To be or not...

… je traverse Paris en métro, prends le RER C, terminus : la Gare au Théâtre, Vitry-sur-Seine.

Ici, on fabrique des objets textuels, visuels, vivants.

J’ai rendez-vous avec M. Kacel. Je l’ai rencontré à la Gare où il participe au Bocal agité où des spectacles s’inventent après qu’un auteur a écrit un texte en un temps record.

La littérature fait travailler l’imaginaire, fait s’évader, réfléchir à ce qui nous arrive, à comment cela arrive… Il y a quelques mois, nous avons échangé sur la phrase de Peter Handke, tirée de Le poids du monde : «  S’habiller pour que quelque chose de terrible m’arrive quand je suis habillé.  »

Je commence ma lecture, il ne connaît pas encore mes livres. To be or not … Je pense à Marilyn en train de se préparer. La lecture est un exercice bien particulier, signe d’échange entre celui qui lit et celui qui écoute. Le personnage n’est jamais très loin. To be or not raconte l’histoire d’une comédienne qui doit jouer le rôle de Marilyn et tente de tirer au clair des moments de sa propre vie.

La lecture à haute voix ne met pas de distance avec les mots. Je m’expose et à la fois suis touchée par cette lecture directe…

Mouloud Kacel : « c’est une introspection qui monte graduellement, sans violence, c’est un vocabulaire sur le corps, à l’écoute de son corps, une volonté de vivre sa vie malgré tout. Plus le regard s’ouvre plus elle est consciente de ses empêchements. Parfois on cantonne des gens à des rôles et on ne leur laisse pas le libre choix. Elle est héroïque et à la fois victime de son image. C’est l’histoire de toute une vie, elle se questionne, c’est une proie. Le starisme, la notoriété déshabille, détruit, est éphémère. Le regard sur les femmes est souvent très dur, lourd, il juge, ne leur permet pas toujours d’être maître d’elle-même. »

Et soudain cela le transporte il y a quelques années quand il travaillait comme technicien à Récré A2, pour le club Dorothée. Elle travaillait dix-sept heures par jour, tout le monde se reposait sur elle, elle craignait tout le temps d’être trahie, elle était à fleur de peau, exténuée, elle adorait les enfants, elle subissait les reproches, les médisances...

Mouloud Kacel : Marilyn subit les diktats des chaînes de télévision, du cinéma. Cela fait penser au crâne d’Hamlet et à cette interrogation permanente : suis-je trahie et par qui ? Elle pose entre deux scènes, boit un verre, le pose, se refait une beauté, une retouche de maquillage… S’interroge sur qui elle est vraiment… Pourquoi se farder ? En ai-je besoin ? Pour qui ?

Et nous voilà partis dans une autre discussion, aujourd’hui, les filles comment se voient-elles, comment voient-elles leur corps ? Où se situe le plaisir de se sentir bien ? C’est comme mettre un uniforme, une burqa qu’on leur impose… Comment se comportent-elles face au poids des traditions ? La littérature dramatique permet d’être en prise directe avec le monde qui nous entoure. L’imaginaire se dope de faits réels afin que le concret devienne tangible, qu’il ait son poids d’évidence et que nous puissions dépasser cette réalité écrasante…

Une histoire de discussion à tiroirs… une discussion qui nous permet de jongler. La littérature c’est ce qui permet d’exister différemment…

6 mars 2016
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