Charlotte Bousquet | Atelier découverte, pour adolescents

ATELIER DÉCOUVERTE : 23-25 octobre 2018 pour 15 adolescents, âgés de 13 à 17 ans. 10 filles, 5 garçons.

La plupart sont attirés par la bande-dessinée. Quelques-uns, par la thématique annoncée : écrire l’égalité.

Après les présentations, les premières discussions. Savez-vous que… À diplôme égal, salaire inégal, même dans la fonction publique ? Savez-vous qu’une femme sur trois en France est victime de violences conjugales ? Qu’est-ce que l’égalité, pour vous ? Et le féminisme ? Très vite, les jeunes s’enflamment : le droit de s’habiller comme on veut, le droit de pleurer, les discriminations dues à la couleur de peau, à la sexualité, l’intersectionnalité, le droit… au plaisir ! Scotchée, j’écoute une jeune fille expliquer à ses camarades l’ignorance crasse de la société en général et des hommes en particulier en matière de plaisir féminin. On rebondit sur l’amour, l’hyper sexualisation des femmes dans les représentations cinématographiques, graphiques et dans les jeux vidéo. On évoque l’éducation, les stéréotypes de genre, les atavismes du patriarcat, qui contraignent les hommes à « ne pas pleurer », « être fort », « dominer » comme s’il s’agissait du seul modèle possible. Ces derniers sont mal à l’aise. 4 d’entre eux ne reviendront pas du tout. L’après-midi, Hugo Bardin et Julia Steiger viennent présenter leur spectacle : La Reine Margot. Une adaptation féministe de l’œuvre éponyme de Dumas. Au-delà d’un échange passionnant sur l’art, l’histoire et la façon dont elles ont été gommées du monde des arts par des siècles de patriarcat, de belles révélations, de belles émotions quand des ados acceptent de lire le début de la pièce. Théâtre, écriture, illustration : ces jeunes sont doués, mais on ne leur dit pas assez.


Les deux matinées suivantes, plus classiques, permettent aux stagiaires d’entrer dans le vif du sujet : l’écriture scénaristique et le dessin de bande-dessinée. Des discussions de la veille, émergent des sujets variés : désamour parental quand on n’est pas « du bon genre », inégalités et préjugés dans le sport, violences conjugales – et médicales, homophobie. Les approches varient : presque enfantines, encore, décalées, réalistes ou historiques, toutes sont intéressantes. Toutes sont également l’occasion pour ces adolescents de se rendre compte qu’ils ont du talent, qu’ils doivent croire en eux. Jaypee, l’artiste qui accompagnera l’aspect graphique des stages, leur explique qu’ils ont le droit de se tromper, d’expérimenter, d’explorer. Un dessin, c’est une matière vivante. Pas un objet parfait. Et proscrit le crayon à papier, histoire de montrer à tous que la force d’une œuvre se cache souvent dans ses imperfections !

Le stage se termine sur des planches esquissées. Une jeune fille me confie un texte qu’elle a écrit. Tous sont décidés à revenir pour se lancer dans le grand bain : la vraie création d’une BD.




Charlotte Bousquet

2 novembre 2018
T T+