Entre les lignes du projet Campus International Paris Seine

Dans les 20 prochaines années, les universités et écoles supérieures de Cergy formeront peut-être un écosystème. J’ai distribué aux étudiants du master de création littéraire les documents présentant ce projet. L’un d’eux, Personne suivante, a préparé ce dossier sur le "Campus International Paris Seine"

Mathieu Simonet



             Il paraît que, dans 20 ans, le campus de Cergy-Pontoise sera entièrement transformé. Ce matin Mathieu arrive avec une pile de feuilles A4 couvertes de schémas, de cartes et d’images, remplies de jeunes gens minces, sereins et bien habillés, marchant sur les trottoirs lisses et parfaitement propres, sous un ciel bleu et ensoleillé, longeant l’herbe verte, fleurie, unie, tondue. C’est le projet du Campus International Paris Seine.
             Le nouveau défi est d’écrire un texte inspiré de ce diaporama impersonnel. L’exercice ne sera pas facile, parce que le projet du Grand Campus - tel que montré ici - ne m’inspire pas : il a l’air si faux, édulcoré, maquillé de couleurs racoleuses, il est si éloigné de ce que je considère comme esthétique, authentique, vrai, proche, beau, réel. Cergy, je l’aime bien avec ses aspérités, ses murs délavés, sa gare de RER comme sortie d’un polar, ses parcs habités par les perruches, ses airs de Ville nouvelle vieillie.
             Pourquoi la vouloir aseptisée, en faire une ville témoin sortie de son emballage de papier bulles ? Pourquoi dans les images de paysagistes il fait toujours beau, et les gens ont l’air de figurants ? D’où vient cette volonté de vendre une maquette en papier mâché, à l’aide de langage de bois : accomplir la stratégie, ancrer le territoire, fédérateur, modulable, hybride, compétitif, puis, cet étrange amour d’anglicismes énigmatiques, eCo-work, cluster Hirsch, learning center ?
             Je continue à feuilleter le document, jusqu’à ce que les mots deviennent transparents et les schémas sophistiqués de simples associations de teintes : le diaporama se transforme en un tableau cubiste constellé d’inscriptions chaotiques que je ne cherche plus à déchiffrer. Je me focalise sur une couleur, une seule, sans autre ambition que celle de s’évader, de fermer les yeux pour me plonger dans un rêve futile.




             Puis, j’interroge mes collègues sur leurs ressentis face au fameux diaporama : il y a de l’ennui, de la colère, de la perplexité, de l’agacement, de l’indifférence, de la frustration, de la tristesse, de la contrariété.

             Ce sont donc ces sentiments-là, mitigés, négatifs, qui nous ont fait écrire cette fois-ci. Certains se sont aventurés dans la fiction, en se mettant dans la peau d’un étudiant du futur campus : une Américaine arrivant tout juste de l’autre côté de l’Atlantique ; deux colocataires s’apprêtant à aller en cours, alors qu’une alerte de pollution surgit ; une jeune femme regardant les tours de verre de Cergy-Pontoise par temps de grisaille et de pluie. D’autres ont choisi de répondre par un diaporama déjanté, parlant de projets fab fab fab fabuleux avec des idées for for for formidables, comme un labello-typex ambitieux et innovant qui protège contre le froid, d’autres encore ont souhaité au projet du Grand Campus leurs meilleurs vœux poétiques. Les plus studieux ont soigneusement analysé le vocabulaire, l’univers linguistique, les chiffres, les images. Les plus rêveurs ont parlés de couleurs pastels, des pages vides et de mots muets. Entre les lignes s’est glissé une certaine inquiétude vis-à-vis ces grands changements futurs qui ne se profileront pourtant que dans plusieurs années.


Personne suivante








* * *



             La brochure qui nous est proposée montre l’ossature architecturale du projet dans sa globalité. Notre rôle est de donner une âme au projet en proposant des textes qui valorisent le potentiel d’un tel regroupement d’étudiants. Pour cette première approche, j’ai choisi une succession de mots-clés qui donne l’idée générale à développer.


             Brochure, projet, campus. Campus. Campus. Éviter l’effet canyon. Grand canyon. USA. Campus. Berkeley, vélos, verdure, méandres, rivières, chant d’oiseaux, eucalyptus, soleil, silence, douceur, écoute, paroles, action, interaction, enthousiasme, sourires, concertation, idées, réalisations, innovation, nouveau, ancien, belles pierres, histoire, ancré, ancrée, ancre, Tamise, Londres, Oxford, savoirs, Panthéon, Sorbonne, rue Saint-Jacques, rue d’Ulm, rue du Port, La Tour, horizon, futur, creuset, centre, le parc, construire, autour, écoles, stratégie, économie, informatique, design, arts, littérature, écriture, fusion, ébullition, force, énergie, émanation, éclosion, interaction, propagation, rayonnement, unité, cité.


Anouck Huguet









             C’est beau. Vert. Ensoleillé. Plein de bonnes intentions et de promesses d’avenir radieux. Sur les photos, des personnes imaginaires semblent radieuses et épanouies, figées en pleine action dans une vie apparemment passionnante.
             Le vocabulaire employé a été soigneusement choisit et apposé : "ouvert", "hybride", "dynamique"... Un peu comme les labels imprimés en verts que l’on voit peu à peu fleurir sur tous les produits des grandes surfaces, sans que l’on sache vraiment ce que cela veut dire. Ce n’est pas grave, d’ailleurs, s’ils n’ont pas de sens, pourvu qu’on ait un peu l’impression de sauver le monde en les achetant. Si on construisait le futur avec des mots, nous pourrions vivre dans une utopie.
             Mais après tout, pourquoi se priver de parer tous les projets d’un vocabulaire à la mode, puisque même moi, malgré mon incorrigible pessimisme, j’ai envie d’y croire ? C’est agréable de croire, c’est sans effort. Le problème, c’est que de la théorie à la pratique, il y a un écart si grand qu’il contient toute la réalité.


Camille Fayolle









CERGY LA GRISE



Doucement, la citadelle s’éveilla. Les hirondelles saluèrent l’aube de leurs gazouillements. Une brise légère entraîna les feuilles mordorées dans une valse rythmée par le craquement des branchages dénudés. Les dernières fleurs de l’année ouvrirent leurs pétales pour s’imprégner de la fraicheur de ce matin d’automne. La géante, d’un jaune pâle, lécha la façade des tours de verre de Cergy-Pontoise.
Tout n’était que quiétude.


« PLIC. PLOC. »


Rattrapée par le réel, la jeune femme regarda le ciel. Celui-ci, d’un noir menaçant, déversait sa colère sur les passants. Était-ce un mirage ? Une larme céleste s’écrasa sur son front, lui indiquant qu’il était temps de rentrer.
Te revoilà donc, Cergy la Grise. Tu ne m’avais pas manqué.
Serrant son manteau contre elle, elle prit la fuite avant que le froid glacial ne l’égare à nouveau.


C. de Sena Caires









Les mots qui ornent ces pages font partie d’une langue étrangère, une langue un peu lointaine dans le temps et l’espace : comme un univers linguistique qui existerait en miroir de ma parole et ne demanderait qu’à être conquis… Repris, peut-être. Car je reconnais certains termes comme on marque les frontières, le territoire du disible - et mes lèvres peu à peu se peuplent de brèves réminiscences.


Tu sais, moi, j’ai suffisamment voyagé pour que la substance des choses m’atteigne.


             Même dans le noir,
             même dans l’incertitude.


Et j’étends le sens à mes rêves, lorsque les lettres s’assemblent de manière aléatoire :
« Fab-Lab »


Rien qu’une contraction, un jeu de sons au concept modifié. Quand j’étais en Finlande, je pensais qu’ils entendaient « Fabulous-Lab »… M’attendant, je dois le dire, à ce qu’il en sorte des licornes pour aller danser sous la neige.


             En Finlande.


Ma Fac était miraculeuse, est-ce que ce sera pareil ici ? Le jour où toutes ces encres seront des réels.
- Est-ce qu’il manquera toujours quelque chose ?


Je n’ai pas peur de « l’effet Canyon » - bien que j’aie une préférence masquée pour « l’effet Fjord » - j’ai peur seulement des mirages, des étiquettes que l’on pose sur les murs pour les rendre un peu moins moches. Je me méfie des promesses et de tout ce qui y ressemble, de près, de loin… On dit que les mots sont des passerelles, des arcs-en-ciel jetés entre les mondes. Je dis que même les aurores nous lassent.


Je dis, qu’il faut davantage de faire. Pour que les lieux, enfin rendus « lisibles » n’en soient pas moins visibles ; que je continue à recevoir ton visage au creux des modernismes.


             Tu sais, moi, j’ai trop erré pour que l’ici me retienne.


Chloé M.









INTERRUPTION DES PROGRAMMES



Bonjour Nadja, il est 7h00.

             Bonjour Nadja, il est 7h00.

Bonjour Nadja, il …

« Est 7h00 Nadja, allez lève-toi... Merde les volets ! »
À ces derniers mots, Nadja et sa colocataire s’enfouirent sous les oreillers avec des grommellements de protestation. C’était en septembre, l’été venait tout juste d’entamer son second cycle et le soleil brillait dans le ciel, éclatant, harassant malgré les filtres UV des fenêtres comme pour leurs dire « Debout là-dedans ! ».

Nous sommes Vendredi, 10 , Septembre, 2049

« Allez lève-toi sale larve ! lui marmonna Emma, la face écrasée contre le matelas. Allez debout grosse vache ! »
Cette fois-ci, Nadja ressentit le tremblement d’un bombardement de coussins jusque sous son bunker de fortune. La guerre était déclarée. Vive comme une roquette, elle frappa directement sous l’aisselle, feinta la taille pour mieux attaquer la gorge. Emma, prise de convulsions atroces, se mit à crier et à rire, tant bien que le mur le plus proche se mit à trembler à son tour.
« Could you shut the fuck up guys ?! ’Trying to get some sleep here !
– Je crois que Pei est réveillée, chuchota Nadja, immobile comme pour attendre une nouvelle réprimande.
– Et moi je crois que tu vas être en retard...
Comme le vent qui relèverait la corolle de toutes les fleurs d’un champ, l’ongle qui parcourait la cuisse de Nadja éveillait chaque parcelle de sa peau par un frisson de plaisir. Leur bouche encore asséchées par la nuit s’effleurèrent, s’abreuvant chacune de la rosée que lui offrait l’autre.

Les températures s’élèveront jusqu’à 32° Celsius, à partir de 8h30. Le ciel sera dégagé. Le soleil se couchera à 19h23. L’indice Sunviewer est : sans danger. L’indice Qualitair est : faible. Il est 7h30. Le cours de Nadja, commencera dans 1h00, ne soyez pas en retard.


             Arrivé 8h00, Nadja se décida enfin à sortir du lit. Elle enfila ce qui lui tomba sous la main, un débardeur et un short, puis elle passa quelques minutes devant la glace, avant de se convaincre qu’elle n’avait aucun espoir de démêler la pelote qui lui servait de chevelure. Emma lui claqua une dernière fois les fesses avant de la laisser partir, son sac réfrigérant sur l’épaule et une affreuse gueule de bois sur la face. Elle s’en voulait déjà de ne pas avoir choisi l’e-learning cette année. Emma et Pei se la coulaient douce à l’appartement, un bol de céréales devant la rediffusion de leurs cours à la main, alors que Nadja devrait passer la journée sur les bancs de la fac à se battre pour entendre ses professeurs, s’éloignant toujours du micro. En trois ans à l’école de commerce, Nadja n’avait jamais eu un seul cours complet. Vous débranchiez votre clé USB du pupitre et, une fois chez vous, vous en saviez plus sur les déboires amoureux des commères plutôt que sur les stratégies de décroissance économique. La jeune femme avait alors décidé de prendre sa tablette avec elle, comme beaucoup d’autres étudiants, dans son sac à dos réfrigéré argenté. On ne voulait pas que les batteries fondent sous les fortes chaleurs.
             Elle arriva finalement avec quinze minutes de retard dans l’amphithéâtre, un plaisantin ayant activé toutes les bornes d’arrêt sur le trajet de sa navette automatique. Elle scanna rapidement sa carte étudiante avant d’aller s’asseoir à l’une des dernières places disponibles à côté de Thomas. Il lui adressa un « Hallo » distrait, le regard fixé sur les sur-titres qui défilaient au-dessus du professeur, pianotant sur le clavier de son vieil ordinateur portable. Elle eut quelques difficultés à se mettre au travail, l’éclairage de l’amphithéâtre y étant pour beaucoup. Fort heureusement, et suite aux nombreuses demandes des étudiants, des écrans annexes avaient été ajoutés à l’écran central afin d’afficher les diapositives précédentes. Quand vint enfin l’heure de la pause déjeuner, son crâne lui pesait lourd comme du plomb et son estomac était aussi léger qu’un ballon rempli d’air. Elle alla rejoindre Emma au parc du campus pour le Marché sur la Tête (situé à côté d’une sculpture similaire à une grosse tête de singe). Tous les vendredi, les étudiants du Grand Campus pouvaient occuper un stand afin d’y vendre des livres, des vêtements, et d’autres babioles. Le marché était entièrement géré par les étudiants qui recevaient ou refusaient les demandes des particuliers. Ainsi, l’année dernière, on en avait banni les fournitures multimédia après qu’un étudiant avait été accusé de trafic d’objets volés. Malgré ce genre d’incidents, l’ambiance y restait toujours agréable surtout par ce temps. Emma, quant à elle, se chargeait de la vente du miel des ruches de l’Eco-cité. Une association d’apiculteurs urbains formaient les étudiants bénévoles à prendre soin d’une ruche, de ses ouvrières et de sa reine, ainsi qu’à la récolte (simplifiée par l’utilisation de « robinets » fixés à la ruche).
– Ah bah enfin ! Je t’attendais pour prendre ma pause moi, lui fit Emma en la voyant arriver. Bon Mat’, j’te laisse le reste. Je reviens dans une petite heure. »
Comme à son habitude, Emma retira son tablier qu’elle jeta sur le pauvre Mathieu qui, avec le temps, avait appris à l’esquiver. Autour d’elles, les étudiants et les visiteurs extérieurs riaient, mangeaient au stand des cuisiniers amateurs et applaudissaient la battle confrontant les deux BDE concourant à la présidence du Grand Campus : Herodot.com pour l’UCP et Pandora pour l’ESSEC. Elles se décidèrent finalement pour une bouteille de Soylent pour mieux profiter de leur temps libre.
« T’as vu que ton ancien prof’ d’éco comparative là, M. Berkani, vient de mourir ? lui demanda Emma entre deux gorgées.
– Ouais, ça faisait pas mal de temps qu’il était malade. Nadja appréciait énormément son ancien professeur. Il lui rappelait son grand-père d’Algérie, malade lui aussi. D’ailleurs ils ont trouvé personne pour le remplacer. Thomas pense que la fac veut plus investir dans l’ancien programme.
– Bizarre... Figure-toi qu’ils ont trouvé un remplaçant, lui dit Emma en lui tendant son pad. Ils vont faire comme au Japon. »
Au-dessus de l’article nommé « Des androïdes pour le Grand Campus de Cergy », un gif présentait les futurs professeurs de l’ESSEC dont les visages siliconés changeaient selon l’émotion, tentaient d’articuler des mots et, plus perturbant encore, présentaient les mêmes mimiques que leurs prédécesseurs. Un profond sentiment de malaise s’épanouissait dans les viscères de Nadja alors que sur le petit écran de verre, une réplique conforme de son ancien professeur décédé prenait vie.
« Mais ils ont pas le droit de faire ça ! fit-elle avec dégoût. Et sa famille ? Ils vont pas accepter ça !
– Apparemment, c’est lui qui l’a choisi, répondit Emma en parcourant l’article. C’est une sorte d’hommage finalement. Et puis sa famille reçoit une partie de son salaire en échange, c’est peut-être pas si mal, fit-elle, perplexe.
– Moi, ça me dégoûte. Ils sont pas capables d’inventer une autre sale gueule pour leurs robots ? s’indigna Nadja, l’amertume lui brûlant la gorge. »


             Durant le reste de la journée, Nadja ne put s’empêcher de repenser à l’article que lui avait montré Emma et surtout, elle revoyait sans cesse ce visage de vieil homme pris de spasmes mécaniques. Que ferait-elle si cela lui arrivait ? Si son grand-père, afin de soutenir sa famille même après sa mort, décidait de vendre son image, ses gestes, son accent, toute sa personnalité pour... Pour quoi ? Il n’avait rien fait de sa vie qui put mériter d’être retenu par une machine, ce n’était qu’un cueilleur de figues. Mais qui sait, à la vitesse où allait le monde, bientôt peut-être verrait-on des centaines d’androïdes comme son grand-père, fripés, âgés mais rutilants, souriant et vous tendant quelques fruits entre ses faux doigts usés. Elle et sa famille recevraient quelques dinars en échange d’un souvenir volé produit en masse ? Cette seule idée lui donnait la nausée. Une alarme la tira loin de ses questionnements, alors qu’un vacarme naissait au sein de l’amphithéâtre. Les lumières s’éteignirent et une alerte Sunviewer apparut sur les écrans de la grande salle.


             Bonjour, nous interrompons ce cours pour une alerte Sunviewer. A partir de 15h30, l’indice Sunviewer sera : RISQUE MORTEL. Tous les visiteurs et tous les membres du Grand Campus de Cergy sont invités à emprunter les ascenseurs menant aux tunnels de sécurité présents dans chaque bâtiment. L’indice Qualitair de l’événement sera : moyennement saturé. Nous invitons la population à réserver un kit Qualitair sur l’application Qualitair avant le début de l’événement. Pour connaître toutes les futures informations, visitez le twitter Qualitair, ou rendez-vous sur l’application. Nous vous remercions pour votre attention et vous souhaitons une agréable fin de journée.


             Autour d’elle, la moitié des étudiants parcouraient d’ores et déjà l’application pour s’assurer la précieuse bouteille d’oxygène. Les retardataires attendaient nerveusement de passer entre les mailles du filet, le réseau étant totalement saturé quelques secondes après le début de l’annonce. Nadja savait que les premiers cris de rage et les premières échauffourées commenceraient d’ici peu alors, sans attendre la fin de l’annonce, elle sortit directement de l’amphithéâtre en direction des ascenseurs. Dans le hall, les filtres UV supplémentaires glissaient le long des parois de verre avant d’être supplantés par d’épais volets réfléchissants. D’autres comme elle faisaient déjà la queue aux ascenseurs. Certains semblaient las, d’autres totalement détendus et, comme toujours, certains étaient pris d’une panique incontrôlable.
« J’ai laissé ma voiture dehors, ils l’ont pas du tout annoncé ce matin, c’est pas normal ils auraient dû l’annoncer ce matin, répétait une femme d’âge mûr dans l’ascenseur dans lequel Nadja avait pu s’engouffrer. J’ai fait refaire la carrosserie y a même pas un mois et là, rebelote !
– J’espère juste qu’ils ont bien recouvert les bassins cette fois... chuchotait un étudiant à son ami. Attends, la dernière fois y a la moitié des étangs qui étaient asséchés, trois jours plus tard c’était devenu un skate park. »
L’ascenseur s’arrêta après quelques minutes et les portes s’ouvrirent sur une marée humaine et bruyante.


              Dixième sous-sol, bonne journée.


Thomm









             Quand j’ai vu tous les documents que l’on nous a transmis, je me suis d’abord dit que ça allait être une tannée de lire tout ce blabla et toutes ces cartes. Je ne me suis pas trompée, mais j’ai quand même joué le jeu et lu la plupart des documents, presque une trentaine de pages. J’en retiens certaines choses qui m’ont plus ou moins marquée pour plusieurs raisons différentes, et j’écris ce que j’en pense au fil de mes pensées, sans une structure, donc.
             J’ai trouvé étonnant le fait que la forme du Campus International soit une ancre. Je trouve que l’image est riche symboliquement parlant et à la fois contradictoire ; d’une part, l’ancre me fait penser aux bateaux, donc aux voyages et à la liberté, l’image de l’international ; et d’autre part, l’ancre sert à rester « ancrer » à un endroit, à une position précise, et dans ce cas là me fait plus penser à un enracinement.
             Je n’ai pas vraiment apprécié le mot « compétition » que j’ai lu dans un des documents : « Cergy-Pontoise décide de créer, […], un Campus International de rang mondial, qui inscrit son pôle académique dans la compétition universitaire mondiale ». Je ne saurais dire avec exactitude pourquoi, peut-être parce qu’en lisant ça j’ai l’impression que l’offre du savoir et de la culture est plus liée à une course à qui sera le plus rapide et le plus fort, alors que le mot « union » serait plus juste à mon goût. Je vais sûrement trop loin, mais c’est juste la sensation que j’ai ressenti en le lisant.
             Je n’ai pas vraiment compris ce qu’était le hub, concrètement, peut-être aussi parce que je l’associe avec un site Internet (The Hub) que j’ai découvert il y a peu de temps avec mon nouvel emploi.
             J’ai été surprise de voir à quel point il y a de la verdure à Cergy vu du ciel, alors qu’on s’en rend beaucoup moins compte quand on se promène dans la ville.
Un grand nombre de cartes me paraissaient incompréhensibles, un peu comme des problèmes de maths saupoudrés de trop de chiffres et trop de signes.
             Cette idée du grand Campus de Cergy me fait penser au Grand Paris, dont j’ai vaguement entendu parler.


Anna Camilla









             Les documents s’offrent à moi dans une complexité hiéroglyphique de symboles géographiques. Je m’accroche à des mots, esquifs isolés, phares reconnaissables pour savoir où arrimer mon sens de l’orientation, le début de ma lecture, la fin de ma réflexion.
             Les titres, ils s’expriment en premier, me donnent la sensation de suivre une logique qu’on m’a enseignée. Docilement je les déplie sous mes yeux comme des cartes à déchiffrer. « Campus », « international », « Paris » et « Seine » dansent devant mes yeux et s’exhibent dans une chorégraphie qui me permet de les voir s’associer ou se démembrer.
             Je fais donc partie à la fois du public qui regarde un spectacle et partie prenante de celui-ci. Je suis assignée à un rôle à définir. Exquis vertige.


Lydie S.









GRAND PROJET DE CERGY



             « Vous devriez voir ce qu’il se passe ici. Il y a tant de choses à faire, tellement d’activités que je ne sais même plus où donner de la tête.
Je suis à peine arrivée à l’aéroport qu’on est venu me trouver. C’est un garçon dont le pull porte les initiales de l’université ; il tient dans ses mains une pancarte sur laquelle est écrit : Les Américains à l’UCP. Il a scanné nos téléphones, afin de valider nos arrivées. Il savait où nous déposer, dans quelle résidence nous étions.
             Je me suis retrouvée avec une fille de New York et une autre qui avait toujours vécu dans les déserts texans. Elles avaient été sélectionnées et les parents de l’une avaient dû faire un crédit pour payer les frais d’inscriptions. Mais, après tout, c’est une université d’avenir, cela mérite un investissement. Vous souvenez-vous de la brochure que l’on a reçu ?

L’UCP VOUS ATTEND

             Avec plus de 30 000 étudiants sur tout le campus, l’université de Cergy vous propose plus de deux cents activités tout au long de l’année. Que vous soyez sportifs, érudits, artistes ou encore si vous souhaitez rencontrer du monde et jouir de l’expérience étudiante, alors le campus de Cergy est fait pour vous.
Retrouvez des équipements de pointe pour mieux vous entretenir : salle de musculation, sports nautiques, gymnases, ainsi que des coachs professionnels pour vous entraîner.
             Jouissez des nombreuses activités culturelles : concerts, théâtre, cinéma, galerie d’art, laissez émerger votre sensibilité !
             Le campus international de l’UCP vous propose également une centaine de résidences universitaires, des bibliothèques studieuses et silencieuses, une technologie récente afin de permettre aux étudiants et aux chercheurs des conditions de travail optimales et un cursus universitaire de qualité.
Nos professeurs et chercheurs sont de renommée internationale et grâce à notre partenariat avec le collectif des entreprises 99 % des étudiants diplômés de Cergy trouvent un emploi dans l’année suivante.


Alors, si vous aussi vous souhaitez vivre pleinement votre vie étudiante dans un cadre naturel et écologique, rejoignez l’université de Cergy-Pontoise. Nous vous garantissons un large choix d’enseignements ainsi qu’un soutien complet tout au long de votre scolarité, afin que vous réussissiez et soyez les acteurs de demain.

L’UCP EST FAITE POUR VOUS

             Elle était chère, cette université, mais peu importe, elle était des mieux notées. Je me souviens de Raven qui, lorsqu’on lui avait annoncé que j’avais été sélectionnée s’était écriée : « tu rejoins la Silicon Valley, alors ? ». Je ne sais pas si c’est similaire, mais laissez-moi vous raconter.


             Le garçon au pull de l’UCP nous a fait monter dans une navette colorée et ostentatoire. Pas de chauffeur, comme chez nous, tout est automatisé. Et électrique. Par la fenêtre, j’en voyais des dizaines arpenter les rues, s’arrêter machinalement aux feux, laisser les piétons passer et repartir. Andrew, notre guide, nous a fait la visite.
             Il y avait d’incommensurables tours de verre, reliées les unes avec les autres par des passerelles autour desquelles s’enroulaient des plantes artificielles. On passait par des parcs émeraudes dans lesquelles les étudiants passaient, échangeaient. Andrew nous narrait l’histoire de l’université, à quel point elle était éclatée autrefois.
             Nous circulons entre les arbres et les immeubles, tous ouverts, aux vitres immenses dont on voyait les halls animés. J’entends que nous avons été affiliés à différentes résidences et que tout se passe ici, sur le campus. Certains ont même la possibilité de rejoindre des maisons, un peu comme les confréries, chez nous.
             Je vis dans la résidence Simone Veil. Elle est haute, réfléchissante. Mes affaires ont déjà été déposés, par les services bénévoles de la faculté. Je trouve une chambre longue, avec un écran de communication, un ordinateur fourni par l’université et un petit coin cuisine. Tu te souviens papa, je t’ai appelé sur cet écran.
             Dans la résidence, j’ai une responsable des premières années. Elle vient me voir et me présente encore une fois l’université, ainsi que ses nombreuses activités. Vous ne pouvez pas imaginer combien il y en a. Je peux faire de la plongée, comme je peux faire de la voile ou du tennis. Je peux faire du théâtre, participer à des clubs cinéphiles ou féministes. Tous les jeudis, les étudiants se rejoignent dans le parc (l’élément central à tous les sites) et on y fait la fête, on y expose des idées ludiques. Il y a l’affrontement des mascottes, aussi.
             Les cours n’ont pas encore commencé, mais j’ai visité les salles : ce sont d’énormes pièces circulaires, aux sièges mousseux et à l’écran géant. On m’a dit que, parfois, quand les professeurs étaient absents, ils assuraient tout de même leurs cours via la vidéoconférence, parfois même ils les pré-enregistraient. Mais nous sommes tous là, dans ces salles géantes. C’est peut-être mieux que Lua et son école privée, où leurs cours sont à domicile, devant leurs ordinateurs par des professeurs programmés. Au moins, ici, il y a de l’échange.
             Il y a tant de groupes : ceux qui peignent, ceux qui écrivent, ceux qui s’enferment dans les laboratoires, ceux qui philosophent, ceux qui comptent, ceux qui cuisinent. Tous se rejoignent, se parlent et s’éloignent. Il y a tant de différences, mais un même fil rouge semble les relier. Ils sont étudiants, étudiants dans la végétation des bâtiments, étudiants dans l’effervescence de la recherche, étudiants pour devenir ces « acteurs du monde de demain ».
             C’est un peu intimidant, d’arriver ici, dans ce milieu cosmopolite où toutes les langues se parlent. Mais il existe des groupes d’échanges, pour ne pas se sentir seul. Tout est là, sur place : plus besoin de prendre le bus pour se rendre au cinéma, ni de réfléchir aux moyens de transport pour aller boire un verre. Tout est là et, parfois, c’est un peu oppressant.
             Je crois qu’on ne s’en rend plus vraiment compte une fois à l’intérieur.
             Vous les verriez, chacun erre, indépendant, nouveau dans l’univers. Chacun œuvre pour l’écologie, on réduit le papier et au augmente le numérique (nonobstant les banques de données en surchauffe), on se projette dans le monde. On m’a parlé du fait d’avoir un correspondant à Shanghai, via le studio de langues. Une fille de ma résidence m’a également dit que si je voulais travailler dans la publicité, il y avait des meetings avec des professionnels tous les mardis soirs. Il y aurait des recruteurs, aussi. Un de ses amis a obtenu une bourse pour un stage en Australie.
Il n’y a plus de frontières, et pourtant je me suis sentie enfermée.


             Demain, c’est mon premier jour, et je visualise le chemin vert, autour duquel s’étirent les arbres, je m’imagine en train d’esquiver les navettes et je vois le sourire des étudiants. Je guette mon pull UCP. Je me remémore l’amphithéâtre, je me demande quel genre de conférence cela sera. Je pense à l’atelier théâtre dans lequel je me suis inscrite et au café littéraire qui se tient entre deux rues. Je pense à cette fille qui vient du Japon, avec laquelle je peux communiquer grâce aux Traducteurs de poche. Je songe à Andrew qui, en plus de son mémoire, passe son temps libre à recruter des étudiants.
             Je pense à vous, aussi, dans notre maison du Nevada. J’ai l’impression de pouvoir vous toucher, si je le voulais, et vous êtes si loin. J’ai cette sensation d’être dans une bulle où on y flotte. Est-ce seulement réel ? »


- La messagerie de votre correspondant est pleine.


             J’éteins l’écran de ma chambre étudiante et règle la luminosité des vitres. Je laisse filer un rayon lunaire et m’étends sur mon lit. Tout est silencieux autour de moi, les murs ne laissent pas filtrer le bruit.
Il n’y a que le décalage horaire qu’on ne peut pas modifier.
Tant pis, je les rappellerai demain.


Léon Maelys









             Voilà, c’est marrant, ça me rappelle la pub, où on prend toujours soin d’envoyer par e-mail un portfolio PDF qui est le brief du projet. C’est un portfolio tout à fait bien agencé, comme un PowerPoint mais c’est un PDF ; et qui s’appelle un brief donc, parce que la pub utilise des mots ingliche parce que c’est international donc plus stylé. Alors un brief, qui doit briefer, de briefing, qui vient paraît-il du vieux français brief qui veut dire bref ; ce brief de ton projet-graal avec lequel tu dois informer certes mais surtout convaincre, c’est-à-dire qu’il va être présenté à un directeur soupçonneux et bureaucratique qui répond aussi au nom de client et qui détient le pouvoir de réaliser ledit projet-graal (ce pouvoir étant le blé le fric l’oseille le pognon le cash qui vient paraît-il du vieux français casse qui veut dire caisse, le money qui vient paraît-il du vieux français moneie qui veut dire monnaie) ; ce brief sur lequel le bureaucrate tout-puissant ci-dessus mentionné (qui dans l’imaginaire est toujours un il) posera les yeux trente secondes parce que son temps est compté, alors déjà en une-seconde-et-demie il faut qu’il soit convaincu ; ce brief qui doit pour convaincre en une-seconde-et-demie être bref mais surtout aéré, c’est-à-dire que quand on pose les yeux dessus tout doit être clair rangé bien à sa place les titres en gros le texte à gauche les images à droite. Attention les images doivent être soit des schémas soit des photos qui font rêver, c’est-à-dire colorées avec des bâtiments architecturés des gens souriants des arbres verdoyants. Tu dois aussi avoir placé dans ton texte des mots stratégiques comme stratégie créer accomplir lier favoriser renforcer, et surtout il ne faut pas oublier le petit point rouge typique PowerPoint avant le début de chaque idée, le tout étant de présenter ton projet d’une façon qui met en valeur le produit-miracle/la cause, c’est-à-dire, le cas échéant, le café ou la voiture ou la banque ou le cancer ou les violences-faites-aux-femmes. Tout est crucial dans ton brief la police la taille du texte les interlignes les titres la place des images au millimètre près, mais surtout n’oublie pas ton brief doit être aéré c’est sans doute ça le plus important : il faut qu’on respire.


Clarisse









PASTEL



             Des cartes sans légendes aux couleurs pastel, plaire aux yeux pour plaire au cœur. À l’heure du numérique, un diaporama sur papier. Un arbre est mort.
             Des mots clés. Amélioration, développement, renforcement, liaison, ouverture. Peu de textes, beaucoup de cartes. Livre de chevet : De l’importance du choix des couleurs dans votre projet marketing. Personne ne vend le projet qui valait un milliard couleur carotte.
             Des cartes sans légendes aux couleurs pastel. L’esthétique de la joie, de l’union, de la jeunesse, et d’un trop plein d’optimisme. Vous avez dit vingt-cinq ans ? ->Comptez-en trente.


Lise R.









Pari pour scène à-venir


Nathalie B. Roger









UNIVERSITE PARIS SEINE



             Exactement 18 pages, combien d’arbres coupés ?, heureusement recto-verso, 11 plans de 3 types différents, 4 vues satellites, images numériques, titres en majuscule, puces qui ordonnent, mots abstraits Cluster Fab’lab eCo-work pourquoi tout transcrire à l’anglais ?, couleurs pastel ou fluo et cercles qui s’entremêlent et lignes pointillées et flèches dans tous les sens et icônes d’ordinateur signifiant les maisons ou les arrêts de tramway, beaucoup, beaucoup de mots et des personnes comme des Sims dans les images de synthèse où le ciel est toujours bleu et les gens toujours blancs, des chiffres clés des enjeux clés mais en fait que viennent faire les clés dans cette expression ?, des durées de transport, une très jolie ancre merci les rives de l’Oise !, des planifications en plusieurs phases, et qu’est-ce qu’Aula Magna ? – on dirait le nom d’un groupe de musique transe ou d’une secte chamanique, au vu du plan c’est juste un bâtiment, mais modulable, qu’est-ce que cela veut dire ?, projet gigantesque, accumulation d’informations, noms inconnus de personnes connues, signatures qui engagent, texte aseptisé, discours technocrate, phrases à rallonge,


             brassage de l’air,


utiliser la « nature » qui n’est en fait qu’un simple parc – minuscule pour 30 000 personnes – et les rives de l’Oise, comme un élément marketing pour vendre le projet. Et les vrais enjeux découlant de la création d’un campus tel que celui-ci ? La mise en place de jardins partagés, d’aménagements pour vélos, le contact avec les AMAP locales, les bâtiments construits en matériaux écologiques, la sensibilisation au grand public, la gestion du tri des déchets, et maintes choses encore, à l’aube de l’effondrement de notre écosystème, on n’en parle pas ?


Perez Lola











Jaune, bleu, rouge, noir, vert, orange, gris...
gris comme le ciel de Paris à travers la fenêtre du Starbucks,
gris comme l’ennui,
l’ennui de ces longues journées d’automne que j’aime tant.
Les diagrammes se prolongent dans les volutes sombres de mon café : que disent-elles, que dessinent-elles, cartographient-elles mon état d’âme ?
À la page 7 on dirait un tableau, un flooding de Valérie ? J’aime le rouge, elle le sait maintenant.
Je tourne des pages, des pages, des pages, mais des pages vides. Le lien à mon cerveau n’existe plus. Error 404.
Les mots sont muets, ou bien je suis sourd.

Dans le « Campus International Paris Seine » c’est l’upside down à chaque page.


Mathieu N









Grandis et deviens fort, deviens solide, fructifie, enfle, développe ton patrimoine, étends-toi, renforce tes clôtures, améliore et lie-toi, ancre, resserre, mixe, réinvente, sois vert, sois bleu, épate, étonne, unifie, internationalise, anglicise tes paroles, trianglise ton territoire, sois le port le village la cité le parc le centre le bois, nourris ton peuple, offre-lui des arbres des toboggans et des balançoires, loge-le dans des maisons, instruis-le, guide-le vers l’avenir, chasse la grisaille du ciel, sois le géant protecteur, apaise les craintes, creuse, plante, enracine, campe, signe et évolue.


Maeva Gay

















VBC









À qui s’adresse le dossier Campus International Paris Seine ?



             Aux gens qui comprennent qu’on a besoin de "réinventer l’espace académique en créant un campus dual "bleu et vert" ancré dans le territoire Cergypontain", mais pas que si on met une fois un tiret entre Cergy et Pontain, la logique voudrait que ça soit le cas partout.
             Aux gens qui aiment les petits schéma parce que ça "explique mieux", et les diapositive en bullet-point parce c’est plus lisible.
             Aux gens qui comprennent les termes "cluster, "hub", "aula-magna", et à qui ça paraît évident que tout le monde les connaissent aussi, et ne ressentent donc pas le besoin de les expliquer.
             Aux gens qui ont de belles idées et qui le disent à leurs collègues "Thierry, une navette campus électrique et automatique", c’est super non – Ah oui super ! Rajoute le dans le dossier presse !", mais qui ne se doute pas que de l’écrire en blanc sur une image clair, ça les rend difficile à lire.
             Aux gens qui adorent les couleurs, du rose, du vert, du bleu, du orange, du jaune... Mais qui ne se disent pas que si uncertaine zone est dans une certaine couleur, le commun des mortels s’attends à ce que cette zone soit toujours associé à cette couleur, pas juste quand ils trouvent ça joli, ou simplifiant de les mettres dans une certaine couleurs.
             Aux gens qui adorent les images tirés de Google Earth, plus ou moins floues, mais surtout plus ou moins compréhensible.
             Aux gens qui comprennent que certaines maisons peuvent être atypique parce qu’elles ont de grandes baies vitrées.


Bref, pas à des étudiants.


             Et pourtant me voici avec ce dossier entre les mains, et à ne pas savoir quoi en faire. Je le feuillette, me permet d’aller chercher quelques définitions sur internet, et je m’y plonge. Deux-trois choses m’ont sauté aux yeux, et je note sur un papier libre de brouillon, ce que je remarque et ce que je veux garder de ce dossier.
             Ils veulent mettre en place des jolies navettes automatique pour réunir les campus, et les zones d’habitations (page 9). Connaissent-ils la capacité quasi-surhumaine qu’ont les gens à détruire les jolies choses ? Je donne à ces navettes 3 mois avant qu’on les sortent du circuit (parce qu’elles finiront par coûter plus chère à réparer qu’à en refaire d’autres). Le parcours, cependant, est sympa. Je me vois déjà assise dans la navette à observer les paysages si boulversants de l’UCP à la gare de Neuville.
             Ils veulent aussi "renforcer les équipements , logements (étudiants/académiques) et établissements universitaires en pôles intégrés, mixtes et ouverts, en les utilisants comme des outils de mutations." C’est super, ils utilisent des mots comme "mixtes", "ouverts" et "intégrés", mais ça ne rend pas leur objectif plus clair. Un outil de mutation ? Pour muter quoi ? Muter qui ? Ils veulent faire des universités des sortes de laboratoires géants où les élèves sont mutés en Dieu sait quoi ? En universitaire supérieur, permettant à l’académie de recevoir une renommée mondiale, peut être. Mais n’est-ce pas déjà le rôle d’une université ?
             Ils veulent aussi construire des maison atypiques dans le quartier universitaire international. Mais j’ai du mal à comprendre, sur le concept art ils montrent deux personnes, l’une assise devant un ordinateur, l’autre debout un appareil photo dans les mains et qui semble avoir deux pieds gauches (littéralement) ; autour d’eux il y a une grande baie vitrée et des bouquins. Je me demande pourquoi il y a autant de bouquins, et si leurs nombre fait de cette maison une "maison atypique", ou est-ce parce qu’on a le droit d’être en chaussure à l’interieur, alors même que le parquet semble avoir été lustré avec du beurre ? Peut-être que c’est l’endroit dans laquelle elle est construite qui la rend atypique, elle semble être dans une forêt, mais le concept art suivant la montre sur l’eau. Alors quoi, c’est une maison sur pilotis ? À Seychelles Pontoise ? Cergy Seychelles ? Tout cela a des relants de variétoche française qu’on écoute sur la route des vacances. Les vacances, pas le travail, pas la fac, pas Cergy, Cergy pas les Seychelles, l’Oise pas l’Océan Indien. Une université sérieuse, en vacances. Une maison atypique, mais pas tant que ça.


             Je relis mon papier, et je souffle du nez. Au final, il y a de bonnes idées dans ce dossier, même celles dont je me moque gentiment, j’espère qu’ils ne le prendront pas mal si ils tombent dessus. J’espère qu’ils comprendront. Et j’espère surtout être là pour voir le résultat final.


CLD









Le hub
Réinventer l’espace académique le hub cluster éco-cité aula magma densification du cluster Neuville Base de loisirs Nature learning center
Un campus connecté le numérique est un outil pour lier le campus une optimisation de la gestion des locaux renforcer son attractivité
QU’EST-CE QU’UN CAMPUS INNOVANT ?
UN CAMPUS CONNECTÉ À LA NATURE
fab’lab
navigation Grand Centre Générateur start-up incubateur ingéniérie Zoom sur le cluster
Plate-forme de recherche commune
Logements étudiants 212 lits
Logements étudiants 120 lits
Logements étudiants 212 lits
Éviter « l’effet canyon » Transitions entre les niveaux haut et bas Intégrer la navette de bus automatique
Accessibilité Lisibilité
Boulevard de l’Oise Boulevard de l’Hautil Bois
Maisons atypiques 40 lits
Maisons atypiques 150 lits
Maisons atypiques 240 lits
Maisons atypiques 480 lits
Maisons atypiques 120 lits
Maisons atypiques 360 lits
Maisons atypiques 120 lits
Maisons atypiques 212 lits


OBJECTIF

CRÉER UN QUARTIER UNIVERSITAIRE INTERNATIONAL ATYPIQUE

PARFAITEMENT INTÉGRÉ DANS SON ENVIRONNEMENT

AU VERT ET AU FIL DE L’EAU



Philippe Mertz









Voilà ce que c’est que de plonger le nez dans la merde irréférentielle. Et voilà que se succèdent les mots vides et retentissants !

UNE CHORALE MALADE. (c’est une chorale malade qui parle)


             EXCELLENCE


INTERNATIONALE ATYPIQUE


             IDENTITÉ


CLASSEMENT


La chorale malade se noie dans ses mots et je suis seul.


Où est « l’activité sientifique très reconnue dans des domaines d’excellence clairement identifiés » ?


JAMAIS RENCONTRÉE

Ni à la bibliothèque ni au kebab en face de la bibliothèque.

Faire tomber les masques c’est raconter une autre histoire, de malheur, souffrance au travail, stress, pour pouvoir entrer dans le top 2% du classement international.


Précarité absolue de ta génération 2000.

             De ton laboratoire d’excellence, de tes humanités de la complexité, de ton employabilité


renforcée

La novlangue schizophrénique de ton être Paris Seine.

Disparition des cadavres.

Les cadavres se lèvent et vont à l’incubateur.

             Un cri d’horreur sortira-t-il de nos bouches muselées ?
Non, il nous faut un logement et le privé donne encore une retraite.


Dimitri Katsiapis









             Le jaune de la page douze, quelque part entre moutarde et chartreuse. A l’opposé sur le cercle chromatique, du bleu ni persan ni encre. Absent sur le schéma du parc. Apparait soudainement quand on inverse les couleurs. Blanc devient noir. On se croirait en pleine nuit. Il fait frais et l’herbe est légèrement humide. On ne voit pas bien les étoiles à cause de la pollution lumineuse. Le silence n’est presque pas pesant. Il flotte au-dessus des pelouses, se faufile entre les branches d’arbres endormis, effleure leur écorce.


Personne suivante



5 mai 2019
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