001.Mallarmé


Si je devais n’en garder qu’un, ce serait celui-là (tome 1, 1529 pages, Pléiade, Gallimard, ISBN-10 : 2070115585 ISBN-13 : 978-2070115587). Mallarmé, de son vivant, a publié stricto sensu un seul livre poétique : Poésies, en 1887, dans une édition tirée à quarante exemplaires et comportant 35 (trente-cinq) poèmes (l’édition définitive, qui a paru en 1899 en comprend 49) ; ce livre fut précédé en 1876 par la publication de L’après-midi d’un faune, une édition de luxe illustrée par Manet, 16 pages grand in-8°, tiré à 175 exemplaires — le texte est repris dans Poésies. À ces deux brèves et denses publications s’ajoute, en 1897 (un an avant sa mort), le volume composite Divagations (mélange de chroniques et de poèmes en prose). La suite, le reste (sic) soit ne relève pas directement du champ poétique, soit fut publié en revue (Le coup de dé), soit distribué de manière confidentielle et accompagné (si certains des vers dits de circonstance parurent du vivant de Mallarmé, ils n’étaient pas destinés d’abord à la publication) ou est majoritairement posthume et inachevé (Igitur, Le tombeau d’Anatole, Le livre, Épouser la notion). De cet ensemble anthume et posthume ressort une juxtaposition de modes et des registres extrêmement composites : la tradition renouvellée (Poésies), des vers “de mirlition” — ou disons populaires (de circonstances), des textes sur la mode, un poème typographique, des poèmes en prose, des textes agénériques qui inventent une forme absolument neuve (« Et quand Mallarmé écrit ses notes pour Un tombeau d’Anatole, on n’est ni dans un poème ni dans une prose. On est vraiment ailleurs. Dans une pensée tourmentée par le deuil, qui se fraie ce chemin dans le langage. » Emmanuel Hocquard) ou encore un texte dispositif autotélique (Le livre). On pourrait ainsi lire la quasi totalité de la poésie des vingtième et de ce début de vingt-et-unième siècles — via Mallarmé, en germe dans son œuvre. Comme si les générations suivantes s’étaient employées à en systématiser et à maximaliser les différents éléments techniques ou motifs. Ce qui distingue peut-être Mallarmé, autant que l’absolu perfection accomplie et reprise au passé (une certaine métrique, le vers de Scève, l’alexandrin, le sonnet), autant que l’invention radicale (y a-t-il une œuvre plus expérimentale, plus novatrice que la sienne ?), c’est qu’il a œuvré à presque tous les champs — et à de champs devenus depuis dichotomiques. C.QF.D. : Mallarmé is the one.

1er mars 2011
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