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Rencontre avec Danielle Fournier

Soirée enregistrée le 4 décembre 2012 à la Mairie du 2e arrondissement, Paris.




« Bienvenue à Mirabelle ! » (à entendre avec le bel accent) : c’est ainsi que je débarquais à chaque fois de New York City, environ tous les quinze jours. C’était en 1985-1986. Et vous ne pouvez pas savoir combien cette respiration de la langue m’était nécessaire : il y suffisait d’un charter People express de JFK qu’on payait dans l’avion même (45 $, je crois) pour quitter l’agitation hectic de NYC où mes amis de Montréal n’allaient pas, préférant la West Coast, la Floride ou le Mexique…

Je circulais donc une première fois entre Montréal & New York. C’était en 1985. Pourquoi étais-je je venu là ? Ah ! Ce serait si long à dire : quelque chose (kekchose, si vous préférez) qui ne s’osait pas icitte : un subtil mélange (nous ne dirons pas métissage, n’est-ce pas ?) d’espaces qui soudainement inventait une poésie inouïe : la légende toujours neuve du territoire nord-américain, la mémoire d’une langue ancestrale, la beauté d’un combat ne se refusant rien. Cela faisait beaucoup, sans parler de Gaston Miron qui était venu à un de mes concerts à Paris. Sur Miron, une anecdote parmi d’autres, belle : il arrive, fatigué, une nuit du vol de Paris, comme je le retrouve à Montréal et il ne songe à autre chose qu’à me donner rendez-vous à 8 heures du matin (nous sommes en septembre) avec Pierre-Yves Pépin, camionnette et pirogue pour aller au lac Saint-Jean : « Tu comprends, me dit-il on the road tout admirant les érables d’automne, pourquoi je fais feu de toutes de toutes mes métaphores ! » J’étais hébergé, à ce moment-là, chez Denise Boucher & Miron passait tous les soirs ; il m’arrivait aussi de rencontrer Lucien Francoeur en Porsche, carré Saint-Louis, au café Cherrier (existe-t-il encore ?) - une vague imitation du Select, Bd Montparnasse – qui me faisait écouter le dernier Lou Reed.

Je ne saurais non plus oublier la rue Joyce (Outremont), par exemple, avec cette jeune fille qui regardant une présentatrice à la TV s’extasie : « Ouah ! Elle a les jambes shinés ! » (avec le bel accent). Cette capacité magnifique de québéciser les mots…

Nous parlerons donc du Québec d’aujourd’hui, de sa poésie active, de son combat linguistique et politique en compagnie de Danielle Fournier : nous entendrons surtout ses textes, marqués d’un silence intérieur paradoxalement verbalisé.

Olivier Apert.


Danielle Fournier a publié plus d’une douzaine de livres au Québec et en France dont Poèmes perdus en Hongrie (VLB éditeur), prix Alain-Grandbois de l’Académie des lettres du Québec et finaliste au Grand Prix de poésie de Trois-Rivières ; Il n’y a rien d’intact dans ma chair (l’Hexagone), finaliste au Prix du Gouverneur général ; des récits dont Le chant unifié (Leméac). Elle a codirigé l’anthologie Lignes de métro (VLB éditeur), un numéro de la revue Jour de marché (printemps 2006) qui réunissait des écrivains québécois et français ainsi qu’un numéro de la revue L’arbre à parole (Belgique), Rêver Québec (été 2008), réunissant des écrivains belges, français et québécois. Elle a participé à de nombreux ouvrages et anthologies de poésie et à plusieurs événements littéraires. Elle a publié Je reconnais la patience de l’arbre aux éditions Tarabuste (France 2008) et Effleurés de lumière (l’Hexagone), Prix du Gouverneur Général 2010 et finaliste au Grand Prix Québecor de la poésie. Iris, écrit en collaboration avec Luce Guilbaud, poète française vivant en Vendée, vient d’être publié aux éditions de l’Hexagone.

Elle collabore à diverses revues, comme poète et comme critique, tant au Québec qu’à l’étranger, où elle est d’ailleurs invitée à présenter son travail d’écrivaine et à y enseigner la littérature québécoise. Elle est aussi directrice littéraire des éditions de l’Hexagone.

16 décembre 2012
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