« Avivant un agréable goût d’encre de Chine... »

A la sortie de Paris, un cirque.


Dans la biographie que Jean-Jacques Lefrère a consacrée à Rimbaud, il évoque le séjour de celui-ci à Stockholm en 1877. Au 23 de la rue Grofthur était alors dressé le Cirque de Paris dirigé par un Français du nom de François Loisset. La représentation du samedi 5 mai annonce des numéros de haute voltige, d’animaux dressés, de gymnastique et de mimes, et des intermèdes assurés par « douze clowns de toutes nationalités ». Rimbaud y aurait travaillé comme receveur au contrôle ou au guichet, ou selon son ami Ernest Delahaye comme interprète (lettre à Paterne Berrichon du 21 août 1896). Isabelle Rimbaud dénie l’un et l’autre cas.

Défilé de féeries. En effet : des chars chargés d’animaux de bois doré, de mâts et de toiles bariolées, au grand galop de vingt chevaux de cirque tachetés, et les enfants et les hommes sur leurs bêtes les plus étonnantes... (« Ornières », Illuminations)

Un jour on prendra le temps d’imaginer et de raconter l’histoire de ce cirque. Dans la troupe il y aura Gelsomina, Anna Karina, Oscar l’enfant au tambour et le jeune Routy de Céleyran, modèle de Toulouse-Lautrec. On prendra la strada.

Le train accélère : MOQUETTES se lit MOUETTES.

Aujourd’hui les stagiaires ont tiré les Rois. Les couronnes ne recouvrent pas telle ou telle tête en particulier, elles vont de l’une à l’autre, la royauté ne leur semble pas une fonction si enviable, ou alors trop lointaine, une plaisanterie télévisuelle.

Jessica écrit :

J’
AI
CRU
VOIR
TOUTE
ÉTOILE
BRILLER

Yamina écrit :

Dans Douai il y a une mosquée
Dans cette mosquée il y a des fidèles
Parmi ces fidèles il y a dix hommes
Parmi ces dix hommes il y a deux femmes

Et dans les femmes il y a la prière
Dans la prière il y a le Coran
Dans le Coran il y a le voile
Dans le voile il y a l’école

Et dans cette école il y a l’interdiction
Dans cette interdiction il y a des lois
Dans ces lois il y a l’application
Et dans cette application il y a la fin

Latifa regardant Aïgull, Fleur la lune, une des fillettes d’Oumouch

Latifa écrit :

Dans la maison d’Arthur Rimbaud il y a un miroir
Dans le miroir il y a un visage
Dans le visage il y a des yeux
Dans les yeux il y a de la tristesse
Dans cette tristesse il y a la mort d’Arthur Rimbaud

Selon qui accepte ou pas de lire le texte qu’il a écrit, on sait qui va bien ou mal. Après cette interruption d’une dizaine de jours l’attention est dispersée, les problèmes familiaux et sociaux de chacun affleurent davantage, des branches de lunettes ont été cassées le lendemain du réveillon, un changement de domiciliation est en cours.

Vincent, à qui il ne déplaît pas de porter le prénom de Van Gogh

Caroline me remet un long poème qu’elle a écrit le 1er janvier. Une jeune femme me confie la suite de l’histoire de sa vie. Une fois quitté l’école, quelques années plus tard dans quelles occasions écrit-on ? En dehors des papiers administratifs, essentiellement du courrier, des lettres à ceux qu’on aime, et selon qu’on est originaire ou pas de cette ville, de cette région, de ce pays.
Chaque semaine j’arrive à Charleville avec des textes d’écrivains et des affirmations, j’en repars avec des textes des stagiaires et des questions.

Bibliographie :
Par tous les temps est un roman de science-fiction écrit par Colette Fayard (Denoël, Présence du futur 564, 1990) qui évoque « le double » Arthur Rimbaud avec beaucoup d’intelligence.

8 janvier 2005
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