Hommage à Henri Chopin

Henri Chopin : La sonore, Surpris par la nuit, le 29 février.


Henri Chopin est décédé le 3 janvier à l’âge de 85 ans, chez lui, à Dereham en Angleterre. Le vendredi 29 février à 22h15, l’émission Surpris par la nuit rediffusera le portrait (extraits, entretien et témoignages) qui lui avait été consacré il y a trois ans.
Plaisir de retrouver ainsi la voix, le souffle, l’ampleur et la force de l’un des pionniers de la poésie sonore.

« Dans le souffle des tempêtes, j’ai été très influencé (encore et toujours) par la Toundra au cercle polaire, puis aussi dans le nord du Québec, dans le nord de Toronto. J’avais idée depuis des décades de faire une sorte de film sur la Toundra, sans aucune présence humaine. (…) Alors uniquement avec le souffle humain, j’ai en fait réalisé une œuvre qui soit le vent et la neige avec en plus le travail des arbres. »
Entretien avec Michel Giroud (Revue et corrigée, 1995)

Au milieu des années 1950, Henri Chopin, prenant acte des expériences des musiciens concrets, s’arme d’un micro et d’un magnétophone (suivront table de mixage et amplis) et décide de sortir la poésie de la page. Il travaille avec sa voix, la transforme, libère la phonétique, produit des sons particuliers et donne naissance à Pêche de nuit, l’un de ses premiers enregistrements. Le micro placé sur les lèvres, il suggère et restitue, au-delà des mots, le ressac, le vent et le bruit d’un bateau de pêche faisant route sur zone, initiant là ce qu’il répètera plus tard pour la toundra puis dans bien d’autres lieux explorés d’abord par la voix puis par le corps (vibrant) tout entier.

« Il ne suffit pas de bien écrire pour être poète, Messieurs, ni d’être à la mode… mais c’est à bras-le-corps qu’il faut concevoir le vivre. »

Créateur de la revue « Cinquième saison » (de 1959 à 1963) puis de la revue-disque « Ou » de 1964 à 1974, il fut, durant plus de cinquante ans, l’un des phares de la scène sonore. Ses références, il les nomme sans hésiter. Ce sont, dans l’ordre : Hugo Ball, Pierre Albert Birot, Raoul Hausmann, Kurt Schwitters et Michel Seuphor.

Au lieu de parler de lui, mieux vaut bien sûr l’écouter. D’abord sur le site Erratum où sont disponibles plusieurs vidéos et enregistrements (dont La danse des tonneaux roulants et brisés). Et ailleurs, via le texte, autobiographique dans Le grand monde de la grande poésie (Editions Le Corridor bleu, 2004) ou plus théorique dans l’indispensable Poésie sonore internationale (Editions Jean-Michel Place, 1979).

A propos de ce livre, voici ce qu’écrit William Burroughs dans sa préface :

"En considérant la poésie sonore, où les mots perdent leur prétendu sens, tout en créant de nouveaux mots au hasard, la question est ouverte de savoir quelle démarcation établir entre musique et poésie, avec une référence spécifique à des symphonies à partir des sons juxtaposés. La réponse est qu’il n’y a pas de démarcation. Les démarcations qui séparent la musique de la poésie sont entièrement arbitraires, et la poésie sonore est exactement conçue dans le but de briser ces catégories, afin de libérer la poésie de la page imprimée."


On peut également découvrir plusieurs audio poèmes de Henri Chopin sur Ubu Web.

Jacques Josse - 22 février 2008