Mékong

Alors j’ai pas
pris l’avion en fait
On est restés livrés
à la colère des villes
On a écrit sur les murs avec JC
Partout Tout partout pendant que des
hommes en cagoule s’affrontaient avec des hommes en capuche blanche Certains
avaient des chiens bien vivants

Parfois les chiens explosent au moment de l’assaut
On guette ça sur Youtube On est
alertes sous nos couettes en plumes d’hiver
Novembre ou janvier c’est plein
de vendredi 13 et de mauvaise conscience

Sousse Tunis Tripoli Le Caire Jalalabad, surtout bien
tenir les comptes pour redresseurs de torts
Misrata Syrte Beyrouth
des fois qu’on en oublie
Etre ici de là bien indigné en forme de Pas contents c’est mieux
pour la photo profil
On se reconnaît
On joue des codes
Aussi,

on pleure en vrai

Mais j’ai
des aveux à faire
des aveux pitoyables car j’ignore
encore tout de ces villes et leur milieu
Pourtant ça clique ferme sur la toile et je tombe sur
des plans Google earth remémore
Duras à Saïgon, Cochinchine Vietnâm on s’y perd on surnage
en delta du Mékong

Autrefois j’ai dansé à Vierzon
un dabké libanais
Avec la troupe
dans la loge
j’avais des sœurs
et pas les paroles de la musique langue
originale
Mais le monsieur a demandé [Vous êtes libanaise ?]
Comment avait-il su
que j’étais déjà née là-bas
une fois ?

Regarde le reflet sur la vitre du bar
On n’a pas pris une ride
Ou bien une minuscule
et les sillons se creusent
Mais les années nous posent
Et Marie danse encore
Petite fille
autour des tables tandis que je roule en-dessous
toujours classe levant mon verre à la santé d’Apo
qui guette
toute la beauté du monde





Frédérique COSNIER – Avril 2016
Avec des photos des œuvres de Jean-Christophe Norman : Grand Mekong Hotel (2011-2016), 10 jours, (2008). Expositions « Légende » (expo collective, 2016) et exposition monographique de 2014-2015 au Frac Franche-Comté.

1er septembre 2016