Poésies sourdes : histoire, créations, traductions

Une littérature est en train de naître sous nos yeux, renaître plutôt, et cette fois-ci elle grandit assez pour bientôt prendre sa place parmi toutes les autres. Une littérature non écrite, non orale, une littérature sans dépôt à la Bibliothèque nationale (pas encore), celle qui se fait par gestes et corps entier, en LSF. Et c’est par la poésie qu’elle vient à nous. Elle a déjà une anthologie, Les Mains fertiles ; elle a aujourd’hui un épais et splendide numéro de revue, GPS n°11.

Teaser GPS 11 from Plaine page on Vimeo.

Dès l’ouverture de ce volume, photos de poètes et d’interprètes signant, œuvres graphiques de Claudie Lenzi, croquis de signes de poètes sourds, on se sait en domaine à la fois familier et étranger. Brigitte Baumié, qui a coordonné ce numéro : « Les langues des signes ont ceci de particulier qu’elles ne sont pas totalement étrangères aux langues vocales au milieu desquelles elles se développent mais, en même temps, s’appuient sur une appréhension du monde totalement différente. Nous marchons dans les mêmes rues (…) et appliquons les mêmes règles de vie en société. Mais un froissement nous sépare qui peut se révéler un gouffre et introduit dans la culture commune une étrangeté radicale. (…) Nous ne sentons pas le monde de la même façon. Et nous avons des façons de le comprendre et de nous y mouvoir radicalement différentes. »
Dans « Une histoire de la littérature sourde française : les poètes », Yann Cantin date les premières traces d’une poésie écrite et signée par des sourds des années 1830-1840. Par la force des choses, ce sont des écrits : menus ou mémoires de banquets, revues et journaux de la communauté sourde. Aujourd’hui photo et surtout vidéo changent tout. Les poètes peuvent inventer directement dans leur langue sans passer par l’écrit, les vidéos accumulées constituent peu à peu un corpus, déjà elles passent les générations. Dans ce numéro à chaque page ou presque un Qrcode renvoie à une vidéo, traduction d’un poème du français à la LSF, vidéo d’un poème ou d’un entretien entre sourd et entendant.
C’est un des enjeux de la traduction : la reconnaissance réciproque entre les langues, entre les communautés poétiques des deux sortes de langues.
Et le superbe travail éditorial de Plaine Page rend immédiatement sensible l’espace-temps des sourds, l’originalité à la fois irréductible et transmissible de leurs créations.

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GPS n°11, éditions Plaine Page, 210 p., 20 €. Commandes chez l’éditeur à partir de http://plainepage.com/editions.htm.
Présentation publique, en présence des éditeurs et de nombreux contributeurs, samedi 25 juillet 2020 à Sète, au festival Voix Vives.

21 juillet 2020
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