Mosaïques

Septembre nous entraîne déjà vers sa fin et nous voilà venant vous seriner à quel point août, en 2014, fut un beau mois, sur remue.net, mois d’écrits multiples, où l’été n’étouffa nulle voix, ne décolora nulle teinte, qu’elle soit critique, poétique, playlistique
Le web, et ce site, sont un travail de sédimentation au-delà des flux et de l’instant : ce qui semble passer y reste, et ne dédaignons pas d’y revenir.


En août, sur remue.net, il y a eu :


Un journal


Pas de vacance, en Grèce, pour Marie Cosnay et Myrto Gondicas, qui parcourent Athènes et y écrivent à quatre mains un journal commun d’Athènes dont nous publions des extraits, à vif :


« Le soir, rencontre avec J. A., archéologue et correctrice dans des maisons d’édition spécialisées (ici, tout le monde a au minimum deux métiers). Elle nous parle de son affection pour les oiseaux, pas des espèces particulièrement rares, non, tous ces « habitants » d’Athènes qu’elle présente comme ses voisins et qu’il convient seulement de chercher à voir, toutes les fois qu’on peut, en levant la tête — inversion d’un regard scrutateur du sous-sol ?

Au deuxième café (après un tour de promenade), elle se confie davantage, ou autrement. Les Grecs n’aiment rien, ni leur environnement (qu’ils massacrent), ni leurs enfants (puisqu’ils leur laisseront cette poubelle)… et de se demander si cette « colère » vient du souvenir de la guerre et de l’Occupation, ou de plus loin. »


Des chansons


Dans les trains on quitte toujours
quelque chose de trop
ou quelque chose qui va manquer.


La série playlist, c’est Isabelle Bonat-Luciani qui gratte, glisse et prend le micro, pour une série de tracks, poèmes de musique sans musique additionnelle, évocation du pouvoir d’élan et de mélancolie qu’ont sur nous les chansons pop –rock – faites défiler le jukebox à rebours, ça fonctionne aussi : Track 11 : Bonus Track ; Track 10 : Barbara Carlotti ; Track 9 : Nick Cave ; Track 8 : David McWilliams ; Track 7 : Arthur H ; Track 6 : Daniel Darc ; Track 5 : Alain Bashung ; Track 4 : Noir Désir ; Track 3 : Hubert Félix Thiefaine ; Track 2 : Barbara ; Track 1 : Les Rita Mitsouko.

Et encore des chansons

Plusieurs mois durant, Fabienne Swiatly a offert au site un extrait de chanson, chaque lundi (avant de poursuivre par un don hebdomadaire d’incipit, depuis la rentrée 2014), les deux ultimes chansons de sa série : photos souvenirs d’après William Sheller, et enfin ce très beau chant socialiste, la jeune garde :


Quelles que soient vos livrées,

Tendez-vous la main prolétaires.

Si vous fraternisez,

Vous serez maîtres de la terre.


Des livres

Jacques Josse a lu pour nous : de Maurice Dullaert : L’affaire Verlaine (éditions Obsidiane), et L’établi, revue paru aux éditions Traumfabrik.

Guénaël Boutouillet a lu Une vie à soi, de Laurence Tardieu, chez Flammarion ; et Selon Vincent de Christian Garcin, dont nous est également donné lire ce bel échange avec Elodie Karaki, intitulé Le renard et le hérisson :

« Quand j’étais enfant, j’avais une chambre petite, sans fenêtres, fermée, qui était un véritable terrier dans quoi je me sentais très bien. Il y a peut-être cela aussi. En tout cas, ce double-appel à la fois du retrait, de l’isolement, du confinement et puis de l’avancée, d’être un corps qui avance dans une immensité, ces deux choses-là me constituent à part égale et je pense que cela se retrouve dans ce que j’écris. »


Enfin, Pascal Gibourg, lui, a lu Tristesse de la Terre de Eric Vuillard, dont il explique :



« Le langage ne fait pas que nous sauver du rien dans lequel menace de disparaître nos vies, il est ce qu’il nous faut sauver des destructions quotidiennes dont cet été 2014 renouvelle les horreurs. Mais les deux opérations sont sans doute inséparables. Sauver le monde et sauver l’humanité, n’est-ce pas la tâche démesurée qui incombe à la littérature ? Le paradoxe dans lequel on demeure est qu’on peut tout à fait décider d’écraser une mouche et saluer l’écrivain qui décrira son agonie. Et le tragique réside aussi dans cette hésitation ou ce balancement, dans l’impossibilité de simplifier la donnée de l’existence. Tristesse de la terre est une façon de nommer cette condition (et puis c’est vrai que La Condition humaine était déjà pris). »


Des résidences


Les activités et créations des auteurs en résidence Île-de-France, relayées par remue.net depuis plusieurs années maintenant, sont résumées dans les lettres d’information dédiées (accès par la dernière, et possibilité d’abonnement). En août, entre autres, nous avons diffusé les traces filmées de la résidence de Maylis de Kerangal au sein du Master de création littéraire de l’université Paris 8, mais également des textes inédits de Véronique Pittolo, Hélène Frédérick, Elisabeth Jacquet, Olivier Steiner ou Virginie Poitrasson.


Et les échos des résidences, après-coup, surgissent encore sous de nouvelles formes : écoutez la performance guitare-voix de Jocelyn Bonnerave, suite de ce qu’il écrivit au Museum en 2011.

Un puzzle


C’est à Camille de Toledo qu’on laisse le mot de la fin, qui a repris fin août la publication de ses importants Fragments d’un puzzle, par la publication d’une conférence où il explicite ce qu’est pour lui L’Entre-des-Langues :



« L’entre-des-langues est une hypothèse de travail. Une hypothèse qui postule qu’il n’y a qu’une seule langue-monde. Cette langue-monde, c’est la traduction. La traduction est une langue sans mot, sans verbe, sans adjectif. C’est une pratique et un art – je parle de la traduction humaine – qui naît de la tension entre deux contextes intraduisibles, irréductibles à un sens, deux contextes, deux différences, ancrés dans les mots. La traduction est donc une langue à la fois une et multiple. »


Bon dernier jour de septembre, qu’octobre vous soit aussi multiple et coloré que ces quelques rémanences du mois d’août sur remue.

30 septembre 2014
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