Fabio Pusterla, Me voici là dans le noir

Ce texte bref, tendu, de Fabio Pusterla s’adresse à un mort tombé dans une tourbière suédoise au XIV ème siècle, la poitrine perforée par deux pieux. Manière d’arracher au cadavre ces lances durcies, comme on retire le dard du coeur d’un vampire pour le faire revivre, manière de relever, par le langage, une vie creusant toujours plus profondément le silence.

Mais non, le mort restera mort. Et seul. Sa solitude pourtant nous parle de la "lumière versante" dont il est privé, cette même lumière, si légère, dans laquelle nous lisons notre future destruction, notre rencontre promise avec la violence, et la nuit.

"Me voici là dans le noir" prononce tout à la fois la sentence de mort, et sa tendre révocation.

Je me souviens seulement d’une ondée de soleil, d’une lumière versante,

et du silence des bois, en attente de pas.

Et la certitude de ce chemin,

de ce sentier plein, terreux,

et la tranquille turbulence du sang.

Même si ce furent des ailes : je m’enlisais

dans une terre molle, boueuse.

(Éd. Empreintes 2001, trad. de l’italien par Mathilde Vischer)

17 mai 2005
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