Bouclé !

COuverture conçue par le collectif Biceps. Photo : William Gaye {GIF}

Point (surtout pas final) d’une belle aventure, où m’a rejoint une équipe d’artistes, architectes, dramaturges, photographes, paysagistes, graphistes, presque tous résidents de cette « fabrique de culture ». Ensemble, nous avons exploré par l’écriture, la fiction, la photographie, le dessin, une ville chargée d’histoire en pleine transformation et s’est prise au jeu. Le résultat mêle reportages, poésie, fiction historique et policière sur le mythe de Saint-Denis dans un ouvrage de 112 pages largement aéré par l’image et l’invention graphique du collectif Biceps.

En avant-première, je vous livre l’édito !

Le 6B est à la fois île et paquebot.

De mon bureau nid d’aigle au sixième étage, j’ai vue sur la Seine et l’île Saint-Denis, et au delà, sur la tour Eiffel. Dans l’autre aile, j’aurais eu prise directe sur le canal et la Briche, autre antre de culture, elle-même bordée par le Croult, cette rivière fantôme devenue égout.

Nous, contributeurs de l’objet que vous tenez entre les mains, auteurs, dessinateurs, photographes, paysagistes, graphistes, sommes, pour la plupart, résidents au 6B.
Résider, c’est passer du temps quelque part, ou ne faire que passer. Contrairement à l’habitation qui vous pose, la résidence annonce l’étranger, voyageur avec ou sans bagages, celui qui n’est pas d’ici mais jette l’ancre.

En ce sens, Saint Denis, éternellement hospitalière à l’étranger, est terre de résidence, même quand celle-ci s’ancre pour une vie.

J’avais inauguré la mienne en achetant un vélo d’occasion, couleur lilas métallisé, pour effectuer le trajet qui relie la Porte de la Villette et longe le canal jusqu’à la gare RER de Saint-Denis à quelques encâblures du 6B. Le petit pan de Maison jaune salue mon arrivée.

Maison jaune © Romuald Urbaniak {GIF}
Initiation cycliste pour appréhender la géographie d’une ville restée opaque malgré des visites répétées dans différents quartiers dont les relations me semblaient un mystère. J’ai quelques raisons de soupçonner qu’elles le sont aussi même pour ceux qui cumulent des années de vie dionysienne. Quand on vit à la Plaine, est-on « vraiment » de St-Denis ? Comment, depuis le Fort de l’Est, rejoint-on l’Île-Saint-Denis ? Autant de questions qui ne font pas seulement vaciller mon sens de l’orientation défaillant, mais doivent se poser, régulièrement à ceux qui s’approvisionnent, s’adressent à une administration, vont à l’hôpital, ou à l’école en longeant l’autoroute... ou cherchent le transport adéquat pour passer d’un ilot à un autre.

J’ai perçu ce territoire comme un archipel, et cette intuition m’a été confirmée par ceux qui y vivent, ancrés ou passants.

Élucider des géographies et des fragments d’histoire. L’étiquette « artiste » accolée au mot résident fait de nous de bienveillants vampires puisant l’inspiration dans le passé comme le devenir d’un territoire hanté. Quittant le paquebot, nous nous sommes faits arpenteurs de deux villes, détectives amateurs, révélateurs ou créateurs de mystères, d’observations ou de nouvelles fictions dans la ville.
Nous avons interpellé ses vivants et réveillé ses fantômes (dont celui, fondateur, auquel elle doit son nom !)

Là où des murs invisibles séparent ceux qui habitent, comme ceux qui ne font que passer, nos avons tenté de frayer des sentes et bâtir des passerelles.

Des passeurs nous y ont aidé : à Saint-Denis et l’Ile-Saint-Denis, ils sont foison, porteurs d’histoires, acteurs du présent et du futur, cultivant l’art de la relation dans tous les domaines : artistique, urbanistique, politique, économique, social, environnemental... Qu’ils en soient remerciés

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Couverture : Direction artistique Biceps, photo William Gaye.
La Maison jaune, photo Romuald Urbaniak.

19 mars 2015
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