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Gaël Aymon | Restitution (en grande pompe) des ateliers

RESTITUTION (EN GRANDE POMPE) DES ATELIERS

Lorsqu’on me dit qu’animer des ateliers d’écriture doit être enrichissant, j’ai tendance à répondre que le but n’est pas que ces séances m’enrichissent mais plutôt qu’elles soient enrichissantes pour leurs participants, ados ou enfants. Il faudra donner plus que recevoir, sans garantie de s’en sentir gratifié ni d’être remercié. C’est pour cela, et parce que ces activités sont aussi chronophages qu’énergivores, que je refuse la plupart du temps de m’y consacrer. L’altruisme et la transmission sont davantage des compétences d’enseignants, quand l’écriture et l’expression artistique procèdent d’une nécessité de départ bien plus égoïste.

Alors, quel bilan tirer de ces deux fois neuf séances (!) d’ateliers d’écriture avec les 1ères Microtechniques de Paris Diderot et les 2des Gestion de Simone Weil à Pantin, que j’ai organisées dans le cadre de ma résidence d’écrivain avec la Région Ile-de-France à la Librairie du Parc ?

Vous n’avez pas toujours été faciles. Vous m’avez parfois même excédé, la patience n’étant pas ma meilleure alliée. Mais vous avez, pour la plupart d’entre vous, toujours joué le jeu, acceptant de vous livrer, parfois même dans une langue qui n’était pas la vôtre. Mon investissement et celui, très intense, de vos professeurs, ont été récompensés par votre enthousiasme, chaque semaine plus grand. Certaines prises de risques se sont même avérées payantes (faire écrire une nouvelle à la première personne du féminin par une classe quasi exclusivement masculine… les connaisseurs apprécieront l’effort des élèves).

Mais je ne m’attendais pas à ce que la cérémonie de restitution en grande pompe, avec les deux classes à la Librairie du Parc, me réjouisse autant. Présentation courageuse, souriante et impeccable, code couleur vestimentaire…

… mise en pages et dédicaces de vos recueils…

… vous avez été plus que parfaits !

Et celles et ceux qui ont livré un peu d’eux-mêmes dans leurs textes, ceux et celles qui ont travaillé jusqu’au dernier moment pour parfaire leurs écrits, ont mon plus grand respect.

Vos versions personnelles du mythe revisité de Barbe Bleue, et vos fragments de vie d’un, ou d’une, Dorian Gray des temps modernes sont bien au-delà de ce que j’ambitionnais de vous aider à écrire.

Pour cette fois, le travail en aura vraiment valu la peine, et aura révélé de belles âmes.

Je vous souhaite à tous et toutes de bons stages, une bonne fin d’année scolaire, et une route où vous prendrez, je l’espère, parfois le temps de vous pencher sur un livre, une feuille ou un clavier, pour y aiguiser votre personnalité.

10 avril 2018 – Gaël Aymon (Crédit photos librairie ©Émilie Hautier 2018)


EXTRAITS des trois recueils de contes et de nouvelles

Barbe Bleue 2018 ou la réflexion sur la vie

Par Alcaly, Djibril, Fanel, Keany, Inonn, Issyara, Maël, Nathan, Nassim, Sofiane, Yakim, Yannick,

1ères Microtechniques du Lycée Diderot de Paris

Comme la mort des autres fait mal lorsqu’elle vous donne conscience de la vôtre ! (…)
Mais mieux vaut une vérité qui fait mal, qu’un mensonge qui tue. (Inonn)

— L’interdit donne de la saveur, la censure du talent. (Nassim)

— L’éternité est un fardeau et non une bénédiction.
Être immortel signifie de voir mourir les êtres chers à tes yeux

D’errer jusqu’à la fin des temps… seul.

Tu deviens intérieurement mort.

Tu ne sais plus qui tu es, au final, parce que tu oublies. (Keany)

— Promesse ou interdiction, il faut apprendre à les respecter ! (Yakim)

La Belle et le Tableau – Magnifiquement Maléfique

Fragments de « Portraits de Dorian Gray » modernisés par Anouck, Jean-Louis, Joseph, Hakim, Mamadou, Mounir, Nikola, Patrice, Tony, Vanogomo,

1ères Microtechniques du Lycée Diderot de Paris

Quand le soleil se lève, un rayon de lumière me tape en plein visage avec persistance, je somnole et j’ouvre les yeux avec difficulté… Je réussis enfin à ouvrir les mes yeux et je me rends compte que je ne suis pas dans ma chambre ! Je regarde autour de moi avec angoisse, je me tourne vers une forme étrange, sous un drap blanc, et je tire d’un seul coup le drap. Je reste figée devant ce satané tableau… Ma crise de folie recommence à nouveau. Je fonds en larmes, ma vue se trouble… tout devient sombre autour de moi. Un bruit strident me monte à la tête.

A chaque fois que je ferme les yeux, j’imagine ce tableau…

A chaque fois que je m’endors, je fais ce cauchemar et j’ai peur qu’il ne devienne réalité.

Mais tout devient sombre et j’ai peur de tomber dans la folie.

Le pacte de Mamadou - Réécriture de l’histoire de Dorian Gray

Par Ziyad, Oussama, Amy, Barna, Khaled, Paula, Bassira, Emme, Sélim, Halima, Inès, Balla, Sherley, Lavanya, Saba, Rokiatou, Ilan, Sarah, Beibie,

2de Gestion du Lycée Simone Weil de Pantin

Je me réveille. Il fait nuit dans la villa. Je me demande encore ce qu’Aboubacar a vu exactement, s’il a découvert quelque chose, s’il va appeler la police. Dois-je m’enfuir ? Aller lui parler ? Le faire taire ?

Je me lève et me dirige vers sa chambre.

Je n’ai pas le choix, je dois le faire. Il a forcément découvert mon secret. Je marche tout doucement pour ne pas prendre le risque de le réveiller. Je suis devant sa porte. Je l’ouvre lentement puis la referme très vite. Mes mains tremblent, rien que d’y penser.

C’est quand même mon frère. Mais personne ne doit savoir.

Je m’approche lentement de lui et je prends une grande inspiration. Il est en train de dormir. J’approche mes mains de son cou. J’hésite beaucoup, je ne suis pas sûr de moi. Je prends mon courage à deux mains.

12 avril 2018
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