Laurent Grisel | Les Misères et les Malheurs de la guerre

Sur les circonstances et les enjeux littéraires de ces poèmes on lira Les Misères et les Malheurs de la guerre d’après Jacques Callot noble lorrain et Les guerres qu’il ne fit pas sur imagine3tigres, le site de Laurent Grisel.

L’ensemble a été édité chez ION avec des illustrations de L.L. de Mars. Dominique Dussidour en a fait une notre de lecture et a posé quatre questions à Laurent Grisel.

On peut lire d’autres strophes de ce recueil composé « en mémoire de la guerre de Trente Ans, de celles qui ont suivi et suivront » :
Le pillage et l’incendie d’un village
L’estrapade.
La vengeance des paysans.

Voir une captation vidéo de la lecture du 6 avril 2010, au Diwan de l’Hippocampe :
Laurent Grisel et Fred Wallich lisent Changeons d’espace et de temps
Laurent Grisel lit quelques strophes du Callot.

Ici à l’écoute (au saxo, Fred Wallich) :


Laurent Grisel a lu plusieurs poèmes de ce recueil lors de La nuit remue - 4, au Centre Cerise, le 19 juin 2010 ; l’écouter.

Si on souhaite prolonger la lecture de ces strophes, on lira ou on relira un des poèmes de Un hymne à la paix (16 fois). La version en allemand vient de paraître, traduite par Rüdiger Fisher, aux éditions Im Wald/En Forêt et la version originale chez publie.net. On entendra les échos, la reprise de certaines voix. On y verra la mise en œuvre des textes et des thèmes à quoi conduit le travail entrepris par Laurent Grisel depuis quelques années ainsi que la continuité de sa pensée.
Ici, un des poèmes en allemand et en italien dans la traduction de Beatrice Monroy.
DD


Bookmark and Share


L’Enrôlement des troupes

Le peuple comme on l’aime : signant son engagement, recevant
ses premiers sous – ordonnance Michau, janvier 1629, six sous
par jour pour les soldats, dix pour les cadets, douze pour les vieux,
quinze sous pour les tambours, les chirurgiens, les fourriers,

vingt sous pour les caporaux, trente pour les sergents, idem
pour l’aumônier, et cent sous pour les lieutenants, trois cents
pour les capitaines, cinq cents pour les maîtres de camp –
par conséquence en rangs manœuvrant, sous bannière, aux ordres,

avec autorisation de tuer. Ce peuple ordonné, obéissant – exigé par
ingénieurs en géométries meurtrières – n’existe qu’à l’exercice, oscillera
au feu des mousquets. J’entends la musique. Les promesses d’ordre
tenues par désordre. Depuis des siècles la musique sous les arbres

et le ciel. Le son du métal : celui des balles, celui des trompettes.




Le Pillage d’une ferme

On prend tout le temps. On a pris un exemple et l’a pendu
par les pieds, dans la cheminée, tête à hurler et
à rôtir dans les flammes. L’autre, ficelé, cul au sol,
pieds au fer rougi, qu’il parle.

Mais courage est de se taire. Toute parole ment
ou dévoile. Seul le silence cèle. Donne le temps
d’envisager la juste mort et même de cesser de haïr
le salaud. Sont en nombre. À deux contre une femme,

à trois contre un vieux. La longue durée de la menace.
L’imploration qui ne sert à rien. Et ouvrir les coffres,
dépendre les andouilles, découvrir les chapons.
Car seules les choses mortes importent, ce sont elles

qu’on emporte. D’un vivant, que ferait-on ?




La Roue

Attaché quatre fois, forcé de regarder le ciel.
On lui met le crucifix en vue. Croix horizontale –
oubliées les trois croix verticales du calvaire, Jésus,
deux brigands – l’un insultant, l’autre reconnaissant.

L’ordre circulaire autour de lui : murailles de ville
toujours debout, tambours, troupes rangées comme
pour bataille : lui l’ennemi ; piquiers et arquebusiers
prêts à s’épauler, en traits réguliers, étendards

au vent, foule murmurante, prieurs priants.
Vont-ils lui arracher aveu, pardon ? Quel cri sera-t-il
forcé de lancer ? Quand sera-t-il au silence réduit ?
Pendant combien de temps encor les aveux extorqués

et par violence le pardon à la vengeance ligoté ?



Sur Les Misères et les malheurs de la guerre d’après Jacques Callot, noble lorrain, lire, de Dominique Dussidour, « Survolez, oiseaux, chantez, arbres ».

30 avril 2010