Fabienne Swiatly |Rencontrer le désir

C’est un soir, à la fin d’un repas. Au moment de se quitter on s’attarde encore un moment sur le pas de la porte. L’homme qui se tient debout devant moi, casque à la main, me parle de sa sœur. Il dit j’avais une sœur handicapée, elle avait une hypsarythmie, elle est morte à vingt-deux ans. Elle est née deux ans après moi. Je pose quelques questions sur cette sœur dont j’avais vaguement entendu parler. Il ajoute, elle s’appelait Annette et je voudrais que tu écrives un texte sur cette histoire. Écrire l’histoire d’une autre. Rencontrer le désir de création d’un autre. Je suis intimidée.

Dans la nuit, je me réveille et débute un texte que j’envoie aussitôt au metteur en scène. Je voudrais tellement que mes mots rencontrent son univers. Avant de partir il a également évoqué l’absence de paroles, le corps dépendant, les crises terribles. Dans ma première ébauche envoyée, deux brèves pages, j’ai écrit :

Elle n’a pas de mots pour dire le dedans. Alors, elle sort d’elle.
Elle s’exprime - elle crie.

Elle déborde - ça jaillit.

Il faut la tenir. L’empêcher de se faire mal.

Elle se débat - ça explose - elle est ailleurs.
Cerveau gauche, cerveau droit - confusion.
Quelque chose ne fonctionne pas chez Annette.

Faut pas qu’elle se fasse mal. Elle ne doit pas se faire mal.

Je la tiens – oui, maman je la tiens.

Des cris.

Elle fait son théâtre et son théâtre,

son cinéma,

on appelle ça des crises.

Le lendemain, le metteur en scène répond : oui, c’est ça.

Alors débute l’aventure Annette avec la compagnie Les Transformateurs et Nicolas Ramond. Tenir ici, un journal de bord et partager les photos que je vais prendre régulièrement pendant les laboratoires avec la compagnie. Laisser une trace.

Fabienne Swiatly - 27 octobre 2011