Bouches vis-à-vis d’oreilles, vice versa

« vient de paraître »

Addendum à la douzième conversation avec ma table


Bouches vis-à-vis d’oreilles, vice versa [les yeux]

EXPOSITIONS
Olivier Bardin
Éditions MIX, 2011

site de l’artiste

Olivier Bardin, Exhibition Continues, 2008 (installation view).
Performance installation
© Olivier Bardin. Exhibition Continues in
THE FIFTH FLOOR : IDEAS TAKING SPACE / TATE LIVERPOOL 2008-2009

Celui qui voit tout abrège tout.
Montesquieu

C’est en cherchant avec les images qu’on trouve.
Chantal Akerman, entretien à l’occasion de
la sortie du film "La folie Almeyer" et de
l’exposition "Too Far, Too Close" du MHKA [1]

Le théâtre peut se résoudre à un plateau
et à la présence d’une personne sur ce plateau.

Olivier Bardin, Expositions, Éditions MIX, 201, p. 425.

LE PLATEAU

L’artiste fait remonter le temps à la surface dans la durée d’une conversation avec un livre plein quadrangulaire et blanc posé sur la table. Des propositions remontent de l’épaisseur du plateau. Une personne se désigne, elle veut bien s’exposer, l’exposition commence. [2]

Les propositions de l’artiste prennent corps dans des personnes humaines et sociales, des visiteurs-acteurs, et dans des lieux d’exposition.
Ici et maintenant, la matière d’Expositions est posée, disposée, composée, exposée
− physiquement et réellement− dans l’espace et dans le temps d’un assemblage de 493 pages d’images et de textes.
Une visiteuse-lectrice regarde un livre « en vis-à-vis et en silence et d’abandon à zèle met en évidence certaines caractéristiques. » [3]

.................................................................................................................................  [4]

conil
conic
saut de puce
saut de tic
fini la récréation
assez couniller
main-te-nant
à toi d’orchestrer

Cette comptine —une formulette de désignation— tombe à propos. Au commencement l’artiste veut devenir chef d’orchestre. [5]
C’est le propre de l’art d’emprunter réalité à ce qui en a. Expositions, émissions de télévision, éditions, films, performances, photographies ... décrivent un work in progress hors genres.

À niveau de plateau des paroles sortent ensemble, se parlent, s’écoutent et ne s’écoutent pas parler, et procèdent à des déplacements d’images.

[Allegro ma non troppo] Aby Warburg du XXIe siècle ?
Tu peux préciser, ce rapprochement incongru ?

Incongru ?
N’est-ce pas le propre de toute relation inédite de paraître inattendue et surprenante ?

C’est moi qui pose les questions je viens de vivre les longues journées de Grand Froid avec EXPOSITIONS.

Ce pavé monographique des pratiques artistiques d’un artiste de la fin du XXe siècle et du début XXIe siècle ...
Et vous, vous nous parlez encore d’Aby Warburg ?

[A cappella] AAAAAAAAAby Warburg !

Un artiste vivant qui fabrique lui aussi, à sa façon, des « histoires de fantômes pour grandes personnes »

[A cappella] AAAAAAAAAh des histoires de fantômes pour grandes personnes !

L’artiste met en jeu des revenantes appelées "expositions".
Ses pratiques consistent à faire apparaître, disparaître et réapparaître des ...

Avec quoi fait-il ses “actes de magie”, cet artiste ?

Avec toi et moi.
Des personnes.
Des personnes vivantes.
Des personnes humaines et sociales douées de parole et de mouvement.

[Allegro] Des spectres... ce sont des histoires de fantômes !

[Crescendo] Un spectre hante EXPOSITIONS le spectre de l’image.

L’artiste fait des images ?

C’est le temps qui fabrique les images.
L’artiste, lui, il nous regarde.

[Expressivo] Qu’est-ce qu’on voit déjà ?

On n’y voit rien.
On voit des manières de vivre ensemble dans le temps et dans l’espace.

« Looking at you is my business »
 [6]

[Doloroso] Que vois-tu ?

Je ne vois rien que ce qui s’expose, 96 propositions de l’artiste.

[Doloroso] Tu peux ralentir, s’il te plaît, le défilement du texte sur ton prompteur. Je suis plus là...

L’artiste ne voit rien que ce qui s’expose ... [Lusingando] C’est fort bien dit !
Où est le truchement pour leur faire entendre ce que vous dites ?

Ce qui s’expose te ressemble.

Quand vous êtes-vous senti enfant pour la dernière fois ?

C’est à moi que tu parles ?

Non. C’est dans le dispositif du Syndrome de Stockholm (2001).

Je me sens plutôt poussé à développer une antipathie irréversible au mot “dispositif.” (Sort de la table une autre comptine de circonstances [7])

[Basso ostinato] Les propositions de l’artiste interrogent chacune à leurs façons − et d’une manière récurrente − des dispositifs.

Silence

LE REGARD S’EXERCE EN SILENCE [8]

« Je regarde la couleur de vos yeux, leur contour, votre front, votre nez, vos joues, votre bouche, votre menton. Je regarde votre peau, sa couleur, sa souplesse, les rides, les creux, les parties lisses. Je regarde le mouvement de votre corps, votre attitude, vos gestes. En vous regardant ainsi, je vous autorise à me regarder de la même manière. Cette manière de regarder provoque un équilibre entre nous. Nous ne regardons plus la même personne, mais son image. Nous devenons deux images et ces images ont le pouvoir de regarder. Les différences de sexe, d’âge, d’origine n’ont plus d’importance. Nous formons l’embryon d’une communauté équilibrée. »
(Olivier Bardin)

21 février 2012
T T+

[1remerciements à Laurence Skivée pour l’information

[2Transcription du son de la capsule n°1 de la douzième conversation avec ma table : « Avant de décrire plus précisément les enjeux liés à la réalisation de Ce film est une exposition, bien que l’idée d’exposition traverse l’ensemble de mon travail, je désigne le plus souvent l’exposition comme exposition de la personne. Exposition de la personne, il est évident que la personne s’expose à des quantités d’occasions et que l’exercice Ceci n’est pas une exposition fait en cours d’Initiations aux Recherches au début des années 1990 était déjà l’une de ces occasions. Le vélo solex en fait “preuve”. Et l’embryon de formes communautaires aussi. »

[3ELLE
Une femme abandonnée, balancée, cafardeuse, déçue, éblouie, fâchée, gracieuse, haineuse, impassible, jalouse, languissante, malade, neurasthénique, obstinée, paniquée, rancunière, saisie, tenace, véhémente, zélée.
De A à Z c’est ainsi qu’il la voit.

TU
Un homme abattu, béat, chagrin, déchiré, ébranlé, fasciné, gai, hanté, impatient, joyeux, las, malheureux, nerveux, ombrageux, passionné, ravissant, satisfait, tendre, vertigineux, zélé.
De A à Z c’est ainsi que je te vois.

JE
Une personne ambiguë, bouleversée, contrariée, démoralisée, effervescente, fatiguée, grisée, honteuse, indécise, jouissante, languissante, mécontente, nostalgique, opiniâtre, perplexe, résignée, seule, tourmentée, vive, zélée.
De A à Z c’est ainsi que tu me vois.

D’après Olivier Bardin, « D’Abandon à Zèle » (2011)
Expositions, Éditions MIX, 201, p. 474-477.

[4Olivier Bardin, Le camion, 2002,
Courtesy Galerie Blancpain Stepczynski, Genève.

[5Je veux devenir chef d’orchestre (1978), livre cité p. 7

[6Titre d’une des dernières propositions d’Olivier Bardin.

[710 positif
9 positif
8 positif
7 positif
6 positif
5 positif
4 positif
3 positif
2 positif
1 positif
zéro : j’ai perdu le négatif !
[varia : j’ai trouvé le négatif ]

[8Titre de la dernière proposition du livre Expositions (p. 489)