur. Mes bras, alors tendus à l’horizontale, dépassent. D’un côté, un froid sidéral, de l’autre, un souffle brûlant, mais impossible de savoir lequel de ces deux espaces borgnes signifie la liberté, ou la prison.

Ces messages quotidiens furent adressés à deux amis, l’un alité dans un proche hôpital, l’autre veillant à mon chevet. Témoignant de la fusion d’un corps et d’une machine, ils sont l’exacte traduction électronique d’une blessure qui m’a gardé sur le flanc, en chien de fusil, incapable de m’allonger ou de m’asseoir, et qui m’a imposé l’usage exclusif du téléphone portable pour écrire.

L’écran basculé sur l’oreiller, à vingt centimètres du visage, épouse parfaitement le champ visuel, et l’ongle qui frappe quelques caractères par ligne, invoque la guérison comme à coups de poinçon. Cette psalmodie sur fond pâle traverse le ciment.

La parole vient de l’outil.




pensée

morphine : entre

le Bernard

Lhermitte et le

Saint Bernard

il y a le Teckel

Bernard

23/12/06 21:21

en cherchant à

voir derrière les

apparences on

prend encore le

risque de croiser

un regard

24/12/06 11:07

avec le soir la

douleur puis le

renfort des rêves

24/12/06 22:57

que signifie

vouloir être plus

vrai lorsque rien

n’indique le

chemin

25/12/06 04:15

l’espérance n’

accorde que la

joie de l’

instant

25/12/06 07:00

que sait-on de la

taille des nuits –

certaines sont

des plaines

d’autres

n’excèdent pas le

bord noir d’un

ongle

25/12/06 07:09

l’amour est la

pointe émergée

du langage

26/12/06 03:35

durant les nuits

d’insomnie le

silence se tient en

équilibre comme

une perle sur le

front

27/12/06 03:22

la sainteté est la

seule alternative

au poème

27/12/06 04:01

je me souviens

de mon coma –

mourir comme si

mon prénom

m’apparaissait

prononcé par

l’amour

28/12/06 17:40

renoncer

prolonge l’effort

de naître

28/12/06 19:19

comment

témoigner

encore en

l’absence de

toute force

29/12/06 01:22

vivre c’est

apprendre à

devenir le

langage

29/12/06 03:30

réduit à mon

seul prénom

continuer encore

un peu sur cette

barque de peau

29/12/06 05:18

sur la cuisse

gauche la

seringue prête et

sur la droite le

téléphone

portable

30/12/06 13:10

il se peut que la

joie tienne

face à la

mort

31/12/06 02:07

l’espace de la

fenêtre revient

au mur non au

ciel

31/12/06 04:02

une si grande

douceur

associée à la

nullité

31/12/06 07:55

l’absence de

douleur suffit à

consoler

01/1201/07 03:33

pour que la

phrase courte

abrège la

convalescence

01/01/07 04:52

image

morphine :

femme qui

accouche d’

un sabre

01/01/07 12:20

la douleur passe

du côté de la

veille

01/01/07 18:30

comme le nageur

aux méduses

dont le corps se

déchire sous la

tête au soleil

02/01/07 04:34

la toilette du

matin détache la

peau qui protège

du jour

02/01/07 07:43

le corps enfin

porté par les soins

quitte la parole

pour la vie

03/01/07 00:38

les malades

saignent au sortir

de la nuit – rouge

la sanction de l’

aube

04/01/07 06:29

perméable à

l’amour

insensible à la

douleur est-ce

décrire la

mort

04/01/07 11:21

la douleur me

parle d’éternité

mais mortel je

n’aime que le

noir

05/01/07 01:27

rien n’a changé

mais combien de

temps pour

oublier les

coups

05/01/07 03:30

que jamais

l’espoir ne se

retourne et

soit rejoint

par le souvenir

05/01/07 03:33

aurais-je encore

du courage sans

le pouvoir de

témoigner

05/01/07 03:50

au bout de leurs

tiges les cerises

comme des

gouttes de sang

05/01/07 10:11

le corps repose

sur le bien

06/01/07 00:44

Philippe Rahmy - 15 janvier 2007