« On voit bien notre poète vendredi ? »

Jean-Louis Giovannoni, en résidence au lycée Paul-Bert (Maisons-Alfort, 94), raconté par les professeurs qui l’accueillirent là (ainsi qu’au lycée Delacroix)


Témoignages des enseignant.e.s du lycée Paul-Bert

— Vous accueillez Jean-Louis Giovannoni en résidence en lycée, pour plusieurs mois : comment cela se passe-t-il (quels étaient vos attentes ?),

Sylvie Adam : Que les élèves écrivent pour eux, pas uniquement dans le cadre strict du cours de français.

Françoise Fernandez : Organisés en début d’année scolaire, et de façon compacte, j’attendais des ateliers qu’ils permettent une entrée privilégiée dans le cours de français, de faire vivre une expérience collective à ces jeunes qui arrivent de collèges différents et découvrent leur classe, leur nouvel établissement. Jean-Louis Giovannoni a su se mettre à leur portée et a vraiment créé quelque chose avec eux. Il a donné de l’importance à leurs pensées, écrits, paroles et les a constamment valorisés.

Christine Rossignol  : Le fait que l’atelier se déroule en début d’année scolaire est primordial avec une classe de seconde et participe pleinement à l’intégration de ces nouveaux élèves. La venue de Jean-Louis Giovannoni est complémentaire d’un travail d’écriture réalisé en amont en classe de français (thème de l’animal, recherches documentaires…). Cependant la présence d’un écrivain est « une aventure » à part entière. L’enseignante que je suis demeure en arrière-plan et peut avoir un angle d’observation particulièrement riche qui permettra éventuellement d’approcher autrement les élèves (déblocage, positionnement face au travail…).

Enfin la qualité de poète qui s‘ajoute à celle d’écrivain me semble idéale pour libérer les imaginaires, transgresser les contraintes de la langue…du réel même.

— …Et qu’est-ce qui se passe (concrètement : s’agit-il de rencontres, d’ateliers, de quel type, et comment cela fonctionne-t-il ?)

La résidence de Jean-Louis Giovannoni se décline en divers temps en milieu scolaire et non : ateliers d’écritures, visites, rencontres littéraires…

Au lycée Paul Bert, les ateliers se sont tenus au 1er trimestre 2018 et jusqu’en janvier 2019 pour une classe (en raison de l’annulation d’une séance pour cause de mouvement lycéen) :

- 3ème, 24 élèves : 5 séances de 2 heures en classe entière

- 2nde Bac Gestion Administration, 24 élèves : 3 séances de 2 heures, en classe entière ; 2 séances de 1 h en demi-groupe

- 1ère Bac Commerce, 24 élèves : 4 séances de 2 heures en classe entière (une séance préambule sur l’animal dans l’histoire de l’art)

Chacune de ces classes a visité le musée Fragonard de l’Ecole Vétérinaire, en milieu d’atelier, pour que cela enrichisse l’imaginaire des élèves. Cette visite pour les classes de 2nde et 1ère a été complétée par une présentation d’ouvrages de médecine, chirurgie, de sciences naturelles des XVI au XVIII èmes siècles.

Chaque atelier a intégré un moment de saisie sur traitement de texte des écrits à partir des suggestions de correction de Jean-Louis Giovannoni. Pour 2 classes sur 3, cette séance s’est faite avec l’accompagnement de l’écrivain. Ces recueils de textes vont être transmis à l’éditeur de Jean-Louis Giovannoni, éditions Unes, pour impression. Chaque élève recevra, le 27 mai 2019 ce recueil, dans un moment permettant d’entendre des extraits des textes, en

présence de Jean-Louis Giovannoni, l’équipe pédagogique, du chef d’établissement pour valoriser justement l’engagement qui a été celui de chacun.

Les ateliers d’écriture de Jean-Louis Giovannoni sont aussi des lieux de lecture et paroles. Chaque séance pouvant s’achever par la lecture des textes écrits, la discussion des textes destinés au recueil…Ces lectures ont été des temps très forts, très respectueux de chacun.

Pour la classe de 2nde, cet atelier se poursuit par un travail en arts appliqués permettant aux élèves de réaliser leur propre cabinet de curiosités. Les réalisations finales donneront lieu à une exposition que les élèves feront visiter à Jean-Louis Giovannoni.

En 1ère, le professeur d’arts appliqués va aussi donner une suite graphique aux Fables imaginées par les élèves. Recueil sous format epub enrichi pour une « plu value » médiatique.

Plus largement, Jean-Louis Giovannoni a organisé, en lien avec les partenaires de Maisons-Alfort des événements permettant de faire rayonner la résidence en dehors des établissements scolaires :

12/11/18  : lancement officiel de la résidence à l’École Vétérinaire (± 150 personnes)

19/01/19  : Nuit de la lecture au musée Fragonard et bibliothèque de l’Ecole vétérinaire (± 80 personnes), programme en pièce jointe

https://openagenda.com/nuit-de-la-lecture-2019?oaq%5Bwhat%5D=Maisons-Alfort&oaq%5Bpassed%5D=1&oaq%5Border%5D=latest&lang=fr

09/02/19  : rencontre littéraire de Jean-Louis Giovannoni avec deux auteurs (Joy Sorman et Vincent Message) organisée par la médiathèque de Maisons-Alfort (41 personnes)

https://openagenda.com/residence-decrivain-jean-louis-giovannoni/events/rencontre-litteraire-des-animaux-et-des-hommes?lang=

25/03/19  : lecture d’extraits de Journal d’un veau par Daniel Mesguich, Ecole Vétérinaire (± 60 personnes), partenariat avec la librairie Atout-Livre, Paris 12ème, pour une table de vente d’ouvrages sélectionnés

https://openagenda.com/residence-decrivain-jean-louis-giovannoni/events/lecture-du-journal-d-un-veau-par-daniel-mesguich?lang=

Du 10 mai au 4 juin 2019  : exposition d’oeuvres de Stéphanie Ferrat, plasticienne, au musée Fragonard (catalogue d’exposition coédité avec le musée de Gap). L’artiste a réalisé en janvier 2019 des relevés sur des squelettes du musée. C’est ce travail, suivant le même procédé, qui a été conduit au musée d’histoire naturelle de Gap. Le projet d’un catalogue commun s’est imposé.

https://openagenda.com/residence-decrivain-jean-louis-giovannoni/events/mesurer-le-vivant-vernissage-de-l-exposition-de-stephanie-ferrat?lang=

A venir également en mai, deux conférences tout public, à l’école vétérinaire : Christine Davenne (maître de conférences en arts plastiques à l’ESPE d’Aquitaine, auteure de l’ouvrage Cabinets de curiosités : La Passion de la collection/ Ed Lamartinière) sur les cabinets de curiosités et François Vallat (docteur vétérinaire, docteur en Histoire) sur l’histoire de l’anatomie.

Mais également, un « apéro littéraire  » le 21 mai, au sein du CDI du lycée Paul Bert, pour permettre au personnel du lycée mais également à toute personne intéressée (parents d’élèves, maisonnais, étudiants, collègues et élèves du lycée Delacroix…) d’échanger avec Jean-Louis Giovannoni sous le format d’un club de lecture : chacun est invité à présenter et lire un extrait d’un ouvrage récent ou très ancien qui l’a un jour bouleversé.

Enfin le 14 juin 2019, Jean-Louis Giovannoni, au sein de l’ENVA, organisera une lecture de ses textes mis en chantier pendant la résidence. Ce sera une façon de clore cette année et de donner la parole à celui qui aura tant permis à chacun de s’exprimer. Tous les partenaires de la résidence et de façon plus large, tout le public qui l’auront suivie, seront invités à cette découverte.

De façon plus vaste, la médiathèque de Maisons-Alfort a consacré sa programmation de janvier/février 2019 au thème « Des animaux et des hommes », décliné en exposition, rencontres, ateliers philo, multimédia, jeunesse, quizz musical.

Selon la directrice de la médiathèque, Marion Serre, la fréquentation a été croissante, peut-être grâce à une communication plus efficace. Les retours du public ont été très positifs :

Janvier : Quizz musical sur les animaux : 13

Janvier : Rencontre Ecole vétérinaire Sandrine Haon : 16

Janvier : Les animaux face à la loi : 19

Février : Moi parasite, PIerre Kerner (festival La science des livres) : 25

Février : Atelier cedaf animaux en détresse : 28

Février : Rencontre auteurs (JLG Giovannoni, Vincent Message, Joy Sorman) : 41

Février : L’araignée animal surprenant, Christine Rollard : 73

Ateliers pour enfants :

Drôles de bêtes (ASTS) annexe Coty : 12, Malraux 11, Centre 14, bus 17

Choco philo l’homme et l’animal (pour enfants) : 17

3 Ateliers bibliobus quizz animaux : 25

— Et elles et eux (les élèves donc), que disent-ils ? Quels propos, réactions, demandes, vous ont déjà marquées lors de ces échanges ?

Sylvie A.  : déblocage, moins de peur, honte d’écrire, écriture moins vécue uniquement comme un exercice scolaire

Françoise F.  : élèves en demande, contents d’apercevoir Jean-Louis dans l’établissement même après la tenue de leur atelier. Transformation d’un exercice scolaire (lire, dire) en un vrai plaisir. 7 élèves ont même lu leur texte lors de la soirée d’ouverture de la résidence, devant un parterre d’une bonne centaine de personnes.

Christine R.  : cf textes fournis en pj, écrits librement, donc fautes d’orthographe incluses, en clôture d’atelier

— Plus vastement, mais depuis cette expérience concrète, comment répondriez-vous à cette question si récurrente : « à quoi cela sert-il ? » (pour elles et eux, pour vous)

Françoise F. et Christine R  : grâce à la bienveillance de Jean-Louis Giovannoni et à son habile conduite des ateliers, les élèvent gagnent en estime de soi, ont davantage confiance en leurs capacités, ils n’ont plus peur d’écrire, le rédactionnel est beaucoup plus fluide.

Sylvie A.  : même remarques partagées par les collègues, mais aussi une ouverture d’esprit et une curiosité « littéraire », culturelle plus grande.

Géraldine Carré, documentaliste  : un projet qui peut se développer ainsi sur une année scolaire est vivant car des collaborations envisagées apparaissent finalement peu pertinentes et d’autres le deviennent (abandon de la rencontre/exposition de Jean-Luc Parant, de la rencontre littéraire/lecture du Discours aux animaux de Valère Novarina mais en revanche véritable construction de la présence de Stéphanie Ferrat par un travail in-situ, organisation de la nuit de la lecture avec invitations faites à deux écrivains, Suzanne Doppelt et Arno Bertina, deux poètes Yves Boudier et Jacques Demarcq de lire des fragments choisis en écho avec les collections du musée).

Je rejoins totalement les remarques de mes collègues sur la totale adhésion des élèves aux ateliers menés par Jean-Louis Giovannoni, et cela dès la première séance. Aucun refus n’a été opposé et chaque élève « s’est donné » pleinement, pour certains pourtant très en difficulté en français. Habituée des partenariats avec des écrivains, je relève que c’est la première collaboration aussi enthousiasmante et aussi aboutie. Les jeunes attendent, un peu dubitatifs car que leurs textes soient réellement édités par un vrai éditeur leur semble incroyable, les livres et le retour de Jean-Louis Giovannoni à cette occasion dans leur classe.

Les élèves de seconde, dont les mots sont en PJ, ont accueilli Jean-Louis Giovannoni récemment, venu leur lire sa lettre de remerciements, leur expliquant ce que cette expérience commune lui avait apporté et comment elle avait nourri son travail d’écrivain. Leur enseignante, Christine Rossignol a photocopié la lettre pour que chaque élève en ait un exemplaire personnel. Une initiative à laquelle les jeunes ont été particulièrement sensibles.

En bémol de tous ces aspects extrêmement positifs, je déplore avec mes collègues de n’avoir réussi à faire vraiment découvrir aux élèves l’œuvre de Jean-Louis Giovannoni : une seule élève présente à la lecture de Journal d’un veau, aucun emprunt individuel et un survol trop rapide lors des séances préparatoires aux ateliers. Cependant l’envie de poursuivre notre collaboration avec Jean-Louis Giovannoni est réelle et j’espère que sous saurons dans un projet futur mieux investir la découverte de son œuvre.

Ce projet qui a été conduit dans trois établissements différents, autour de la figure centrale de Jean-Louis Giovannoni, est le premier dans le genre sur le territoire. Il est à espérer que cette première augure de nouvelles collaborations, que ce qui n’aura pas pu être mis en place cette année (notamment échanges et croisements des différents publics) trouvera à s’exprimer dans le futur. L’envie de faire se rencontrer et échanger nos élèves autour de la culture (écriture, pratiques de lectures…) est bien là, il nous reste à essayer des dispositifs (club de lecture inter établissements, projets communs de mutualisation des compétences…). De même pérenniser notre partenariat avec le musée Fragonard et rendre encore plus pédagogique sa fréquentation par nos classes (proposition de réfléchir avec les étudiants-guides à des supports d’aide à la préparation de la visite…), s’appuyer davantage sur l’offre culturelle de la médiathèque et construire en amont de sa programmation des parcours qui incluent un temps de travail en bibliothèque.


Témoignages des enseignant.e.s du lycée Delacroix

—Vous accueillez Jean-Louis Giovannoni en résidence en lycée, pour plusieurs mois : comment cela se passe-t-il (quels étaient vos attentes ?), et qu’est-ce qui se passe (concrètement : s’agit-il de rencontres, d’ateliers, de quel type, et comment cela fonctionne-t-il ?)

Cécile Chéné : Attentes : proposer aux élèves de sortir du champ scolaire par la rencontre avec un créateur. Faire aborder l’écrit de manière incarnée par l’échange avec le poète. Ici Jean Louis Giovannoni.

Déroulement : une rencontre composée de lectures de textes de Jean-Louis puis d’un échange avec les élèves ; une sortie au musée Fragonard et dans la bibliothèque de l’Ecole vétérinaire accompagnés de Jean-Louis ; une série de 4 ateliers d’écriture.

Pascale Bel-Féraud : J’attendais principalement de cette résidence que les élèves s’approprient davantage leur patrimoine culturel (école vétérinaire) et qu’ils aient un contact plus spontané, moins inhibé avec l’écriture. Ces deux éléments sont bien différents, mais vont dans la même direction : que les élèves, en sortant un peu du cadre scolaire, assez académique, aient un rapport à la culture et à l’écriture plus confiant.

Marjorie Bonne : Mes attentes : proposer aux élèves une activité différente, qui ’change’, que j’envisage comme valorisante pour eux (la rencontre avec un écrivain les intrigue beaucoup et je le perçois à la première discussion sur le projet). Je vois l’atelier d’écriture comme une opportunité, et la possibilité de les faire progresser en expression écrite mais de façon ’non-scolaire’. En seconde, grâce aux heures d’accompagnement personnalisé on a la possibilité d’envisager des travaux ’hors programme’ , j’en profite, c’est aussi une expérience pour moi et je suis curieuse de voir comment il vont accueillir le projet et s’investir.

Le déroulement : Nous avons commencé par lire quelques textes de J-L Giovannoni, ils ont parfois été étonnés des thèmes abordés dans ses poèmes, ce qui nous a permis d’engager une discussion sur la poésie. Ils ont rencontré ensuite Jean-Louis et avaient beaucoup de questions à lui poser sur son travail d’écrivain, son parcours... Une certaine curiosité, que Jean-Louis a su satisfaire avec bienveillance, et des rapports cordiaux se sont vite instaurés.

Il est revenu 5 fois durant deux heures (classe complète), nous décidions d’amorces à proposer aux élèves, et après un temps d’écriture (la consigne était d’écrire sans réfléchir, de se faire confiance et d’oser), les élèves lisaient aux autres ce qu’ils avaient écrit. Deux séances ont été consacrées à la saisie des textes en salle informatique (entre-temps Jean-Louis avait regardé les textes et avaient fait des ’suggestions’ aux élèves), puis une phase de correction. Les élèves, afin d’exploiter au mieux leur visite au Musée Fragonard, ont également fait des recherches au CDI sur des thèmes liés au musée (Fragonard, la médecine au 18ème, la céroplastie, l’anatomie...), ce qui a permis de les guider vers des sujets et des sources d’inspiration plus ciblés.

Caroline Bouvier : Il s’agissait avant tout d’ouvrir sur des perspectives nouvelles une classe de 1S : proposer un souffle d’air, une activité qui ne soit pas évaluée, dans le cadre d’un cursus scolaire considéré comme difficile.

Dans le cadre de la collaboration avec l’Ecole vétérinaire et compte-tenu de la thématique choisie (l’homme et l’animal : métamorphoses), il s’agissait aussi de laisser place à l’imaginaire en partant de réalités scientifiques.

S’est donc déroulé un atelier d’écriture sur cinq séances de deux heures, avec une classe de 35 élèves. A partir d’amorces proposées, les élèves écrivaient des textes que Jean-Louis Giovannoni lisait un par un en donnant des conseils à chacun de manière personnelle. Les élèves lisaient ensuite eux-mêmes ces textes à haute-voix. Lycée Eugène Delacroix 2018-2019

Cassandre Boudet : nos attentes étaient motivées par la possibilité de créer un espace de rencontre à plusieurs niveaux :

avec un auteur, ses oeuvres, sa personnalité, qui ouvre d’autres perspectives sur la lecture et l’écriture que celles proposées dans le cadre scolaire,

avec soi-même, et avec les autres, la possibilité de se découvrir, se révéler, se faire confiance à travers l’écriture

avec le territoire, à la fois en découvrant le Musée Fragonard et la bibliothèque de l’ENVA, mais aussi la possibilité de rencontrer les différents publics engagés dans cette Résidence à l’échelle de Maisons-Alfort

Et qu’est-ce qui se passe (concrètement : s’agit-il de rencontres, d’ateliers, de quel type, et comment cela fonctionne-t-il ?)

Au lycée Eugène Delacroix, les ateliers se sont tenus de janvier à mars 2019 :

- 2nde 8, 35 élèves : Une séance d’2h de rencontre avec l’écrivain en classe entière, 4 séances de 2 heures en classe entière, puis une séance de 1h par demi-groupe

- 2nde 11, 35 élèves : Une séance d’1h de rencontre avec l’écrivain en classe entière, 4 séances de 2 heures en classe entière ; 2 séances de 1 h en demi-groupe

- 1ère S3, 35 élèves : 5 séances de 2 heures en classe entière, 2 séances de 1 h en demi-groupe

Chacune de ces classes a visité le Musée Fragonard, ainsi que la bibliothèque de l’Ecole Vétérinaire avec une présentation d’ouvrages de médecine, chirurgie, et de sciences naturelles des XVI au XVIII èmes siècles.

Pour les classes de Seconde un travail de recherche au CDI a été mené en parallèle des ateliers d’écriture, notamment en introduction aux visites au Musée sur les thèmes de la renaissance scientifique, la naissance de la médecine moderne, la notion de cabinet de curiosités…

Cela a permis de mettre en lumière des considérations qui appuient également sur la diffusion des savoirs, d’évoquer le fait que ces cabinets apparaissent aussi comme un prolongement matériel de la bibliothèque où les objets complètent les connaissances recensées dans les traités, les publications… et d’aborder le potentiel poétique du vocabulaire médical.

Ces visites ont eu lieu avant les ateliers, en présence de Jean-Louis Giovannoni, en Novembre pour la 1e S3 et en décembre pour les Secondes.

Chaque atelier a intégré un moment de saisie sur traitement de texte des écrits à partir des suggestions de correction de Jean-Louis Giovannoni. Pour les trois classes, cette séance s’est faite avec l’accompagnement de l’écrivain. Ces recueils de textes vont être transmis à l’éditeur de Jean-Louis Giovannoni, éditions Unes, pour impression. Chaque élève recevra, ce recueil en juin, à l’occasion d’une valorisation des ateliers en présence de l’écrivain et des parents des élèves.

— Et elles et eux, que disent-ils ? Quels propos, réactions, demandes, vous ont déjà marquées lors de ces échanges ?

Cécile Chéné : Les élèves ont été marqués par la rencontre avec Jean-Louis, par la liberté qu’il leur offrait qui leur a permis à TOUS de se lancer dans l’écriture. Ils ont apprécié ses conseils, son regard/écoute bienveillant et ses corrections toujours respectueuses et fructueuses.

Pascale Bel-Féraud : Les élèves ont adoré ces échanges. Lycée Eugène Delacroix 2018-2019

L’expérience humaine et artistique a été très forte. Nos élèves étaient au début, pour certains, inhibés à l’idée d’écrire, et, peut-être surtout, d’écrire à l’école sans les contraintes académiques de l’école. Jean-Louis Giovannoni a su, avec son grand tact et sa grande bienveillance, les mettre en confiance : il a d’abord noué une relation avec eux en leur parlant de son parcours et en leur lisant quelques-uns de ses textes ; nous avons nettement perçu que les élèves avaient conscience que lire ses textes en public signifie s’exposer, et leur respect était dès lors acquis, respect qui ne s’est jamais démenti.

Puis, il s’est agi qu’ils écrivent ! Jean-Louis a su dédramatiser ce geste et, pour leur éviter l’angoisse de la page blanche, au début il leur a proposé un matériau sur lequel s’appuyer, à savoir leurs impressions après la visite du musée de l’école vétérinaire. Peu à peu nous avons eu la joie de voir les élèves se libérer et écrire des textes de plus en plus personnels et aboutis. Ils les lisaient, sans exception, à leurs camarades avec de plus en plus de confiance. Nos petits rituels leur plaisaient tellement qu’il n’y avait pas une semaine sans la question de l’un ou l’autre élève : « On voit bien notre poète vendredi ? ». Certains lui ont montré des textes qu’ils avaient écrits chez eux, et Jean-Louis leur a toujours donné des conseils avisés pour progresser.

C’est sur ce dernier point que nous voudrions insister. Jean-Louis a toujours su concilier bienveillance et exigence. Jean-Louis accueillait les textes, puis suggérait des retouches, dont il discutait avec les élèves, de manière à ce qu’ils affinent leur démarche et leur style. Nous les avons vu s’épanouir, mieux se comprendre les uns les autres, mais aussi progresser sous nos yeux. Et le fait que ces ateliers débouchent sur un livre les rend très fiers ! Ils se sentent concernés par l’écriture, et ont d’ailleurs écrit, à nouveau, des mots ou des poèmes très touchants à Jean-Louis pour le remercier.

Marjorie Bonne : Les élèves ont joué le jeu. Je me suis étonnée parfois des remarques de Jean-Louis, qui savait apprécier ou sentir le potentiel d’un texte qui, de mon point de vue d’enseignante, était plutôt mal écrit ! Mais j’ai compris que ces encouragements étaient précieux pour les élèves et conditionnaient la réussite de l’atelier : la syntaxe et l’orthographe n’étaient que secondaires durant les deux-trois premières séances. Surtout, Jean-Louis a su rendre les élèves fiers de ce qu’ils écrivaient, et nous avons eu l’agréable surprise de les trouver tous coopératifs et prêts à lire leurs productions. Après coup, certains m’ont confié que les séances d’écriture, avec une amorce et des consignes identiques, les avaient un peu lassés, ils auraient aimé plus de variété dans le déroulement des trois premières séances ( notre objectif était de les faire écrire le plus possible afin que puisse ensuite s’opérer un choix parmi leurs textes) D’un autre côté, beaucoup ont trouvé l’atelier trop court, ils regrettaient qu’il n’y ait pas eu plus de séances, avec la possibilité de travailler leurs textes vraiment à fond.

Au demeurant, ils sont très contents de cette expérience et disent quasiment tous avoir beaucoup apprécié.

Caroline Bouvier : Les comportements vis-à-vis de l’écriture sont divers et surprennent toujours. Certains se lancent sans aucune hésitation et livrent des textes très personnels. D’autres sont totalement bloqués, affirment qu’ils n’ont pas d’imagination, qu’ils ne savent pas écrire. Petit à petit, ils avancent, proposent quelques phrases, mais il faudrait vraiment pouvoir prolonger l’expérience plus longtemps et sans doute en plus petit comité (35 personnes, c’est lourd !) pour aller plus loin. Il est sûr cependant que la relation à l’écriture se fait plus familière. Je suis persuadée que certains vont continuer d’écrire après cette expérience.

Cassandre Boudet : Je me joins à mes collègues sur tous ces effets positifs, surprenants et finalement très constructifs liés aux ateliers, Jean-Louis s’est efforcé de faire ressortir ce qu’il y avait de meilleur et d’original dans les textes des élèves en s’efforçant de respecter leurs choix, leurs personnalités, un exercice délicat avec un groupe de 35 individus. Je crois sincèrement que tout le monde a été satisfait de cette expérience.

— Plus vastement, mais depuis cette expérience concrète, comment répondriez-vous à cette question si récurrente : « à quoi cela sert-il ? » (Pour elles et eux, pour vous)

Cécile Chéné : Ces ateliers ont permis à des élèves parfois bloqués dans le passage à l’écrit de pouvoir dépasser leurs difficultés de rédaction/orthographe/manque d’idées... Ils ont pu s’exprimer avec humour, gravité, en vers, en prose. Des sentiments ou des parts de leur personnalité très personnels ont pu avoir leur place. Pour les élèves scolaires, plus à l’aise, cet exercice a été parfois désarmant mais ils ont su dépasser leurs Lycée Eugène Delacroix 2018-2019

appréhensions eux aussi et Jean-Louis y est pour beaucoup. Le bénéfice de cette expérience est difficilement quantifiable mais j’ai déjà pu constater que les élèves de cette classe ont été d’emblée plus ouvert au projet suivant qui leur a été proposé, je suis sûre que l’atelier d’écriture y a été pour beaucoup... Merci Jean-Louis !

Pascale bel-Féraud : Les élèves ont non seulement surmonté leurs inhibitions en matière d’écriture, mais ils ont aussi pris conscience, pour beaucoup, qu’écrire n’est pas un geste anodin et apporte beaucoup. D’eux-même ils ont précisé leur pensée et sa formulation, avec exigence. Ces progrès se feront sans nul doute sentir dans leurs travaux plus académiques.

Caroline Bouvier :

• Lever des inhibitions par rapport à l’écriture : faire comprendre que c’est accessible, que c’est possible pour tous.

• Permettre l’expression d’une sensibilité personnelle trop souvent vouée au silence dans le cadres purement scolaire.

• Comprendre le pouvoir libératoire des mots.

De mon côté, voir la puissance créatrice des élèves est un réconfort et une leçon d’humilité.

Marjorie Bonne : Coïncidence ou pas, j’ai pu noter au fil des semaines une plus grande facilité à rédiger chez les élèves, leurs devoirs écrits m’ont paru plus longs, l’expression des idées, les explications sur un texte me semblaient moins laborieuses. L’idée ’d’oser’ peut-être avait fait son chemin, un certain blocage chez certaine face à la page blanche avait peut-être été levé. Je n’ai pas remarqué en revanche de progrès notable quant à la qualité de l’expression écrite en elle-même, l’atelier ayant été trop court pour permettre d’améliorer vraiment ce point. Je dirais que, comme tout projet de classe, c’est une expérience agréable à mener puisque cela renforce la confiance qu’ont les élèves en l’enseignant, cela crée une connivence, permet d’instaurer des moments d’échange. Je ne doute pas qu’ils se souviendront de cette rencontre avec J-L Giovannoni.

Cassandre Boudet  : J’ajouterai que cette expérience a permis / a servi à créer des constellations entre les établissements et les acteurs engagés dans le projet, même si le croisement entre les différents publics n’a pu se faire comme nous le souhaitions cette année. Comme le souligne Géraldine l’envie de se faire rencontrer et échanger nos élèves autour de la culture est bien là et trouvera à s’exprimer dans le futur selon les dispositifs que nous pourrons mettre en place.

11 avril 2019
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