La Visite du cosmonaute

photos Jean-Claude de Saint-Riquet

Au premier plan, les deux cosmonautes sont heureux de partager leur joie d’être à Romainville. Toutefois, à l’arrière-plan, à droite, une photo attire le regard. Elle représente un homme d’un autre temps, il est grand, mince, porte moustache et un grand chapeau. Il a fière allure, son regard se porte au-delà de la scène qui se passe dans la salle. Qui est-il ? Un ancien notable de la ville ? Il est indifférent à tout ce qui se passe. Les cosmonautes lui tournent le dos. C’est le présent qui les intéresse.

Un homme vraisemblablement grand et fort comme un Russe, pourrait-on dire. Il a les yeux clairs. Il porte un costume militaire richement décoré de médailles et de barrettes colorées. Sur sa casquette est suspendu un brandebourg retenu par deux boutons de métal. Il est fier mais semble néanmoins généreux.

Une opérette : vêtu d’un costume martial, yeux fermés, le ténor va entonner sa romance, que la jeune première, conquise d’avance, l’air extatique, s’apprête à écouter.

Un enfant regarde le cosmonaute écrire. Il est vêtu d’un tablier uni. Un beau blason est brodé sur sa poche supérieure.

Des regards qui se dirigent vers une petite fille de dos : amusés et attendris du cosmonaute, plutôt crispés de la femme qui accompagne Popovitch, pleins de douce fierté des camarades de classe, sévères mais intimidés de l’institutrice. Mais que dit la petite fille ?

« S’il te plaît, dessine-moi un mouton », demande l’un des enfants. L’officier russe sourit, hésite un instant puis s’exécute, sous le regard plus que bienveillant de la jolie interprète au joli nom, Nathalie, elle-même dévorée des yeux par l’attaché d’ambassade. Indifférents à ces histoires de grandes personnes, les enfants observent avec attention l’avancée du dessin et se disent que l’officier est sans doute meilleur cosmonaute qu’il n’est dessinateur.

Le cosmonaute et son interprète applaudissent. Derrière eux, le maire de la ville et son adjoint.

Qui est ce grand monsieur sur cette grande photo ? Pourquoi son regard est porté si loin ailleurs au moment où lui-même a été photographié ? Que regarde-t-il ? Il a fière allure. Est-il un notable du Romainville ancien ?

Une étoile centrée sur le haut de la casquette. Elle se trouve au milieu d’une sorte de couronne irisée. Celle-ci se trouve placée sur un petit sapin brodé de feuilles de laurier. Sur ce qui pourrait être le pied du sapin passe un galon ouvragé.

L’uniforme des officiers soviétiques se veut guerrier et prestigieux ; sort de celui-ci le visage paisible et poupin d’un brave homme, peu en harmonie avec le costume. L’habit fait-il toujours le moine ?

Le garçon blond, la bouche serrée, regarde la main qui dessine. Il tient une feuille d’une dimension 21-27 cm. Il attend.

Une petite fille de dos, les cheveux tirés en arrière et regroupés dans un petit ruban clair. Des regards tendres, des regards amusés ou empreints de fierté convergent vers elle. Que dit-elle ?

L’attaché d’ambassade dévore Natacha des yeux. Elle est si belle, si rayonnante, tellement à l’aise dans son rôle d’interprète, enrobant dans un même sourire les traductions des questions naïves des enfants et les réponses convenues des héros du Peuple soviétique. Lui se sent engoncé dans son petit costume, emprisonné dans sa petite cravate. Et elle ne fait même pas attention à lui.

Au mur, un collage, sans doute exécuté par des enfants. On pense à l’automne, les feuilles semblent en mouvement. Devant, le cosmonaute et l’interprète applaudissent.
Qui ? Derrière eux, le maire de la ville et son adjoint.

Au fond, à droite, un bel homme d’un autre temps. Il a fière allure. Il est indifférent à ce qui se passe dans cette salle où des cosmonautes heureux de leur exploit ne le regardent pas non plus. Homme d’un autre temps et homme du futur dans la même pièce.

Une étoile brillante en métal rouge. Au centre de celle-ci est gravée une cabine spatiale. Elle est agrafée sur un tissu rond et blanc. Par ailleurs, elle se reflète sur la visière de la casquette qui elle aussi étincelle. Sorte de clair de Terre.

Cheveux coupés court, raie bien tracée, uniforme impeccablement repassé, à quoi peut bien rêver le cosmonaute ? Peut-être au fait qu’il était bien plus tranquille dans l’espace que dans cette mission de représentation.

Le garçon blond mesure un mètre quinze. Il tient une feuille de papier. Il attend. Une main derrière lui touche son épaule.

Des regards dans tous les sens. Non, des groupes de regards. Se tournent-ils tous vers la fillette dont on ne voit pas le visage ?

Natacha attire tous les regards. Son visage est entouré d’une superbe chevelure auburn qui tombe gracieusement sur ses épaules et dont les reflets plaident pour l’efficacité de son shampooing. A son cou, un modeste collier de nouilles que son fils lui a offert pour la Fête des mères. A son poignet gauche, une Rolex qui témoigne de sa précoce réussite sociale.

Un collage de grandes dimensions, sans doute exécuté par des enfants. Les feuilles semblent en mouvement. Au fond du tableau, à droite, presque cachée par la coiffure du cosmonaute, on devine une maison.




Lydia Belostyk, François Le Cornec, Annie Maurer, Christiane Pawelack, Claudine Riou, Marie-Thérèse Riou, Jean-Claude de Saint-Riquet.

18 mars 2011
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