Fabienne Swiatly | L’appel aux Dieux

Ouvrir le cahier de notes. Relire malgré l’écriture de plus en plus illisible, les doigts qui cherchent les touches de l’ordinateur. J’ai acheté un stylo à calligraphie mais le résultat est encore plus moche. Les traits partent dans tous les sens, le poignet fatigue vite et la plume résiste parfois au papier. Je ne sais plus écrire à la main !

Je relis mes listes (mes accumulations) malgré tout : la liste de médicaments qui soignent l’épilepsie, la liste du vocabulaire de la chirurgie esthétique, la liste de tous les types de handicap et les aménagements possibles du lieu de travail, les notes de lecture de Figures du handicap de Simone Korff-Sausse, je visionne Sabine de Sandrine Bonnaire, je note des blagues concernant les handicapés, je me verse du café, je dissous de la vitamine, j’écoute Vivaldi, je classe les photo, j’écris un mail au responsable d’un centre d’accueil pour handicapés lourds qui a accepté que je fasse un reportage-photo ... J’ai du mal à retourner au texte. J’ai les doutes comme l’on dirait j’ai les boules. Je cherche l’entrée. Je me fais une place avec le sentiment d’être obèse.

Pause

Je m’éloigne auprès des copains facebook (La machine à café virtuelle où je peux papoter avec d’autres écrivains et parfois de belles discussions comme la récurrence de certaines fautes d’orthographe, et Michaël Glück nous rappelle que le mot faute ou même erreur n’est pas juste, il préfère savoir déplacé).

Fin de la pause

Le texte m’attend, il a besoin d’épaisseur. Silence. Écran immobile alors je clique sur Corriger, justifier, enregistrer puis je fais appel aux Dieux ... comme nombre de désespérés.
De nouveaux personnages apparaissent. Une piste ? Je tente la voie :

Femme : Qu’allez vous faire maintenant ?

Vieil homme : Que voulez-vous que je fasse. Je suis fatigué. Tous les Dieux sont fatigués. Certains sont atteints d’Alzheimer, d’autres se sont inscrits à un club de remise en forme. Tout cela nous tombe des mains.

Femme : Et Annette ?

Vieil homme : Elle est tombée de la main des Dieux comme les autres. Sauf, qu’en tombant, elle a brisé le miroir. Et ça … ce n’est pas pardonnable. Sans miroir, les Dieux sont nus.

Fabienne Swiatly - 20 janvier 2012