Mai 2015

00-05-15
Je n’ai pas fait apparaître jusqu’alors certains entretiens dans ce journal de bord :
M. Sloop > J-B Canivet, Solenne Gautier, Damien Aulombard, Fanny Koutcheravenko
Next Level Formation > Nicolas Reneric
OP2 > Pascal Oriot

=> Centrale – Supélec > 60 étudiants de 3eme et dernière année, filière « Management de projets internationaux » — journée d’examen : « Comment vivre les réalités d’un appel d’offre d’envergure »

Ce mois de mai résonne (raisonne) de ces rencontres. La question d’un « nous », d’un imaginaire collectif et, donc, la solitude, la canalisation des imaginaires que cette interrogation met en valeur hante ce printemps. Je fais en sorte que mon regard passe par ce prisme – complexe, j’entends bien, j’entends bien...

04-05-15
Dernière rencontre avec la classe de 4e2 du collège la Grange-aux-Bois de Savigny-le-Temple (Poètes dans la classe-MEL) avant la restitution du 21 mai à Anis Gras. Répétition mais avant cela leurs mots :

Le métier de vivre

Respirer
Manger
Dormir
Rêver
Vieillir
Mourir

Et puis avant aimer
faire passer l’autre avant soi
parfois

Dans la tête l’imaginaire
aveugle et rouge

Le métier de vivre
Travailler
Souffrir
Bien ou mal
être dans sa peau quoi qu’il arrive

L’imaginaire
Des formes
(difforme dit-il)
Des rochers
la main dessus et le cœur au-dedans
Nature

Chacun sont point de vue
de vie
et des images pour tous

07-05-15
14h30 — siège de la CFE-CGC — Paris
1er entretien avec Karina Aitoufellah, juriste, chef de service formation
Flamme brune vive, la première fois que quelqu’un me donne envie d’ouvrir le Code du Travail. Histoires de fil et de fantômes, de colonnes de lois et de stratégies, de quêtes de sens et de cohérence, d’allées et venues entre le moi et le nous. L’optimisme comme seule solution. Elle est la première personne qui annonce clairement que tout son travail nait de l’imaginaire. Elle interroge en direct sa façon de penser, tente de décrire le "comment je travaille". Il y a là quelque chose de l’ordre du théâtre - et donc de la vérité.

11 -04-15
Je cite un ami :
« L’imaginaire ? Un piège et un refuge. »

12-04-15
Centrale – Supélec

Je potasse mes notes… Cette journée me hante : j’ai été profondément surprise par l’apprentissage d’un discours et non d’une parole – qu’elle soit singulière ou collective.
Je reviens sur la situation :
Le projet concerné est la réponse à un appel d’offres international pour un contrat de conception, construction, financement et exploitation du système de traitement des eaux usées de la région de La Haye (Pays-Bas). Ci-après, l’explication de cette journée d’épreuve gentiment rédigé par Francis Adam (M. Sloop) :

J’aurais aimé « simplement » demander à tous ces jeunes gens :
- C’est QUOI être ingénieur pour vous ? Pour d’autres, les réponses, sans trop varier, ne manquent pas.

08 au 10-05-15
Un saut à Giverny

« En dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien. »

« Tandis que vous cherchez philosophiquement le monde en soi, j’exerce simplement mon effort sur un maximum d’apparences, en étroites corrélations avec des réalités inconnues. »

« C’est un métier que j’ai appris dans ma jeunesse… quand j’étais malheureux… Je dois peut-être aux fleurs d’avoir été peintre. »

Claude Monet

11-04-15
Me CONNECTANT à différentes formes de savoir, me LIANT à d’autres parcours et modes de vivre et de se représenter le monde - et ainsi m’ÉPROUVANT - j’ai le sentiment de commencer à penser. La notion de lenteur est omniprésente.
=> Il faut prendre le temps d’intégrer, de digérer la pensée de l’autre, de son existence effective.

13-05-15
M. SLOOP (passage rapide)
Bien que ou parce que « non-employée », je ne parviens pas à faire abstraction de l’ambiance morose qui plane ces dernières semaines dans l’agence. Je sais qu’il y a quelques soucis et me sens en trop ou à côté — que je vais GÂCHER DU TEMPS.

Question 1 : Le stress est-il réel ou est-ce une projection ?
Question 2 : Que répondrai-je si ON me demandait : - Ça sertà quoi ce que tu fais ?

14-05-15
Sentiment que, bien souvent, le travail épuise l’homme au lieu de le développer, au lieu d’accroître l’homme dans l’homme.

16-05-15
Pour échanger avec les personnes qui acceptent de me rencontrer, je sais qu’il faut que je me réapproprie l’écriture, du moins que j’interroge encore et encore ce qu’est écrire, que je tente d’être au plus près de ma nécessité afin de recueillir au plus juste la leur. Dans l’idéal, j’aimerais être sûre que l’on PARTAGE et, surtout, que ce ne soit pas TRISTE.
*
Parfois, le manque d’ancrage géographique de ma résidence me perd.
*

Je crois que, jusqu’il y a peu, j’ai reproché au monde de n’être pas à la hauteur des mythes que l’on m’avait transmis — je n’avais pas songé ACTIVEMENT à remettre en question les mythes eux-mêmes. (d’où la tristesse, le dépit, la fuite (celle de l’autruche) et la consommation abusive d’ersatz.

17-05-15
Imaginaire au travail
Je fouille sur internet, tamise mon arrondissement (18eme) et découvre une petite pépite d’initiative : La cravate solidaire

*
Récupère un lien envoyé par mon amie I.P.
http://m.slate.fr/story/101605/cerveau-bande-passante-pauvrete

*
« La poésie nous donne une commotion unique et opaque, du coup de cœur sourd et simple. (…) Nous comprenons quelque chose par cette émotion ; nous accédons, nous sommes initiés à de l’inconnu. » Jacques Rivière
De l’inconnu, me semble-t-il, que nous reconnaissons. Et que nous reconnaissons comme nous concernant.

19-05-15
Penser plus vaste — imaginer — demande à retourner parfois à la case départ.

21-05-15
Restitution de Poète dans la classe – Anis Gras, le lieu de l’autre.
Anis Gras nous offrait une scène, un lieu accessible et autre. Ils étaient beaux, les élèves, mes mouettes – attentifs, impatients, solidaires. Ils ont fait corps. Corps enthousiastes, généreux. Fiers d’être, d’être là et d’offrir leurs poèmes – prenant la réalité pour leur désir.
Quelqu’un dans la salle (un adulte faut-il le préciser ?) fit remarquer que « les jeunes d’aujourd’hui » couraient après leur quart d’heure de gloire, faisant référence aussitôt à Warhol… La gloire, oui peut-être, oui sans doute…
Je préfère l’idée de reconnaissance. Ces jeunes gens étaient présents, bel et bien présents au monde et l’ont donc incarné, intensifié par leurs voix, leurs souffles, leurs regards. Et si leur esprit contient « de » la téléréalité, de la starmaniaquerie, leur imaginaire, lui, a créé du sens sensible.
Merci à eux – Ruben, Rémi, Loïc, Laura, Angélina, Déborah, Billal, Nadim, Naomi, Paloma, Alicia, Jenny, Jean, Justine, Kenza, Laureen, Agathe, Driss, Inès, Hany, Romaric, Marion, Rehana — et à Emmanuelle pour son accompagnement.

23-05-15
Je bosse les premiers portraits – il est grand temps d’ouvrir le blog de M. Sloop… La pensée doit se retirer. Je ne cherche pas à comprendre pourquoi j’entame celui de Julien P. (M. Sloop) en premier. Celui de Virginie B. (Gemalto) vient ensuite en un mode plus velléitaire.
Risque d’obéir à de mauvaises contraintes :
respecter
prouver
faire plaisir
Crainte d’une « poésie du résultat » qui n’oserait pas déformer la parole recueillie, en extraire de nouvelles images.

Question : est-ce une « bonne chose » si les personnes se « retrouvent » dans le poème que je fais d’eux ?

*

« L’imaginaire représente à chaque instant le sens implicite du réel. »
Jean-Paul Sartre

23-05-15
Kafka —Aphorisme de Zürau — n°25
« Comment se réjouir du monde, à moins de se réfugier en lui. »

27-05-15
D’entretien en entretien apparaît (au moins) deux choses :
> Le travail aujourd’hui mélange la culture du livre et de l’écran => il faut à la fois faire les choses au plus près de la perfection (tâche bien faite, idée de perfection quasi divine, héritage livresque vertical) mais vite et sur plusieurs plans (multiplicité des fenêtres, risque de l’obsolète, synthèse, sacrifice de la satisfaction du bien faire selon son rythme).
> C’est plus souvent d’imagination que d’imaginaire que l’on me parle => chacun est agi par la nécessité de déboucher sur du concret.

28-05-15
J’ai donné des titres étiquettes (ex. DATA CENTER pour Alain G.) à mes premiers portraits, gênée par le fait de lier le prénom de la personne à ce que j’écris d’elle => Pudeur, hypocrisie, culpabilité ? Les 3 ?

*
Lors des entretiens des parcours de vie se racontent mais les modalités du PENSER/IMAGINER sont floues. Je reviens à l’idée d’un questionnaire plus « orienté », en tout cas plus précis. Nécessité confirmée d’une seconde rencontre, de resserrer mes questions sur le LIEN imaginaire/travail — ce que j’avais fait INTUITIVEMENT dans le premier portrait de ma résidence. (Portrait DATA CENTER – Alain G. – Renault)
Partant du principe que l’imaginaire est un langage médiateur, un espace intermédiaire où plus rien n’est explicitement montré et démontrable, c’est presque de biais que je dois le mettre en lumière et non par LINÉARITÉ ou en retraçant des C.V. ÉMOTIONNELS.

NB : Il me faut donc recueillir des « situations concrètes ». (des illustrations de l’imaginaire ?)

29-05-15
« Méthode, Méthode, que me veux-tu ? Tu sais bien que j’ai mangé du fruit de l’inconscience. » Hamlet ou les suites de la piété familiales in Moralités légendaires, Jules Laforgue

30-05-15
Les premiers portraits sont sans doute des brouillons.
Ce ne sont pas encore des ACTES AUTONOMES. Je me mets à rêver d’un poème "chiasme", qui serait l’opposition qui réunit.
Bachelard, encore Bachelard — pour ceux qui veulent...

Et puis peut-être écouter Nathalie Quintane... ICI par exemple.

5 juin 2015
T T+