La Vérité sur Cesare Battisti : textes et documents réunis par Fred Vargas

Retracer le parcours de Cesare Battisti à qui en 1985 l’Etat français a donné sa parole qu’il ne serait pas extradé, qu’un arrêt de la cour d’appel de Paris a déclaré non extradable le 29 mai 1991, à qui un Premier ministre français a réaffirmé le respect de la parole donnée en 1998, d’un homme qui risque pourtant aujourd’hui d’être extradé vers l’Italie qui l’a condamné par contumace à la prison à vie sur la seule accusation d’un repenti qui monnaya ainsi sa remise en liberté.

Ecrire cette histoire c’est le travail qu’a entrepris Fred Vargas, auteur de romans noirs et archéologue, en rassemblant dans La Vérité sur Cesare Battisti les textes et les documents qui permettent de comprendre pourquoi l’arrestation de l’écrivain italien à son domicile parisien le 10 février 2004 par des policiers de la Direction nationale antiterroriste (DNAT) a déclenché tant de haine et aussi tant de solidarité, en France et en Italie.

Pourquoi et comment.

Dans quels termes et au nom de quels enjeux politiques. Des rappels historiques étaient nécessaires car un dévoiement du vocabulaire et une falsification de la mémoire collective sont en cours qui, si nous n’y veillons pas, risquent bien de multiplier dans les années à venir les reniements, les dénis de droit et les décisions prises au nom de la raison d’Etat quand il s’agit de connaître la vérité « par l’usage de la Raison chère à Voltaire » (Fred Vargas).

Que ce soit à propos des « années de plomb », des aveux extorqués parfois sous la torture aux « repentis » et aux « dissociés » à l’origine des accusations portées contre Cesare Battisti en son absence, des lois dites spéciales ou d’urgence ou d’exception (1974-1982), du Gladio, organisation secrète née au début des années 50 d’un accord entre la CIA et les services secrets italiens, ou de l’Autonomie ouvrière, galaxie de collectifs d’inspiration marxiste libertaire née en Italie au début des années 70, il devenait nécessaire et urgent de redéfinir et d’expliciter chacun de ces mots, nécessaire et urgent de rappeler pourquoi la propagande italienne a trouvé un tel écho dans de nombreux journaux français et comment la presse a offert des tribunes à répétition à des accusateurs jamais timides dès qu’il s’est agi de diffuser des informations sciemment erronées.

Etablir la vérité et la défendre en exposant l’ordre et le contenu des faits c’est ce que font Fred Vargas avec « Une brève histoire du long parcours de Cesare Battisti » et « Cesare Battisti ou l’arbre qui cache la forêt », Quentin Deluermoz « De Cesare Battisti à « Cesare Battisti », Wu Ming 1 (Roberto Bui) « Ce que les médias ne disent pas » et Valerio Evangelisti « L’autre son de cloche sur les procès contre Cesare Battisti ».

C’est ce qu’éclairent les rapports d’Amnesty International sur les procès des années de plomb, le rappel de la Doctrine Mitterrand (20 avril 1985) et des arrêts de la cour d’appel de Paris de 1991, les textes de soutien d’Erri de Luca (« La parole donnée est-elle négociable ? »), de Michel Tubiana (« Ce n’est donc pas la première fois que nous avons honte »), de P. Vidal-Naquet, E. Morin, S. Hessel et M. Rebérioux (article « La France prendrait le risque d’entrer dans l’histoire par la porte dérobée habituellement réservée aux trahisons »), la lettre des avocats de la défense au Bâtonnier de l’ordre des avocats de Paris et la pétition nationale et défense citoyenne de la parole d’Etat et du Droit signée par plus de 23.000 personnes, défendre et démontrer ainsi « combien l’extradition de Cesare Battisti constituerait une injustice profonde pour l’homme, un affront à l’honneur de notre pays et de ses citoyens, et une faute gravissime au regard de l’Histoire ».

Avant ou après avoir lu La Vérité sur Cesare Battisti de Fred Vargas (éditions Viviane Hamy), on pourra consulter :
un site de littérature et de culture d’opposition en italien
le site du collectif Wu Ming.

12 mai 2004
T T+