Marc Perrin | SPINOZA IN CHINA - 12 NOVEMBRE 2011 - 9 FÉVRIER 2015

Spinoza in China | Novembre 2011 sera bientôt un livre. Il paraîtra cette année aux éditions Dernier Télégramme, et se présentera plus ou moins sous la forme d’un journal. Le journal d’Ernesto, âgé de 10 ans et quelques secondes ou et quelques siècles, lors de son premier voyage en Chine, en novembre 2011. Avec l’Éthique de Spinoza en poche.
Ce journal, poème, récit, commence le 0 novembre 2011, et s’arrête le 35 novembre 2011. À partir du 9 novembre 2011, la fin de l’année 2014 et le début de l’année 2015 et les jours qui suivent s’invitent dans le journal, poème, récit...
Il y a un blog, où l’on peut lire l’ensemble des textes du chantier en cours en leur état d’avancement, dont une présentation,ici.
Il y a des revues (Aka n°1 & n°4, Chimères n°81, La tête et les cornes, Multitudes n°57, Nioques n°13, Pli n°3, remue Général Instin) qui ont publié certaines formes de certains de ces textes.
Il y a eu des lectures, des performances en solo, ou en duo, avec le contrebassiste Benoit Cancoin. D’autres sont à venir.
Aujourd’hui, Hors-sol, La vie manifeste, Libr-critique, et remue.net s’associent pour publier Spinoza in China | Novembre 2011 en feuilleton itinérant, d’une revue l’autre, à partir de la journée du 9 novembre 2011.


Sommaire du feuilleton :
- Spinoza in China, 9 novembre 2011
- Spinoza in China, 10 novembre 2011
- Spinoza in China, 11 novembre 2011- 26 décembre 2014 (1/2)
- Spinoza in China, 11 novembre 2011-26 décembre 2014 (2/2)



SPINOZA IN CHINA | 12 NOVEMBRE 2011 | 9 FÉVRIER 2015


• 12 novembre 2011 • Ce jour-là → est visible sur le visage d’Ernesto → le visage de son cousin Ki faisant quelques longueurs allers et quelques longueurs retours dans l’un des couloirs du grand bassin de la piscine municipale Hébert, sise 2 rue des fillettes dans le 18ème arrondissement, à Paris. Son cousin Ki → se demandant si le nom donné à la piscine fut décidé dans un soucis de rendre hommage à Jacques-René Hébert, né à Alençon le 15 novembre 1757 et guillotiné à Paris le 24 mars 1794 après avoir été rédacteur du journal Le Père Duchesne dont il fit paraître 385 numéros de septembre 1790 jusqu’à onze jours avant sa mort – chacun des numéros commençant invariablement par ces simples mots : Je suis le véritable Père Duchesne, foutre ! → ou bien → si le nom donné à la piscine fut décidé dans un soucis de rendre hommage à Alexandre Hébert, né le 4 mars 1921 à Alvimare et mort le 16 janvier 2010 à Rezé après avoir été militant syndicaliste et secrétaire de l’union départementale CGT-Force ouvrière de la Loire-Atlantique, depuis sa création, en 1948, jusqu’en 1992 → en tout cas → ce jour-là → 12 novembre 2011 → est visible sur le visage d’Ernesto le visage de son cousin, Ki, qui, lors d’un aller ou lors d’un retour dans l’un des couloirs du grand bassin de la piscine Hébert et par quelle association d’idée – il faudrait lui demander – pense à cette carte postale gratuite – ci-dessus –, travail de Roberto Martinez titré Principe de réalité n°23 : … cet après-midi, piscine, édité en octobre 2005 par Zédélé éditions, http://www.editions-zedele.net/ dans la revue Rien – 47ème publication de cette revue – à Brest, sous l’issn 1299-8168. La phrase cet après-midi, piscine est extraite du journal de Franz Kafka à la date du 2 août 1914. L’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. – Cet après-midi, piscine.


• 9 février 2015 • Faisant une recherche rapide sur Internet à propos de Jacques-René Hébert et du Père Duchesnes, dont je connaissais l’existence par le livre La Grande Ronde du Père Duchesne rue Saint-Antoine de Jean-François Vilar, j’apprends sa mort. J’apprends la mort de Jean-François Vilar. Il y a à peine 3 mois, le 16 novembre 2014.

• 9 février 2015 • C’est avec le premier roman de Jean-François Vilar que je découvre le travail de Marcel Duchamp. C’est avec ses livres que pour la première fois peut-être j’éprouve la possibilité d’une justesse et d’une adéquation entre une vie politique – trotskyste, pour lui – et une production artistique – littéraire. Il fait paraître une dizaine de livres entre 1982 et 1997 puis il cesse de publier.

• 9 février 2015 • En mai 2011, devant l’opéra Bastille, à Paris, quelques centaines de personnes occupent la place pendant quelques jours. Une après-midi, il y a du soleil, et un homme est là dont le visage me fait penser à lui. Je ne connais de son visage que quelques photos, anciennes. Si cet homme est Jean-François Vilar ? Il est là.

• 9 février 2015 • À ma connaissance entre 1997 et le jour de sa mort le 16 novembre 2014, donc, il n’a fait paraître qu’un seul article, dans Mediapart, à la suite de la publication du livre de Richard Millet, Langue fantôme suivi d’Éloge littéraire d’Anders Breivik. Les derniers mots de l’article sont les suivants : l’alternative reste donc d’une élémentaire simplicité : là où nous sommes, là où une quelconque forme de fascisme sévit : c’est eux ou nous !

• 9 février 2015 • Souvent, pensant à Jean-François Vilar je me disais que la seule nouvelle que je recevrais un jour le concernant serait l’annonce de sa mort. J’écrivais son nom, parfois, dans la case ad hoc d’un moteur de recherche. Aucune nouvelle. Bonne nouvelle. Il vivait encore. Aujourd’hui en écrivant Jean-François Vilar + Père Duchesnes dans la case du moteur de recherche je n’y pensais pas. À sa mort. Là voilà. C’est en haut de la page. Premier résultat : un article de Mediapart datant du 22 décembre 2014. L’émotion joyeuse à lire son nom associé à quelques nouvelles récentes est vite assombrie. Jean-François Vilar est décédé le 16 novembre à Paris, à l’âge de 67 ans.

• 9 février 2015 • D’ailleurs, c’est toujours les autres qui meurent. C’est une phrase de Marcel Duchamp. On peut la lire sur sa tombe, à Rouen. On peut la lire aussi en exergue du premier roman de Jean-François Vilar, auquel elle donne le titre, en 1982. Le dernier livre de Jean-François Vilar, Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués est publié en 1993. Le titre est inspiré d’une phrase extraite d’une lettre écrite – en 1940 ? – par Natalia Sedova – compagne de Léon Trotsky – à Victor Serge, lors de leur exil au Mexique. Nous cheminons dans le petit jardin tropical de Coyoacán entouré de fantômes aux fronts troués.


• 9 février 2015 • À la mémoire de. C’est la première fois que je ressens la nécessité d’écrire À la mémoire de. À la mémoire de Jean-François Vilar, donc. Qu’elle nous soit vive me dis-je.

• 9 février 2015 • Cet après-midi ? Cet après-midi je lis la dernière page du journal de Franz Kafka. Plus que la consolation est : toi aussi tu as des armes.

Marc Perrin

3 avril 2015