Vous parler du couronnement de la reine Elizabeth II, ou pas

C’est tout

Je pourrais vous parler de ce que j’ai ressenti au couronnement de la reine Elizabeth II vu à la télévision à l’âge de 4 ans (ce qui m’a marqué quand même), ou même de mon premier chagrin à l’âge de 12 ans à la mort de notre chienne adorée, mais je vais essayer de décrire un moment aussi fugace qu’un rêve oublié au réveil.
J’avais peut-être 2 ans, pas plus. J’étais sur la plage du Touquet avec mon oncle et sa femme, assise dans les dunes. Il y avait du soleil. Je n’aimais pas cette femme. Je me souviens de ses boutons, de sa peau grassouillette, de son rouge à lèvres, de ses cheveux décolorés, de ses lunettes de soleil aux montures épaisses et blanches.
Moi, je m’amusais à cracher et à regarder couler ma salive dans le sable, c’était drôle.
Look at her spitting in the sand… Disgusting !
C’est tout. Je crois que c’est mon premier souvenir d’enfance.

Barbara


Assiette unique

Durant mon enfance, j’ai grandi avec ma belle-mère, et elle nous a toujours sous-alimentés, en particulier au repas de midi quand mon père était absent. Elle nous donnait alors une seule assiette de nourriture, que nous devions partager entre moi-même, mes deux frères Bukenya James et Seguya David, et notre sœur Nabukera Sarah. Tandis que nous voyions nos demi-frères et demi-sœurs recevoir des pleines assiettes et il leur arrivait d’en laisser et d’en jeter.
Un jour, alors que mes frères, ma sœur et moi-même étions assis autour de notre unique assiette de nourriture, notre père fit un retour imprévu à la maison à l’heure du déjeuner et quand ma belle-mère entendit sa voiture, elle se précipita et changea vite notre assiette unique pour nous en donner une nouvelle bien remplie et à chacun d’entre nous. Elle ne voulait pas que mon père puisse découvrir qu’elle nous nourrissait si peu.
Ce fut l’un des seuls jours où je me souvienne d’avoir mangé à ma faim et m’être senti satisfait, en dehors des jours importants comme Noël et Pâques.
Plus surprenant encore, ma vraie mère se trouvait avec mon père et c’était elle qui avait demandé à nous voir.

Fred


Têtue

Dans mon enfance, j’étais plus têtue et ma mère me frappait toujours. Les week-ends, elle me ligotait et me mettait du piment aux yeux comme punition pour me redresser et je l’ai haïe durant toute mon enfance.
Mais à nos jours, je lui dois du respect et de l’amour, et j’ai compris qu’elle voulait de moi une enfant bien dans l’avenir, et je m’en sers de cela aujourd’hui pour bien construire ma vie actuelle et celle de mes enfants plus loin d’elle.
Et je la remercie à nos jours infiniment pour cette éducation qui me sert de leçon. Grâce à elle, j’ai compris beaucoup de choses dans ma vie.
Merci maman, que Dieu te bénisse, te protège. Loin des yeux, près du cœur, je t’aime maman et je t’adore. J’ai cru que tu me faisais du mal dans mon enfance, mais plutôt j’ai compris que tu me voulais du bien.
Merci maman chérie.

Anne-Lysette


Cette année-là

Mon père rentra du travail vers 19h30 ce soir-là. Sous le soleil qui illuminait la terrasse de la villa que nous occupions, il nous annonça, à la famille réunie, que le retour en France se profilait à la fin du mois, car ma mère avait trouvé une place d’institutrice sur le continent français, dans un collège à Villemonble, près de Paris, à une dizaine de kilomètres. Nous logerions au 1er étage du pavillon des grands-parents avec mes frères. Et nous ramènerions le chien berger avec nous. Mon père se lança alors dans une carrière de monteur-chauffagiste, délaissant les « macks trucks » et les pistes poussiéreuses pour la dureté physique et parfois la saleté de la pose des radiateurs.
Moi et mes deux frères, nous ne bronchions pas, pas d’enthousiasme ni de détresse, pour quitter Inezgane, ses habitants coopératifs, avec surtout la visite du bey, toujours cordial, pour les Français installés dans sa ville, avec ses deux gros chiens qui aimaient gambader avec notre « mack », notre berger mastoc et dégoulinant d’amour.
La soirée se termina par une promenade en famille. La préparation des bagages du retour commença le lendemain. Nous y participâmes mes frères et moi. Le départ arriva vite. L’excitation montait à mesure de l’approche de la date fatidique.
L’arrivée à Paris fut froide et diversement commentée.
Une semaine après, en 1960, le tremblement de terre emportait Agadir et sa région, avec notre ex-ville ensevelie et cruellement meurtrie, avec son lot de morts et blessés, et ses camps de tentes proposées aux sinistrés.
Beaucoup de nos anciens voisins avaient péri et disparu. Quel décalage ! La chance avait joué, cette année-là, de notre côté…

Dominique


À la recherche des grillons

Un dimanche matin, après avoir joué au football, on s’est décidé avec les amis pour aller dans la vallée rechercher les grillons.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Chacun de nous s’apprête avec son instrument de travail, une houe, une machette ou une bêche.
L’effectif du groupe était de 8 braves petits garçons dont j’étais le meneur de groupe, chacun avec son outillage sur l’épaule, entonnant une chanson. Au début, la chasse était fructueuse. Alors à un moment donné, étant le chef de groupe, j’ai décidé qu’on allait arrêter pour regagner la maison.
En voyant que son butin était médiocre, il s’opposa à mon initiative. Après un blâme des collègues, il s’excusa et demanda qu’on lui accorde une dernière chance. Tous sont d’accord.
Très soucieux et très joyeux en creusant son trou, la gentillesse, la joie et l’espérance se sont tournés en détresse : avec mille espoirs d’avoir un grillon, c’est un serpent tout noir qui est sorti du trou. Sauve qui peut ! Et on s’est tous dispersés chacun de son côté.
On se rencontra de nouveau à la maison, soulagés.

Pierre


C’était vrai

Un jour, quand j’étais petit au moment des faits, j’avais un ami qui s’appelait Clifford, à l’époque, nous avions tous les deux 14 ans. C’est un Noir américain et son papa était un grand mécanicien qui travaillait pour le gouvernement de mon pays.
À l’époque, j’avais une chienne qui avait accouché de 6 bébés chiens. Comme c’était mon ami, il m’a demandé de lui donner deux chiens et je lui ai donné deux bébés chiens à l’époque.
Son père avait une grande plantation comme le mien aussi au pays. À l’époque, les deux chiens que je lui ai donnés sont devenus des chiens de garde pour la maison et leur plantation.
Chaque dimanche, on faisait du vélo dans la brousse et parmi les petits villages pour saluer des amis. Un jour, en se promenant avec lui et ses deux chiens dans la brousse et aux alentours de leur plantation, les chiens ont aperçu un groupe de singes et ils les ont poursuivis.
Moi et mon ami Clifford, on attendait au bord de la route qu’ils nous rejoignent.
Mais à un moment, j’ai entendu les aboiements d’un chien et pas de l’autre chien. Un seul chien nous a rejoints en aboyant.
J’ai dit à mon ami : Il y a quelque chose qui ne va pas !
On a commencé à chercher le chien qui manquait, mais rien.
Nous sommes partis en nous disant qu’il reviendrait à la maison mais l’après-midi, on n’a pas vu le chien revenir.
Vers 16 heures, nous avons alors décidé d’aller rechercher le chien sur le même lieu. Cette fois-ci, nous étions au nombre de 4. Nous avons commencé la recherche dans la brousse. Et à notre grande surprise, l’autre chien qui était avec nous a commencé à aboyer.
Nous nous sommes dirigés vers lui pour voir ce qui se passait. Et alors, on a vu un grand python qui ne pouvait pas bouger : son ventre était gros comme une boule.
C’était un serpent géant qui avait tué le chien et l’avait avalé en même temps. Mais il ne pouvait pas bouger. Alors on a demandé de l’aide au village et un chasseur est venu avec son fusil et il l’a abattu.
On a ouvert son ventre et dedans, on a vu le corps du chien. C’était vrai.
Après avoir tué le python, il n’était plus venimeux, et on a creusé deux trous pour enterrer le python et le chien.

David


C’était il y a des années

Je sortais du métro Franklin-Roosevelt. J’étais dans un drôle d’état – pas encore maquillée, mal habillée et un peu en retard. J’allais me préparer pour la nuit comme d’habitude, aux vestiaires d’une galerie commerciale en face.
Il y avait un homme qui se tenait devant la boutique Yves Saint Laurent, à l’entrée de la galerie, et qui me souriait.
Il portait un trench-coat élégant, des lunettes aux montures noires et il tenait en laisse trois ou quatre petits chiens blancs.
Je crois bien qu’il m’a dit bonjour, mais j’étais trop impressionnée d’avoir vu ce grand monsieur qui ne se montrait que rarement en public.
Et j’ai fui.

Barbara


Extraits de l’atelier du 14 mai 2012.

© Tous droits réservés pour les textes.

10 juillet 2012
T T+