Detroit (Michigan) au lycée Paul-Valéry (Paris XII)

Pour ce projet de résidence, Quentin Schoëvaërt-Brossault de la librairie Atout livre et moi-même souhaitions proposer aux élèves scolarisés à proximité de la librairie quelque chose, atelier d’écriture ou non, en relation avec le travail en cours. Nous prîmes donc contact avec Farida Pariolleau, principale adjointe de la cité scolaire Paul-Valéry (Boulevard Soult, Paris 12e), qui organisa en quelques jours une réunion avec les enseignants susceptibles d’être intéressés.
Rapidement, l’idée émergea de faire travailler les élèves des secondes 7 et 8 sur la ville de Detroit, à la fois en français, SES et histoire-géographie. Les textes qui suivent ont été écrits par les élèves de 2nde 7 sur une proposition de Nathalie le Menn, leur professeure de français, qui les a ensuite recueillis et mis en forme — et je la remercie chaleureusement pour le rôle essentiel qu’elle a joué dans cette aventure. Merci également à Farida Pariolleau, ainsi qu’aux autres professeurs sans lesquels ce projet n’aurait pu aboutir : Marie-Laure Molina (SES), Blandine Kolago-Niffoi (histoire-géographie), Sylvie Champion (SES), Bérangère Frère (histoire-géographie), Attia Zrane (SES) et (Claire Vadel (français).
Marianne Rubinstein
PS : les lycéens sont venus lire leurs textes à la librairie le 31 mai. Vidéo à suivre...

Textes des élèves de 2de 7, présentés par Nathalie Le Menn

Marianne Rubinstein, écrivain de romans, de textes autobiographiques et professeur d’économie en résidence d’écriture à la librairie Atout Livre (avenue Daumesnil dans le 12e) est venue proposer une collaboration avec le lycée Paul-Valéry pour l’année 2016 autour de la ville de Detroit.
Elle a passé plus d’un mois dans cette ville des Etats-Unis emblématique du fordisme et de la crise des subprimes dans le cadre d’une mission Stendhal de l’Institut français et a formé le projet d’écrire l’économie de manière incarnée.
Dans ce contexte, elle propose de partager son expérience avec les élèves, de leur donner des repères et d’accompagner leur travail de recherches et d’écriture.
Les professeurs de sciences économiques et sociales, d’histoire-géographie et de français des classes de 2nde 7 et 8 se sont concertés pour élaborer le projet avec l’auteur.
Après des recherches et un travail en lien avec les programmes en sciences économiques et sociales et géographie, la lecture de quelques extraits de romans, les élèves de 2nde 7 ont commencé à écrire des récits en se mettant dans la peau de personnages fictifs mais inspirés de la réalité. Des histoires qui reflètent la variété des classes sociales et des époques.

Remerciements
Évidemment, les premiers remerciements vont à Marianne Rubinstein pour son enthousiasme et sa présence bienveillante qui ont permis de réaliser ce beau projet.
Les élèves et leurs professeurs (Blandine Kolago-Niffo en histoire-géographie, Nathalie Le Menn en français, Sylvie Champion et Marie-Laure Molina en SES) remercient aussi la librairie Atout livre et en particulier Quentin Schoëvaërt-Brossault qui a mis l’auteur en relation avec le lycée, Farida Pariolleau, principale adjointe du collège qui a permis de faire le lien entre les bonnes volontés. Nous remercions aussi l’ensemble des personnes de la Cité scolaire qui ont rendu possible une aventure commune de connaissances et d’écriture.


Je m’appelle Carla, j’ai seize ans et j’habite à Downtown dans le centre de Detroit.
Je suis arrivée à Detroit en 2012. Avant, je vivais à Paris avec ma mère et mon père. Je suis une fille unique et je ne vais pas vous mentir, je préfère largement ma vie d’avant. Lorsque mes parents m’ont annoncé notre départ, je ne savais pas à quoi m’attendre.
J’avais douze ans lorsque nous sommes arrivés à Detroit, j’étais choquée. J’entendais souvent les gens dire que Detroit était une ville fantôme mais je ne comprenais pas ce que cela voulait dire. Dès que nous nous sommes installés, j’ai très vite compris. Parfois, je me balade dans la ville sans croiser personne. Au début, le changement était très difficile pour moi qui venait de Paris ; j’ai toujours eu l’habitude de voir du monde dans les rues jusqu’à parfois ne pas pouvoir avancer.
J’étais aussi très surprise du racisme dans cette ville. Il y avait des quartiers pour les Noirs et des quartiers pour les Blancs. Les deux ne se mélangeaient pas. C’était quelque chose que je ne comprenais pas car, pour moi, la couleur de peau de quelqu’un ne signifie rien. A Paris j’avais des amis de toutes les origines et ça ne posait aucun problème entre nous.
Detroit est aussi réputée pour le trafic de drogue et les règlements de compte. Je pense qu’à Paris aussi il devait y en avoir mais j’étais jeune quand j’ai quitté mon pays et son climat de criminalité. Je ne savais pas exactement ce que c’était. Et puis il faut dire que ce n’est pas le genre de choses qui m’intéresse.
Ça ne fait que quatre ans que je vis ici et, quand même, je vois que la ville évolue petit à petit, même si l’évolution est très lente. Pour ma part, même si la ville évolue, je suis une fille de Paris et de nulle part ailleurs. J’adore voyager mais j’aime ma ville de base et c’est là-bas que je veux vivre. Même si la vie à Detroit n’est pas horrible j’attends mes dix-huit ans pour rentrer en France.

Aïcha Abaham


Je m’appelle John. J’ai 27 ans. Je suis né à Manchester. J’habite maintenant à Detroit, dans le centre de la ville... ou plutôt ce qu’il en reste. Je suis arrivé là en 2009, un peu après le début de la crise des subprimes, pour rejoindre ma tante et l’aider dans sa boucherie. Maintenant, ma tante est morte, la boucherie, vendue, à cause des dettes que nous avions. De toutes façons, la ville se vide petit à petit, et je ne peux rien y faire. Bientôt, ce sera un village... et certains quartiers seront inhabités, car insalubres, faute de subventions de l’État.
Je vais vous dire ce que je sais sur cette ville. Ma ville. Il y a environ 65% de Detroit qui est inhabité. C’est beaucoup. La splendeur passée de Detroit est... à l’abandon. Les trois grandes compagnies ont abandonné leurs locaux. Les jeunes les "visitent" illégalement pour s’amuser à se faire peur. Ils feraient mieux d’aider à la renaissance de notre ville. Qui a déjà commencé, d’ailleurs... malgré son appellation de "ville fantôme". Des habitants développent des fermes et des potagers urbains, d’autres créent des associations, participent à des initiatives citoyennes... D’autres la font revivre par le biais des Arts (musique, street art...). Mais la baisse d’habitants dans ma ville est surtout due aux banques qui ne laissent pas assez de temps pour rembourser les emprunts et y ajoutent trop d’intérêts et aux dirigeants de cette ville qui ne donnent plus d’argent pour certains quartiers. Depuis 2000, il y a au moins 250000 habitants de moins. Les maisons sont à l’abandon et il y a des petits imbéciles qui s’amusent à incendier les maisons vides. C’est dangereux pour les voisins, même s’il n’y en a parfois pas. La ville est aussi dangereuse à cause de ses crimes. Par exemple, en 2012, il y a eu 379 meurtres. Et en plus, la police met presque une heure pour arriver sur les lieux du crime. La moyenne de temps pour qu’elle arrive aux USA est de onze minutes. Il n’y a pas beaucoup de transports non plus. Des lignes de bus ont été supprimées, à peu près un tiers des ambulances fonctionnent et environ 60% des lampadaires éclairent les rues. Autrement dit, ce n’est pas l’endroit rêvé pour vivre.
Néanmoins, les maisons ne coûtent pas très cher, peut être 5000$, quelque chose comme ça. J’en ai acheté une il y a deux ans, quand ma tante est morte, en fait. Des petits voyous la squattaient quand je suis arrivé. J’ai sorti mon fusil pour leur faire peur. Ils ont décampé aussitôt. Après, j’ai dû la remettre en état. Je n’allais pas vivre dans une maison avec le toit à demi défoncé non plus ! Quand je m’y suis installé, la première difficulté a été de trouver un supermarché, pour faire mes courses. Ça a été dur à trouver, mais je l’ai fait. Le Super Value est à côté du Central Business District. Je dois y aller en voiture. En plus, l’essence coûte cher, très cher. Je n’ai pas un emploi bien rémunéré non plus. Je suis homme de ménage dans le bâtiment du CBD. C’est fatigant, parce que c’est grand. En plus, il n’y a pas beaucoup de personnes qui y travaillent. En gros, ça ne sert à rien de construire un bâtiment aussi gros pour ne rien y faire.
J’aimerais changer de métier. Mais je ne le peux pas. Je n’ai pas eu le choix, il n’y a plus beaucoup d’emplois à Detroit. Peut être devrais-je tenter ma chance au Canada ? En plus, ce n’est pas très loin et il y a du travail, au moins... C’est décidé ! Je vais essayer d’aller là bas, d’abord pour travailler, et ensuite, si j’arrive à avoir une bonne situation financière, peut-être y habiter... Pour l’instant, je vais poster mes CV pour postuler à un emploi. N’importe lequel, pourvu que ce soit mieux payé qu’homme de ménage. Je suis arrivé au CBD. Je vais descendre du métro aérien et j’irai ensuite travailler, pendant quelques heures, puis je rentrerai chez moi, home, sweet home, comme on dit. J’essayerai de rentrer avant la nuit, pour ne pas tomber sur un de ces tueurs au couteau qui peuplent Detroit à la nuit tombée.
J’ai fini ma journée. C’était éreintant. Demain, c’est dimanche, mon jour de congé. Je vais en profiter pour voir les offres d’emploi au Canada.
J’ai trouvé un poste d’éboueur. C’est bien payé. On verra ce que me réserve ma vie future. Pour l’instant, je crois que je vais déménager là-bas, vu le montant du salaire d’éboueur : 4895$CA par mois. Une maison coûte environ 15000$CA et j’ai des économies ainsi qu’une possibilité de prêt par la banque. Je dois juste traverser le pont qui relie le Michigan au Canada, et payer un doit de passage. Je crois que ça coûte 10 ou 15 dollars. Je commence demain. Dans une semaine, j’irai voir si je peux acheter une maison pas trop chère et bien placée.

Eva Auger


J’ai quitté la banlieue de Manhattan pour venir travailler dans le centre ville. Je viens d’être embauché dans une start-up, qui travaille sur la domotique. Je constate qu’autour de moi il y a en majorité des populations noires. Je vis dans un quartier typiquement afro-américain. En arrivant dans le centre ville, j’ai été extrêmement surpris et impuissant face à la discrimination raciale. J’ai pris conscience de la chance que j’avais d’avoir eu un travail facilement et haut placé. Faut dire qu’ici quand on est noir, les seuls métiers accessibles, malheureusement, sont les métiers dans le bas de l’échelle : agents ménagers, vendeurs etc.
Je suis révolté face à tout cela. J’habite pas loin du downtown de Detroit donc je suis amené à les côtoyer tous les jours.
Je m’appelle Alex Carter et la start-up pour laquelle je travaille est au cœur du CBD. J’ai 27 ans et j’ai étudié à l’université de Yale. Je suis quelqu’un de très passionné par mon métier. J’ai grandi avec mes parents et mes deux sœurs dans la tendre et chic banlieue de Manhattan. Mes parents ont toujours fait passer les études avant toute chose et je suis l’aîné, je me devais de réussir. Mes deux parents sont médecins. J’ai grandi dans un univers assez aisé mais je me suis jamais comme mes parents voulaient que je me comporte. Je suis humble et ne méprise pas les gens.
En venant à Detroit , je connaissais le vécu et l’histoire de Detroit. C’est ce qui m’a incité à venir ici. Toute l’Amérique connaît le mauvais côté de Detroit. Je voulais savoir ce qu’est vraiment Detroit et qui sont ses habitants. Le paradoxe dans cela, c’est le fait qu’il y ait des maisons abandonnées ici à cause de la crise des Subprimes et que l’État a abandonné certains quartiers où il n’y a quasiment plus de services publics.
En arrivant ici, j’ai rencontré un homme âgé de 71 ans qui est mon voisin. Il s’appelle Mickaël Bunck. C’est un afro-américain retraité qui a toujours vécu à Detroit. Il me dit souvent : "Détroit a bien changé , regarde le CBD y’a que ça de vivant ici. Regarde la gare. Ça fait un bout de temps qu’elle n’est plus accessible ; plein de mauvaises herbes. Ici on parle carrément des "Ruins porns". Ils attirent les touristes qui veulent regarder cela. Les usines sont abandonnées, les maisons sont délabrées. Avant, les Noirs et les Blancs cohabitaient ensemble, il n’ y avait pas cette espèce de ségrégation. on était tous heureux et insouciants. Les Blancs sont partis dans les villes où ça marche, les Noirs ont dû céder leur maison à la banque. Aujourd’hui tout est vide ici. Je ne cesserai de te poser la question Alex qu’est-ce que t’es venu foutre ici mon petit ?

Mariama Ba


J’étais avec quelques amies quand un policier est venu à moi.
« Mademoiselle Gordon ?
— Oui c’est bien moi.
— Pouvons nous parlez à vos parents ? »
A ce moment-là précis, je me suis mise à angoisser, je me suis dit : “Mais qu’est-ce que mon frère a bien pu faire ? Avait-il repris ses mauvaises habitudes ?” De toute façon, avec lui, on pouvait s’attendre à n’importe quoi. Sur le chemin, j’ai appris par le policier que mon grand frère parti pour une compétition de boxe se portait bien et avait remporté son premier match.
Mon frère Steve avant était un espèce de délinquant. Il avait subi de mauvaises influences. Ma mère allait toujours le chercher au seul poste de police qui se trouve à 10 km de chez moi pour entendre que son fils avait brûlé des voitures, des vieux lampadaires ou même qu’il avait été pris sur le point de consommer de la drogue.
S’il en est arrivé là aujourd’hui c’est grâce au centre qu’ils ont ouvert il y à deux voir trois années de cela. Les animateurs du centre sportif lui font reprendre ses études et lui ont fait faire un sport parmi d’autres.
Je me présente mon nom est Mahine. Mahine Gordon. J’ai 16 ans et je vis avec mes parents mon frères Steve et mon frère jumeau Mathis. J’habite à Detroit depuis ma naissance et j’ai vu plusieurs de mes amies déménager à cause de la crise. J’ai vu trois de mes voisins se faire tuer pour une histoire de drogue et certains ont disparu dans la nature. Nous ne sommes plus que deux familles dans le quartier, la nôtre et la famille Olsen. Quand je traîne près de chez moi avec mes amies, je vois un grand vide autour de nous avec des vieilles maisons comme dans les films d’horreur. Mathis, lui, a opté pour le basket. De toute façon, il n’avait pas trop le choix. Detroit est appelée ville fantôme, d’après ce que j’ai compris, et ça se comprend. Plus-tard, j’aimerais travailler avec l’état pour accomplir le rêve de chaque habitant de Detroit et faire de cette ville l’une des villes les plus touristiques grâce au street art.

Siré Banda


Je m’appelle Basile, j’ai 23 ans et j’habite à Detroit depuis toujours. Mes parents sont morts il y a trois ans de ça, mon père d’une overdose et ma mère d’un accident de voiture. Pour subvenir à mes besoins je deale à droite à gauche.
C’était un mercredi soir habituel, il était environ minuit et j’attendais un habitué qui allait arriver. J’étais dans un coin sombre dans une petite ruelle de Detroit. J’ai aperçu une silhouette courir vers moi, c’était un homme dont je ne voyais pas le visage. Tout à coup, la silhouette s’est écrasée sur moi sans que je puisse réagir... il m’a demandé
de l’aider à se cacher, je hochais la tête et l’ai emmené loin, en courant. Quand tout d’un coup, l’autre type a renversé une bombe de peinture.

Je m’appelle Marshall et j’ai 21 ans. Je vis à Detroit depuis mon adolescence, élevé seulement par une mère toxicomane. Souvent quand j’dis que j’habite ici, les gens me regardent en pensant que j’ai une arme sous ma veste. Ils ont raison, j’en ai bien une. En même temps, quand on habite dans mon quartier, c’est qu’une formalité.
Mais je ne quitterai cette ville pour rien au monde, malgré la violence, c’est chez moi.
Ici soit tu deales, soit tu frappes pour t’occuper.
Moi, je rappe pour m’exprimer.
C’était un mercredi soir habituel. C’est sur les coups de minuit que j’ai décidé de sortir de chez moi. J’ai traversé une des nombreuses rues abandonnées de Détroit pour me rendre dans le centre-ville. J’ai entendu un bruit de moteur derrière moi et j’ai commencé à accélérer le pas. Le bruit s’est rapproché et j’ai glissé ma main sous ma veste car c’était ça, ma sécurité, mon arme. Tout à coup j’ai été projeté au sol, et ma mâchoire a craqué sous la pression de mon agresseur. J’ai senti un premier coup dans mon ventre suivi d’autres coups, cette fois sur tout mon corps. J’ai sorti mon arme difficilement et j’ai tiré autour de moi sans faire attention à l’endroit où je visais. Les coups se sont arrêtés et un gémissement de douleur a surgi à travers le silence. J’en ai profité pour m’échapper. Je jetais un bref regard derrière moi, quand j’ai senti mon corps foncer dans quelque chose.
C’était un jeune homme plutôt petit de taille, il m’a regardé et je lui ai dit à bout de souffle :
— Aide moi à me cacher j’t’en prie.
Il m’a regardé et j’ai hoché la tête. On s’est mis tous deux à courir. Je ne savais pas où il m’emmenait. Quand soudain, j’ai renversé une bombe de peinture.

Je m’appelle Shepard Fairey et j’ai 26 ans. Je suis né à Detroit et j’ai grandi dans la misère, où j’ai pu connaître mon père comme grand toxicomane et où ma mère ne s’occupait que très peu de moi à cause de son travail prenant. Mon père est mort lorsque j’ai eu sept ans à cause de la drogue. Depuis mon adolescence, j’exprime mon talent pour le dessin sur les murs pour montrer ma douleur et faire réfléchir les gens.
C’était un mercredi soir habituel, j’ai regardé ce mur de brique immense, qui m’inspirait ; un vide comme celui qu’on ressentait à travers les rues de Detroit. J’ai sorti mes bombes de peinture et les étalais sur le sol détruit. J’ai choisi une bombe bleue et je commençais à m’exprimer dans la pénombre, caché de tout regard. La main devant ce mur, j’ai appuyé sur le pulvérisateur d’où sortait une couleur bleu azur, comme l’eau du ciel, puis j’ai laissé place à mon imagination. Il était environ minuit, quand, tout à coup, j’ai entendu plusieurs personnes courir. Mon regard s’est tourné vers la droite et j’ai vu deux silhouettes arriver vers moi dans cette nuit sombre.
Les deux silhouettes sont passées à côté de moi et l’une d’elle a renversé mes bombes. A la vue de mes bombes renversées, une colère s’est emparé de moi et je n’ai pu garder mon sang froid. Je m’interposais alors devant les deux silhouettes et leur barrais la route.

Shepard — Vous pouvez pas faire attention ?!
Marshall — Va te faire.
Shepard — S’cuse-moi, t’as dit quoi là ?
Je l’ai pris par la gorge en le plaquant contre le mur, tout à coup la scène a pris une autre tournure et la ville s’est emparé de nos esprits.
Basile — Hey ho tu vas te calmer !
Shepard — On t’a demander quelque chose à toi ? J’demande juste des excuses de votre part, merde alors.
Basile — Comment ça de ’’votre part’’ ? c’est pas moi qui ai renversé tes foutues bombes !

J’ai sorti mon arme et l’ai pointé sur son torse.
Basile — C’est bon, arrêtez, on doit partir.

Il ne nous connaissait pas mais il avait vécu suffisamment longtemps à Detroit pour comprendre que j’en étais capable, il essayait de calmer les choses.

Marshall — On t’a demandé quelque chose ? Toi tu me lâches ou j’te colle une balle dans le torse.
Shepard — Bah vas-y fais le si t’en es capable.

Je m’approchais des deux gars et me suis mis entre les deux, et ils m’ont regardé droit dans les yeux. Leurs regards étaient froids, animés d’une certaine violence bestiale.

Marshall et Shepard — Dégage de là putain !
Marshall — Tu veux t’en prendre une aussi ? Laisse-moi régler mes comptes et casse-toi.

Je ne sais pas ce qui m’a pris, la colère montait en moi, ne me laissant aucune autre possibilité que de tirer. Mon arme en main, je tirais sur les deux hommes sans aucun état d’âme et je regardais les deux corps tomber lentement à terre, un sourire sur mes lèvres.

Marshall s’enfuit dans l’obscurité de la ville sauvage. Ce ne sera pas les premiers coup de feu tirés de cette nuit-là. A Detroit la violence s’empare de chaque esprit et ne laisse aucune place à l’humanité.

Léa Belmérabet, Ilona Deroeck et Iva Sicot


Il vient à Detroit en pensant faire fortune, mais il est victime de la mauvaise réputation de Detroit.

J’arrive à Detroit, je sens que ça va être dur, toutes ces maisons pour si peu de personnes, c’est un défi à relever.
Je prends donc l’initiative d’aller visiter des ruelles, je rencontre quelques personnes habitant ces ruelles. Ils me parlent des maisons brûlées, détruites, des dealers qui en font leur terrain de jeu ; ce que j’entends ne me rassure pas. Surtout que les environs ne sont pas très bien entretenus : les bus ne passent plus, les lampadaires ne fonctionnent pas, des incendies ravagent les rues, et parfois même, les maisons voisines. Ce n’est pas très encourageant pour mes clients ; il n’ y a pas de quoi voir envie d’investir dans cette ville !
Je pensais avoir une chance avec la crise des subprimes en ce qui concerne la vente des maisons, mais j’ai probablement trop espéré.

Wiame Bentoumia


Potager urbain

Je viens d’arriver dans cette ville déserte et silencieuse qu’est Detroit. Je m’appelle Jaclyn. J’ai grandi au Texas dans une famille avec très peu d’argent. Tout le monde entend parler de Detroit, on se fie aux rumeurs, on imagine la vie dans la ville mais personne ne va la visiter. Cette ville fantôme m’intrigue et me passionne. Je suis venue à Détroit car j’ai pas beaucoup de revenus et les prix sont plus qu’abordables. Beaucoup de gens ici ont des difficultés financières depuis la crise des subprimes de 2008 et peinent à survivre. Je veux vivre par mes propres moyens et aider les personnes dans le besoin en créant un potager urbain. En marchant dans les rues pour trouver ma maison je ne vois personne. Cette ville est terrifiante. Les maisons sont toutes en ruines, c’est triste à voir. Après plusieurs minutes de marche dans le silence total, j’ai enfin trouvé ma maison. Elle venait d’être rénovée par les gens du quartier pour que, de nouveau, il y ait des acheteurs et pour sortir Detroit de cette crise. Je me suis installée petit à petit.

Quelques jours plus tard, je commençais mon nouveau projet dans mon jardin. Je commençais à planter mes premiers légumes, des tomates puis des carottes et ensuite je décidais d’y planter des pommiers et des fraises. Plus les jours passaient, plus mon potager grandissait. J’y rajoutais des légumes comme des pommes de terre, des choux, des salades. Mon potager me sert à manger sainement et, de ce fait, à économiser. Je n’ai pas besoin d’aller au supermarché qui se situe proche du centre ville et qui est lui aussi quelque peu désert. Comme mes voisins sont dans la même situation financière que moi je leur donne quelques légumes qui me restent à chaque récolte, on s’entraide. Une certaine solidarité s’est installée dans notre quartier, je les aide pour ma part à manger, certains aident les enfants du quartier, et d’autres créent des associations pour mettre en place des activités sportives telles que les promenades en vélo ou encore la boxe.

Suzanne Bourdin-Zéphyr


Je m’appelle Charles Stone, j’ai 75 ans, je suis né à Detroit et j’y vis encore.
Je vis dans le centre de Detroit, je suis l’un des seul blancs de ce quartier mais cela ne me dérange pas. Je suis le doyen du quartier et tous mes voisins m’apportent des trucs notamment de quoi vivre car je suis malade et que je ne peux plus très bien me déplacer.
Il y a une vingtaine d’années, ma mère est morte tandis que mon père, lui, a préféré partir en maison de retraite. Je lui ai dit de partir dans la maison de retraite à côté de chez moi pour que je puisse plus facilement lui rendre visite mais il a préféré aller en banlieue parce que le personnel était, soi-disant, incompétent ; mais mon père était de très mauvaise foi et ne voulait pas avouer qu’il avait peur de se retrouver comme un intrus avec cette population noire qui devenait de plus en plus grande.
J’ai 75 ans, je vis ici depuis ma naissance et le fait de voir cette ville quasiment vide est atroce.
Le pire est le fait de vivre dans la capitale de l’automobile et que les seuls véhicules que l’on voit soient des véhicules de pompiers gérant les nombreux incendies chaque jour.
Dans mon quartier, il y a plus de maisons abandonnées et squattées que de maison habitées et je ne veux pas que ma maison le soit ; alors j’ai décidé d’en faire don à ma mort à mes voisins, la famille Brown, qui sont les personnes qui m’ont le plus soutenu depuis que je suis malade.
Ce sont mes voisins, mais ce sont avant tout mes amis.
Le fait de ne pas pouvoir me déplacer ne m’empêche pas, chaque dimanche, de leur préparer un bon repas en guise de remerciement, ce qui nous fait oublier les tristes réalités de Detroit entre émeutes raciales et trafic de drogue.

Maxence Chollet


Je suis noir et, comme beaucoup de noirs, j’ai toujours habité à Detroit, et ça depuis 35 ans, dans son centre-ville. Moi, contrairement à mes amis, j’habite dans un immeuble ; eux habitaient dans des maisons, à la bordure du centre-ville. De ma fenêtre, je les voyais ces maisons ; je dis bien "voyais" car, aujourd’hui, nous sommes en 2012, et elles ont disparu ; mes amis aussi. Je me balade dans le centre-ville, je vois ma ville natale se détruire de plus en plus. Je me balade dans mon quartier, et généralement, mes amis y traînaient toujours, maintenant, il est vide. C’est simple, il n’y a plus que des terrains vagues, il reste des objets abandonnés par les anciens habitants, des chaises, de la vaisselle cassée, des habits déchirés, et parfois des canapés. Il n’y a plus personne ici, même les rues sont vides, on croirait qu’un ouragan est passé ici et a tout emporté sur son passage, toute la vie de la ville. Cet ouragan, c’est la faillite qui a frappé Detroit, à cause de ces grandes entreprises qui se sont délocalisées ou ont fait faillite.
Je me rappelle des vieux jours où toutes ces belles voitures passaient sur les routes. Quand je vois ces ruines, et ces usines abandonnées, je me rappelle les beaux jours d’été où mes potes et moi, collions nos têtes au grillage, pour observer les ouvriers, au travers des fenêtres, s’activer autour des voitures prêtes à sortir de l’industrie Ford. Une fois on y était même entré pendant la nuit.
Je pense qu’ici, aujourd’hui, personne n’est vraiment pauvre ou n’est vraiment riche, je pense juste que nous qui sommes habitants de la Motown. On suit la situation financière de la ville, c’est-à-dire que si la ville redevient stable, notre vie l’est aussi, et si elle n’a plus d’argent, nous aussi.

Kenza Coudrais


22 mai 2015

Cela fait depuis ma naissance que je vis dans cette ville rongée par les trafics, les crimes et le racisme. Je vis quotidiennement dans un cercle vicieux à cause au racisme. Je lutte pour trouver un travail. Je ne suis pas exigeant, je demande tout simplement un travail pouvant nourrir ma famille.
Nous, habitants du centre ville, vivons comme des vagabonds. Pour loger ma famille, je suis obligé d’organiser un semblant de vie dans une maison abandonnée, tout en vivant avec l’angoisse de nous faire débusquer par la police chaque jour qui passe.
Detroit a bien changé depuis que j’y vis, le centre ville n’est plus ce qu’il était, il n’y a plus aucun commerce d’ouvert ; nous sommes obligés de produire nous -mêmes pour nous nourrir. Depuis un mois, j’ai trouvé la solution à tous nos problèmes. Désormais je vais vendre de la drogue ; cela me causera énormément de problèmes mais, au moins, je pourrai nourrir ma famille et subvenir à leurs besoins.

22 juin 2015

Je me suis fait arrêter par la police ; on m’emmène au tribunal. Là-bas je repense à toutes mes erreurs et je me dis que j’aurai pu me trouver un travail en règles sans aucun risque. J’aurai été lessivé mais, au moins, aujourd’hui, je n’aurais pas écopé de cinq ans de prison.
Dans ma cellule je ne pense qu’à eux, leurs visages hantent mes pensées. Mes enfants...

Cinq ans plus tard...

Ces cinq dures années sont passées. Je me sens différent. Je suis un autre homme ; j’ai la haine contre ce système qui m’a empêché de voir ma famille durant toutes ces années ; mais je ne veux pas devenir comme toutes ces personnes arrêtées par la police à cause de leurs délits. Je décide d’exprimer ma haine au travers de graphes : je deviendrai grapheur.

Thibault Delcourt


Aujourd’hui, j’ai 40 ans et cela fait 20 ans que j’habite avec ma mère à Detroit dans la Mackenzie Street dans le Sud-ouest du coin mexicain de Detroit.

Je viens du Texas mais ma mère n’ayant pas voulu rester là-bas a donc décidé de déménager et de venir vivre ici. À notre arrivée, nous étions seulement trois familles blanches dans ce quartier mais, depuis que cette crise économique a commencé, énormément de gens ont quitté la ville. Quelques années plus tard, nous n’étions plus que les deux personnes blanches restantes, ma mère et moi. On était à présent entouré d’une population de race noire.

En me promenant, je ne vois que des maisons détruites, délaissées ou bien abandonnées par nos anciens voisins. On entend les sirènes des voitures. Ce sont des pompiers qui viennent pour éteindre ces incendies fréquents dans notre ville. J’observe discrètement des bandes de Noirs qui viennent en cachette dans un bar fermé depuis trois mois pour vendre de la drogue. La ville est déserte, on n’a rien à faire, mais on n’a pas le choix. Nous n’avons pas les moyens pour changer de ville. Les personnes qui vivent aux alentours sont méfiantes et asociales. On doit rester toute notre vie dans une ville silencieuse.

Depuis que je suis à Detroit, je ne retrouve plus ce vacarme qu’il y avait au Texas et cela me manque beaucoup. Ma mère et moi n’aimons pas le vide, on aime énormément le bruit. J’ai dû quitter tous mes amis pour me retrouver, au final, seule dans un endroit inhabitable où on ne voit que des maisons et du feu. Je n’ai à présent toujours pas trouvé d’emploi alors que je pars bientôt à la retraite. Hélas, nous regrettons beaucoup notre décision mais bon, c’est la vie !

Surani Goonatilaka


Il est 2 h 00 du matin, Franklin Jake Junior revient de soirée avec quelques amis. Franklin n’avait jamais eu de problèmes auparavant... Il était, comme on dit dans le ghetto, un mec "clean".
D’un coup, des policiers "se pointent" et leur demandent de se coucher.
Ceux-ci refusent d’obtempérer, les policiers veulent donc les menotter... Mais, Franklin et ses amis s’énervent et prennent quelques coups ; de l’autre côté, ils se défendent et en donnent aussi à leur tour. Un bruit assourdissant éclate. L’ami de Franklin est blessé par un coup de feu d’un des policiers. Ces derniers prennent la fuite tandis qu’un homme blanc s’approche dans sa voiture ; ayant vu la scène, il vient les aider dans leur peine.
Cet homme s’appelle Georges Anderson, un jeune infirmier de 23 ans fraîchement diplômé. Il rentrait chez lui après une soirée de garde, en voiture, quand il a vu trois hommes dont un au sol. Il avait entendu un coup de feu. Quand il a vu cet homme blessé par balle à terre, il est venu aider. Il se fait d’abord malmener par les hommes présents : il est blanc. Mais en voyant la détresse de leur ami, ils laissent George s’occuper de lui. George demandait à Franklin et à son ami ce qu’il s’était passé, ayant peu de temps devant lui avant que l’état du blessé n’empire ; il n’a pas eu assez de temps pour écouter la réponse...
L’ami de Franklin est finalement emporté dans l’ambulance, et emmené à l’hôpital accompagné de l’infirmier. Durant le transport, l’homme blessé par balle réussit à raconter l’histoire à Georges pour que celui-ci se rende compte qu’il est innocent.
Pendant ce temps-là, Franklin et son ami, énervés de voir une flaque de sang sur le sol, protestent, insultent et crachent sur le métier de policier et sur ce qu’ils viennent de vivre. Révoltés, ceux-ci vont appeler leurs amis du quartier pour les aider à tout casser, en criant "give racism the finger" et en montrant leurs doigts . La police arrive et essaye de disperser l’attroupement. Ces policiers utilisent la violence pour les contrôler. Indignés de voir leurs enfants se faire frapper, les parents et toutes les communautés noires de Detroit sortent de leur maison, pour se battre contre l’injustice, contre ce racisme qu’ils subissent toute leur vie.

C’est comme ça que les émeutes commencèrent, et que la ville de Détroit fut ravagée.

Samy Kenniche et Maxence Taleb


UN AGENT IMMOBILIER A DETROIT

Je m’appelle Alberto Di Stefano, je suis résident à Detroit depuis tout petit. Je suis agent immobilier depuis plus de vingt ans dans cette ville. Mes clients ont abandonné leurs maisons. Ils se font de plus en plus rares. Detroit devient déserte. Cette ville est fuie par de plus en plus de gens. Je vis dans le centre de Detroit avec ma famille et nous avons beaucoup de difficultés financières depuis la crise des subprimes. Rien ne va plus. Je n’arrive plus à gérer mon travail, je suis débordé et je suis à deux doigts d’être au chômage et de me retrouver à la rue. Sans travail, je n’aurai plus assez d’argent pour payer mon loyer. Pour l’instant, je n’en suis pas là...
Grâce à mon métier et à la crise des subprimes, je trouve énormément de maisons à des prix inimaginables. Contrairement à ce que l’on peut penser, Detroit n’est pas beaucoup peuplé, de ce fait, j’ai plus de maisons à vendre que d’acheteurs.

Yanis Kouki


L’Usine FORD

Mon nom est James Brown. J’ai passé toute ma vie à Detroit. Je l’ai vu dans ses plus beaux jours comme dans ses plus mauvais. Je suis le fils de Mike Brown, et Caty Brown, aîné d’une famille de trois frères et sœurs. Le fait que je ne sois pas très doué scolairement m’a fait rejoindre l’usine Ford. Pour pouvoir travailler chez Ford, c’était très simple. Ils ne vous demandaient aucune compétence particulière il ne vous fallait que vos mains. Les examens médicaux sont quasi inexistants ce qui fait que mes collègues sont, soit psychopathes, aveugles, ou avec d’autres problèmes divers. Ils ne peuvent pas aller ailleurs mais chez Ford, oui. Et moi, j’ai eu de la chance qu’il m’ait recruté sans que j’aie de problèmes psychologiques ou physiques !
Ce travail était monotone, répétitif, presque inutile. Tous les jours, je répétais le même mouvement sur les mêmes pièces sur la même chaîne avec les mêmes collègues. Mais chaque personne ici présente avait besoin de recevoir sa paie qui était d’un montant de 6 dollars par jour. Dans cette usine la démission est impossible, il sont même prêts à vous faire faire une tache inutile chez vous pour vous payer ces 6 dollars. Tous les jours, je vois des centaines de voitures sortir de ces énormes usines.

Sacha Ladal


Je suis Adrianna, je suis âgée de 24 ans, je suis noire comme la plupart des personnes qui vivent dans mon quartier. Je vis à Detroit depuis ma naissance.
J’ai vu mon quartier se vider d’année en année, mes voisins, leurs animaux de compagnie, leur affaires, leurs joies, leurs rires s’en aller.
J’ai vu la nature reprendre le dessus, j’ai vu les mauvaises herbes apparaître de jour en jour.
Seule ma famille et moi sommes restées dans le quartier.
Pourquoi nos voisins sont-ils partis ? Avant, je me posais tout le temps cette question, mais plus maintenant, puisque je connais la réponse. Oui, comme notre ville a été construite sur l’industrie de l’automobile, lorsque tous ces usines ont fait faillite, la crise est arrivée et le chômage aussi.
J’avais une amie qui s’appelait Laura dont je n’ai plus de nouvelles depuis mes szpt ans. Du jour au lendemain ses parents et elle ont pris leurs affaires et sont partis.
Elle était blanche de peau, et brune aux yeux vert clair ; elle avait toujours une tresse, dans laquelle se trouvait un ruban bleu. C’était un vendredi d’été que je me suis liée d’amitié avec Laura. J’étais en train de jouer avec ma poupée lorsque je l’ai vue s’approcher. Ce jour-là, je suis devenue amie avec elle. Elle venait tous les mercredis après-midi pour prendre le goûter chez moi, nous étions souvent ensemble. Dans le quartier, on nous appelait les sœurs « Black and White ». À cette époque-là, les enfants blancs et noirs pouvaient jouer ensemble. Selon les commérages, ils seraient partis, car ils avaient tous deux perdus leur travail. Ça me rend triste car on n’a pas pu se dire adieu.

Avant, dans mon quartier, il y avait des jeunes enfants qui couraient, des rires qu’on entendait du soir au matin, des commérages entre voisins, des soirées.
Qu’on soit noir ou blanc, nous étions toujours ensemble, avant. Maintenant, il y a des chiens sauvages errant dans tous les quartiers, des pavillons qui s’enflamment, il n’y a plus de vie humaine à part nous.

Je suis pauvre et je le vis bien, ma famille et moi nous vivons avec cette pauvreté depuis des années ; je me sens seule. Les lampadaires sont tagués et cassés, les maisons délabrées sont alignées comme des tombes, les beaux souvenirs perdus résonnent dans les rues, les arbres se penchent comme pour rechercher leurs colocataires partis.

Ils sont tous partis, ils ne reviendront pas.
Ils m’ont tout laissée, ils ne reviendront pas.

Maureen Lapierre


Bonjour, je m’appelle Lebron. Je n’ai jamais connu la bonne époque de Detroit. Ma famille habite à Detroit depuis 70 ans, je ne suis jamais parti de cette ville. Tout le monde pense que Detroit est une ville fantôme mais moi, je suis là pour vous parler de la réalité de cet endroit. Detroit est un lieu dangereux, peuplé de plusieurs gangs. Le mien s’appelle « my guys soins ». Avec mes potos, on domine le quartier. Dans mon gang, il y a Lim’s, le vicieux, et Escoco le patron. Pour vivre, on vend de la drogue, on cambriole. Pour se faire respecter dans cette ville, il faut s’imposer donc tuer ses rivaux. Nous, nous avons exterminé le gang Ouloulou’s du sud de la ville avec dedans Picsou le débile, Sam’s place le dangereux etc. Ceci est la réalité de ma ville (mon terter). Sans la drogue et les crimes, Detroit ne serait même pas vivante. Cette ville est infestée de tout ce qu’il y a de plus mauvais.
D’après moi rien ne peut sauver Detroit ; cette ville est trop infestée par le mal.
Pour finir, je voulais juste vous dire que cette ville est la mienne et j’en suis fier, malgré tout.

Jean Le Gouill


Le miel de Champi

Je m’appelle Champi et j’ai 43 ans.
Je suis né en France car ma mère était française mais à mes un an, mes parents ont décidé d’aller vivre aux États-Unis, à Detroit, car ils aimaient beaucoup cette ville.
Mon père était, lui, originaire du Canada, plus précisément de Windsor, qui est juste à côté de Detroit. Il passait ses vacances à Detroit avec ses grands-parents qui y habitaient et qui tenaient un petit potager. Il aimait beaucoup la nature et l’agriculture, c’est lui qui prenait soin du petit potager et qui faisait pousser les légumes pour les manger ou les vendre après.
Nous habitions donc avec mes grands-parents dans leur maison.
Mon père m’a appris à cultiver et produire depuis mes quatre ans et j’ai développé une vraie passion pour cela.
Je me suis marié à 23 ans avec une fille que j’avais rencontrée au lycée. Nous avons acheté une grande maison au Canada dans la ville natale de mon père, Windsor. Elle travaillait dans l’immobilier et moi, dans une entreprise commerciale. Mais je n’étais pas heureux dans mon métier. Je voulais la nature et le potager de mes grands-parents. J’en avais marre de travailler dans un bureau toute la journée. J’ai donc décidé, à 31 ans, de fonder ma propre entreprise commerciale de miel. J’ai acheté des terres dans la ville de Detroit où les prix étaient très bas depuis la crise des subprimes. Puis j’y ai mis des ruches pour créer ensuite du miel et le revendre en France à prix moins cher car en France, le miel est populaire mais de mauvaise qualité. Mon projet a bien marché et au bout d’un an mon entreprise a énormément progressé.
Aujourd’hui, mon entreprise fonctionne à merveille et je vends beaucoup de miel et d’autres produits à base de miel, en France, à prix réduit et de bonne qualité. J’ai aussi créé une association pour aider les habitants de Detroit qui manquent de moyens.

Noriane Saker


RENAISSANCE

Cela va faire 35 ans que j’habite à Detroit et c’est la première fois qu’autant d’investisseurs viennent. Mais, avant tout, cette ville reste déserte, fantôme aux yeux du monde entier. Ça, à cause des crises industrielle et économique. J’ai été victime de ces crises avec mon licenciement de la banque et il y a eu la crise des subprimes où j’ai aussi perdu mon logement. La ville, son économie et sa population sont en déclin. Que ce soit à cause de problèmes raciaux (notamment les émeutes de 1967) ou bien économiques, la plupart des habitants blancs quittent la ville pour les banlieues alentour ou partent ailleurs.
Au fait, je m’appelle Walter Brooks, j’habite temporairement 2105 Woodward Avenue, à côté du Comerica Park et je vais vous raconter mon histoire en même temps que celle de ma ville.
Detroit a été comme un nouvel eldorado à l’époque du fordisme. Tout le monde venait s’y installer car il y avait le plein emploi, la Ford T, et grâce au bouche à oreille, ça a incité les gens à venir. C’est alors que mon grand-père est venu s’installer en 1918. Il a participé à l’effort de guerre à partir de 1941 (l’année ou nous sommes rentrés dans la guerre) jusqu’en 45 mais, entre temps, il y a eu la crise économique de 1929. Puis c’était au tour de mon père de travailler à l’usine. A son époque, il y avait quelques problèmes de grève précisément suite aux émeutes de 1967 entraînées par l’arrestation d’habitants noirs.
En écoutant les histoires de mon grand-père puis celles de mon père, je me disais que je n’étais pas destiné à rester six voire sept heures en train de confectionner des voitures, surtout avec des problèmes politiques ou sociaux. Au contraire, je me voyais dans un bureau à faire des calculs, chose que j’adorais faire pendant mon enfance. Et c’est comme ça que je me suis retrouvé dans une banque.
Le hasard a bien fait les choses puisque j’habite juste à côté du stade des Tigers qui a comme sponsor la banque qui m’a licencié il y a de cela cinq ans, en l’occurrence Comerica. Depuis, j’ai retrouvé un emploi dans une start-up dirigée par le nouveau messie de la ville, Dan Guilbert qui est le fils d’un ouvrier de Ford. Mais entre temps j’ai fait qu’enchaîner les petits boulots dans les fast foods ; ma femme m’a quitté et je me suis même retrouvé à mendier.
Grâce à cet investisseur et à d’autres personnes, Detroit renaît de ses cendres, tout comme moi.

Limane Sangaré


TENDJE

Bonjour à tous,

Je suis Tendje une rappeuse d’origine jamaïcaine et africaine mais je suis de nationalité américaine.

Je suis une habitante du centre de ville mais, avant, j’étais dans la banlieue de Detroit où je suis née. J’y ai passé mon enfance et mon adolescence dans cette ville et peut-être que j’y passerai aussi la fin des mes jours. J’aime beaucoup cette ville même si j’ai souffert beaucoup pendant mon enfance. J’étais le souffre-douleur des mes camarades d’école, car je n’avais pas la bonne couleur. Un jour, je me suis fait frapper violemment au point que je suis restée dans le coma pendant trois jours. Les nombreux déménagements n’ont rien changé à cette situation. Parce que, n’importe où j’allais, je restais un bouc-émissaire. C’est pour ça que j’ai changé plusieurs fois d’école. Depuis mes vingt ans, je vis dans le centre de Detroit.
À Detroit, c’est pas facile de vivre maintenant car il y a 18,5 % de chômage et 36% de la population vit sous le seuil de pauvreté. On cultive des jardins dans la ville qui ressemblent parfois à la campagne. La vie n’est pas facile car dans plusieurs quartiers la cohabitation entre Blancs et Noirs qui vivent dans le centre ville est difficile. Depuis les années 1960, la population noire qui vient s’installer dans le centre fait fuir la population blanche vers les banlieues résidentielles. Detroit n’a pas une bonne réputation à cause des meurtres. Par exemple, en 2012, avec 329 morts. Il y a aussi la drogue, ce qui me fait peur et qui me donne envie d’aller ailleurs.
Ce que j’arrive à faire le mieux, ici, c’est de m’exprimer dans mes chansons.

A Detroit, on vit, vit
Sans une âme d’assurance vie
On n’est pas du tout ravi
Ils sont contre
Et même pas une rencontre
C’est une ville
dans la bouche d’un crocodile
Juste fantôme
qui semble enfermé dans un atome
On se trouve dans des ghettos
Ou sans confirmation dans un beau château
Pas de ressource, comme un désert
Cacophonie dans un concert
Une ville en ruine
Par exemple, un verre plein de cocaïne
Sans espérance de codéine
Finie la théorie de Dworkin
Une ville sans chic maquillage
Pleine de chômage
Des quartiers illusions
Pas des bonnes divisions
Ce qui donne de terribles décisions
Et pas de récompense en médaillon.

Kady Diatou Soaré


Je m’appelle Jason Mac Carter, j’ai 63 ans et je vais vous raconter les raisons qui m’ont poussé à m’installer à Detroit.
Avant toute chose, il faut savoir que j’ai toujours été très proche de la nature ; c’est pourquoi, avoir mon jardin avec lequel je pourrai vivre a toujours été mon grand rêve. Malheureusement, je vivais à New York. J’étais seul, rien ne m’empêchait de partir. Mais à quoi bon ? Pourtant, l’idée d’avoir mon potager m’obsédait. C’est alors, courant 2010, que j’ai vu une annonce pour une maison avec des grands terrains à Detroit. J’étais étonnement surpris par les bas prix. Je pourrai m’y installer ? enfin concrétiser mon rêve ? non quelle idée absurde...
Cependant, quelques mois plus tard, un ami m’a proposé de l’accompagner à Detroit afin d’y rencontrer un Street artiste dont il était fan. Après tout, pourquoi pas. Comme on dit, il faut toujours goûter avant de juger. Et c’est durant ce voyage que j’ai radicalement changé ma façon de penser ; le destin, sans doute.
C’était au détour d’une rencontre. J’admirais beaucoup l’atmosphère de Detroit. Cependant je me devais de prendre en compte les habitants qui sont réputés pour être dangereux et vis à vis desquels j’étais réservé ; du moins avant de rencontrer David Hower. C’était un habitant d’un quartier assez reculé que j’avais rencontré en me baladant dans ce paysage, entre désolation et nature verdoyante post apocalyptique qu’est Detroit. C’est lui qui m’a adressé la parole :
« Vous semblez aimer la nature ? Vous n’êtes pas du coin, c’est rare de voir passer des étrangers ici.
—Oui, je suppose, » lui ai-je répondu.
Je ne sais pas pourquoi mais, durant cette conversation, je m’étais mis à lui parler de mon projet de m’installer à Detroit. Il me fixait avec attention, il semblait agréablement surpris. Cela me gênait un peu. Je me suis arrêté quelques secondes puis il m’a interrompu en disant ces mots qui m’ont profondément touché :
« Vous savez, les étrangers ont peur de s’installer à Detroit. Il faudrait plus de gens comme vous. Au fond de moi, je garde espoir que Detroit retrouve sa prospérité d’antan. »
Qui suis-je pour juger un chic type comme lui, simplement parce qu’il vit à Detroit ? Au fond, il est comme nous et il souffre de voir les endroits où il a grandi, où il a joué, où il a travaillé, détruits de la sorte...
Et c’est suite à cette conversation que, quelques mois plus tard, j’ai décidé de m’installer à Detroit.
Aujourd’hui, je me suis familiarisé avec les habitants de mon quartier, je passe des jours paisibles à Detroit. J’aime ce potager bien décoré avec une couronne de fleurs à son entrée symbolisant l’entrée dans ce petit paradis où légumes et fruits variés colorés et d’une fraîcheur sans pareil cohabitent ; ils croissent grâce à la variété et aux nuances du climat de Detroit.
Ce n’est désormais plus un rêve mais ma réalité.

Ilario Toussirot


Cela fait aujourd’hui 20 ans que je vis à Detroit ; je m’appelle Braie Jonhson. Avant cette crise des Subprimes, je gagnais très bien ma vie , je parvenais à nourrir ma famille ; je suis agent immobilier depuis 13 ans et en 2008 cette crise m’a presque mis au chômage ; je n’arrivais plus à payer les activités de mes enfants.
Les maisons, avant ce vendaient, à 50000 $ ou plus et maintenant, une maison est à moins de 500$. Cette ville est devenue une ville fantôme remplie de trafic de drogues.
Les habitants de Detroit ont soit quittés le quartier ou quelques uns sont restés à Detroit car ils ne veulent pas oublier leurs souvenirs, comme mon épouse car elle a grandi ici. Heureusement que je n’ai pas à décider seul où je partirais à cause de la crise.
Les habitants de Detroit sont plutôt racistes envers les Noirs. Depuis cette crise, les habitants ont abandonné leurs maisons soit parce qu’ils doivent de l’agent à la banque à cause des prêts soit le taux de trafic a augmenté dans leurs quartiers. A Detroit vous verriez des maisons en ruines. Aujourd’hui je n’arrive même pas à vendre dix maisons par an. La plus chère coûte seulement 3000 $ et la moins chère coûte 500 $ mon salaire a été divisé par deux et si ça continue, mon salaire va être divisé pas trois. Ma femme est d’accord que je change de ville pour revenir chaque week-end mais j’ai pas envie de m’éloigner de mes enfants et de ma femme.
J’aime cette ville même avec cette crise, j’aime mon travail et même si je suis au chômage dans quelques années, c’est pas grave, je peux exercer quelque chose d’autre comme je le fais maintenant ; je travaille dans un supermarché le reste de mon temps libre.

Arthur Wedjomna

1er juillet 2016
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