Yvonne je n’ai pas lu

Y retourner peut-êtreon le pourraitmais en forme d’écorcesPeut-être ferions-nous le chemin marchant tout de traversOn s’amuserait à extraire quelques sons des imagespies jacasses en amies sur épauleIl ne faudrait pas cependant avoir trop peur du noircouleur d’origine à remettre au grand jourN’est-elle pas celle qui tapisse notre chambre de chutefidèlement tendrementpaysage si connuCe soir tu t’approches et demandes : que penses-tu de la forêt profonde ?

Nous étions heureux tu l’avais murmuréchanté bien que timidecertain d’une justesse dans l’infimequelques mesures de chanson pop tombées sur folie mousse pouvaient tout aussi bien scander le rythme de nos joursque telles informations plus sûresdans le posteOn se trouvait à la croisée de sentiers si étroits serpentant de manière toujours si inattenduequ’à travers rocaille et fougères et ronces molles on avait peine à croire à la réalité de nos formesPeut-être un jour on parviendrait enfin à naître tous partout à la foisallongés sous la flèche du tempsfusant bleue au-dessus de nos têtesNous étions heureuxdans cet endroitPourtant j’étais sûre qu’on n’y était pas

Si douces étaient les tachesde bois qui passaient sous nos paumesNous n’avions aucune difficulté à oublier nos belles colèresbien vite abandonnées dans un kiosque à journauxà la sortie de villePourtant nous n’étions pas encore protégés des rancœursqui pouvaient revenir pour vriller nos parolescar la colère nous rend habiles à nous faire une allureet presque elle ferait croire qu’un point de vue nous animequand seuls doute et vacillenous apprennent que l’on a uniquement à vivre la relance d’une fuitesur la route

Au bout du chemin tu avais perdu tout espoirde retrouver ton amour inconnuEst-ce qu’un jour seulement tu l’avaisvraiment bercée poèmedans ta langue étrangère entre tes bras sa robe de crêpe et l’odeur de la soieou est-ce que déjà dès l’origine Yvonne avait penché sur toil’ombre d’une vie que tu ne lirais plusjamais que dans tes plus beaux songesceux que tu fais chaque soirprès de la lampe quand même alorstu ne dors pas

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Frédérique Cosnier. Avec des photos du spectacle Meaulnes (et nous l’avons été si peu) réalisées par Elisabeth Careccio. Un spectacle de Nicolas Laurent, d’après l’œuvre d’Alain-Fournier. Création du CDN Franche-Comté.

21 avril 2019
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