marionnettes et automates


Bouquet de marionnettes

Je suis né grâce au labeur, à la patience et à la créativité des membres d’une sympathique association dont vous devinez sûrement le nom.

Je suis fait de papier mâché. Mon créateur a façonné ma tête dans une boule de papier froissé serré qu’il a couverte de lambeaux de papier collés les uns sur les autres. Puis il m’a durci la caboche en la recouvrant de plâtre ; et m’a peint ce visage rayé avec mon gros nez rouge.
Les gemmeurs m’ont créé de nombreux commensaux aux looks très divers et très artistiques.

J’adore jouer la comédie. C’est plus fort que moi. Dès que je vois un bout de tissu pouvant faire office d’avant-scène, je me produis, j’improvise « J’ai la cervelle en chantier ! » Quelquefois j’ai un franc succès.

J’ai un petit frère très timide. On ne distingue pas bien ses traits ni ses expressions. Il est pâle comme la mort. D’ailleurs nous l’appelons comme ça : Timide. Au dos de sa tête, il y a écrit ’Dos’ pour qu’on ne se trompe pas de côté quand on lui adresse la parole.

C’est Marina, une animatrice très douée pour la mise en scène de théâtre et l’animation de groupe de travaux manuels, qui a amené les gemmeurs à nous créer. Elle leur a appris à prononcer : ’Gesso’. Le nom de cette matière blanche, collante qui durcit comme le plâtre.
Chacun d’eux a suivi sa fantaisie pour créer des nez, des oreilles, des bouches avec des feuilles de papier froissé et des tubes de rouleaux de papier toilette.

Nous avons peint des visages et des chevelures en nous inspirant des reliefs biscornus de ces boules de plâtre qui sont nos têtes.
Pour ma part, mon créateur m’a mis sur la tête un triangle pour signaler que ma cervelle est en chantier et qu’avec moi, il faut conduire une conversation avec délicatesse. Pour ceux qui ne comprenne pas vite, j’ai un petit bitoniau qui pendouille au plafond, pour avertir que je suis différent.

On nous a fait des vêtements. Aucun des gemmeurs ne savait coudre ! Heureusement que Héloïse et Marina assuraient.

Chacun a dit une phrase spontanée. Mises bout à bout, elles ont formé la trame de l’histoire.

Je vous raconte l’histoire :
La petite amie de mon frère Timide, qui se nomme Cruella, n’a pas été enfant. Bébé, elle a sucé tout un pot de vernis à ongles, et d’un seul coup, elle a eu seize ans ! Mon frère et elle sont partis vivre leur vie en Amérique.

Nous avons fabriqué une scène de théâtre de rue.

Et nous avons joué ! Et on nous a filmées !

L’ardeur de nos créateurs était si grande que nous étions trop nombreuses. Avec les marionnettes en surnombre, nous avons joué une deuxième histoire. C’est ainsi que j’ai pu me réaliser dans le rôle de ma vie : le Docteur Knock. Faux médecin, hypnotiseur et charlatan, à la salle d’attente remplie d’un public farfelu.

Nous nous sommes produits dans la rue. Il fallait se faire entendre. Il y avait plein d’autres artistes. Et en plus il pleuvait. C’est que le papier mâché fond sous la pluie !

Quelques jours après notre représentation, on m’a invité à faire de la politique. Porté par mon gemmeur préféré, j’ai arpenté la ville de l’hôpital Sainte-Anne au parvis de l’Hôtel de Ville, tandis que mon porteur criait des slogans et nous faisait photographier par le public. Il y avait beaucoup de monde. De nombreuses associations. Mais j’étais la seule marionnette !

Les mois ont passé. Aujourd’hui nous sommes un peu démodées. Là, on fabrique plutôt de véritables sculptures. Maintenant nous formons un bouquet dans un pot de terre dans la vitrine.

Benoît



Dans le rêve de la fifille dorée qui s’avance sous les décombres, nous sommes envahis par une, deux, trois, quatre, cinq, six chattes.

Assis-toi, chérie c’est bien !

La rue court et descend, s’engouffre vers des métros dedans, ouvre dans des cafés où la télé intime, révèle l’instin à son Général.

Mais qui est de la boule, du sucre ou du mystère insondable, l’hommage libertaire ?

Un crayon immerge le Général Instin et présente un incarnat fabuleux de la rue qui suscite une épigraphe à son éblouissant hommage.

La rue est parcheminée d’automates plastiques qui avancent dans les métamorphoses des lieux dévastés.

Le nez souffle dessus par un petit point de picot et fait une trêve au café pour rassembler la clientèle.

Épargnons les poupettes pour qu’elles ne meurent.
Dans le resplendissement du Général Instin un mystère plane. Un crayon l’exhorte à une évocation.
Quel est, dans la foulée d’une effigie, ce fascinant hommage à ces communards du fait divers ?

Une boule, un crayon devant la maison ruinée au pied des cafés où tourne la télé ?

Voici une boule ronde à deux balles où joue le stratège que l’on restaure pour une ruine cinglant une forteresse avec une liasse de monnaie.

Un Grand Beau Soleil ouvre radieux, sa plénitude immense et transgresse les négations d’une mer déchaînée pour offrir dans l’air de son espace, un rêve encore inaccompli mais singulier de son cœur resplendissant
le Grand Beau Soleil
sa couronne fleurie

Germaine



À l’intérieur de la maison, trois frimousses en chiffon se tiennent par le doigt riquiqui pincé à la phalange. Ces poupettes de Lagarfeld, d’orient éclatant ou de la jeunette, se prélassent.
Ce qui compte le plus serait la revendication de la vigueur qui leur tient au poncho.
L’habit, outil de leur splendide expression, permet l’agrément qui vient infléchir de sombres ténèbres, à l’abri pour être au chaud.
Ces poupettes si belles à l’historie d’un Général ouvrent sur le musée adoré par le rêve et rêvant à l’ouate et au patron.
Quel joli fossoyeur aurait fait abdiquer le Général pour voir advenir à la grâce de ce témoin, un bel exemple d’une élégance vive et bien nippée.
Ces marionnettes sauraient concilier le dedans par le surcroît, espérant bouger l’identité de chacune dans la collaboration intime.
Le bleu de la cape offerte par le dessous caleçon expérimente une singularité.
Quelle belle queue rose et au-dessus le chapeau, donnent une quintessence qui s’ouvre, spécifiant la maison qui l’accueille.
Un trouble apparaît quant au sens à figurer.
Une vigueur d’exploration enjoint à la confrontation pour un orient féminin.
Joie du marquage d’une panoplie.

Germaine



L’atelier du fabricant d’automates

On entre par une porte de bois lourde et décorée de volutes de fer. A l’intérieur, c’est sombre. Les petites fenêtres à rideaux colorés ne laissent pas beaucoup entrer la lumière de la rue. Ça sent le vernis, l’essence de térébenthine, le journal humide, le plâtre. On aperçoit dans un coin mille flacons contenant des pigments qui ont des tons d’épices exotiques. Des bouteilles d’huile de lin côtoient des colles, liquides ou épaisses, blanches ou translucides. On voit, au fond de l’atelier, de grandes silhouettes étranges aux yeux de verre, presque vivants. Sur l’établi, il y a des outils : pinceaux, marteaux, gouges, scies à bois et à métaux. L’atmosphère est pleine de mystère, quand les fantômes des automates commencent à prendre vie. Il y a des marionnettes grandeur nature, riches d’habits variés, bariolés, imprimés, soyeux, de velours.
L’homme est là, dans un coin, assis à une petite table éclairée d’une lampe précise. Il peint un visage de porcelaine, dont la bouche très rouge semble sourire, née de la main d’un vrai artiste. Parfois il se lève de sa chaise, prend un bras articulé et l’assemble au personnage en train de se faire. Comment imagine-t-il ces visages, ces vêtements, ces proportions de corps qui prennent réalité peu à peu ?
Il utilise du chiffon mouillé de colle plâtrée pour rembourrer les bustes, les cuisses, les mollets de ces marionnettes. Parmi les odeurs fortes et les bruits d’outils, entre un Polichinelle et une Colombine, un chat, un vrai cette fois, ronronne, lové sur un monceau de tissus encore inemployé. Il se sent bien ici, dans cette lumière tamisée, chaude et douce.

Anne


2 juin 2015
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